Profil

  • : christophe fétat
  • muet-comme-un-carpe-diem
  • : Homme
  • : 21/08/1969
  • : France Nord Lille
  • : Célibataire
  • : Qui je suis ? Je ne suis ni la mode ni le guide pas plus que je ne suis la trace ou le mouvement et encore moins un régime. Je préfère être.

Présentation

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Combien ?


Lundi 14 avril 2008


(photographie trouvée sur le site actusf.com qui propose une interview de Jérôme Leroy)

La bibliothèque municipale de Lille recence sur son site bon nombre de polars qui situent leur récit dans la région du Nord. Parmi ceux-ci, elle liste Rendez-vous rue de la monnaie de Jérôme Leroy mais elle omet de citer son recueil de nouvelles La grâce efficace publié en 1999 au cabinet des Belles lettres qui nous emmènait de part et d'autre de la frontière belge des plages de Coxyde à celles de Bray-dunes en passant par les monts des Flandres et la métropole lilloise pour multiplier les réflexions sur le contexte économique et politique. Des réflexions dont le miroir lucide anticipait de manière on ne peut plus prémonitoire sur bien des événements qui ont hélas suivis.

Si vous vous baladez du côté du blog de la dynamique maison d'édition La moisson rouge vous aurez la possibilité de découvrir en ligne une nouvelle inédite de Jérôme Leroy qui situe de nouveau son décor dans le Nord et plus précisément sur la côte d'Opale qui ne sera pas sans vous rappeler l'enquête d'Elena Espérenza sur François Malone, ce professeur de français qui luttait contre le déterminisme social et lui avait fait découvrir la culture. Un enseignement qui lui avait évitée de devenir comme tant de ses amis de "la chaire à canon du libéralisme".

La courte nouvelle a des allures de pastiche, de transposition dans le roman noir d'un film à succès récent avec ce policier qui rêvait de travailler dans l'antigang ou les stups dans une grande ville et qui se retrouve sous la pluie fine du littoral entre le Touquet et Hardelot où l'été dure au mieux une heure vingt.

En peu de mots, le romancier, montre dans Un été à Capone-les-Bains comment des conditions matérielles données conduisent des individus à basculer avec une facilité inquiétante dans la corruption et la criminalité : "A Capone, l’été, pour les prolos, on vend des frites et des barbes à papa, les médecins lillois jouent au golf des Poilus, les avocats parisiens font du char à voile et la mafia du monde entier blanchit entre cent et deux cent millions d’euros."

Autres textes de Jérôme Leroy chroniqués sur Muet comme un carpe diem
Comme dans un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine
Le cimetière des plaisirs

rendez-vous rue de la monnaie
Rêves de cristal, Arques 2064
Départementales
La grâce efficace
Une si douce apocalypse
Bref rapport sur une fugitive beautée
ajouter un commentaire commentaires (4)   
par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Jérôme Leroy

Jeudi 20 septembre 2007

leroy_fauteuil_voltaire.jpg

Il est rare que la lecture d'une quatrième de couverture suffise en soi à me donner envie de lire un roman. En effet, je considère souvent que le meilleur moyen de rentrer dans un livre est de parcourir au petit bonheur ses pages, quelques paragraphes, pour entendre si une mélodie, des thèmes, des images se dégagent cette lecture kaléïdoscopique.

 

Mais pour avoir lu bon nombre des romans et des recueils de Jérôme Leroy, force est de constater que l'extrait de la nouvelle éponyme de Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine placé au dos du livre a été particulièrement bien choisi. Il est tout à fait représentatif de la substantifique moëlle de la démarche littéraire de l'auteur :


«  - Mais vois-tu, il y a trente ans, quand j'étais petit garçon, si l'on m'avait dit que j'allais vivre dans un monde où l'on risque sa peau en mangeant, en se baignant, en faisant l'amour, un monde où il faut accepter de porter des masques certains jours, où la fête est devenue une obligation, un monde où l'on bombarde ses propres banlieues, où l'eau manque, où l'on ne peut plus jamais être seul sans avoir l'air suspect de maladie mentale, où vouloir faire un enfant à une femme en entrant en elle est devenu obscène, alors, tu vois, j'aurais dit à ce type que j'aimais bien la science-fiction, mais que, là, il y allait tout de même un peu fort. Qu'il n'était pas crédible... On supporte tout ça parce que ce n'est pas arrivé d'un seul coup, mais à doses homéopathiques, mois après mois, année après année. En fait, la catastrophe est lente, Agnès, terriblement lente. C'est une fin du monde au ralenti. Tu comprends ?
- Je crois que oui. Hélas, je crois que oui. »


L'inquiétante étrangeté du futur que nous annonce Jérôme Leroy livre après livre tient à ce que dans notre monde actuel se dégagent indubitablement des tendances lourdes qui vont dans ce sens. S'il n'en fallait que quelques exemples, citons les récentes polémiques autour de la volonté de dépister précocement les comportements asociaux des enfants ou la volonté d'utiliser les tests ADN pour tout et n'importe quoi, l'accentuation du fossé entre une hyperclasse de plus en plus riche et une population qui se paupérise de plus en plus.

 Pour masquer l'horreur du système qui se profile un peu plus près qu'à l'horizon, le romancier à l'instar des philosophes qui n'ont eu de cesse de l'inspirer, rappelle que les tenants du pouvoir falsifient la réalité pour soumettre l'humanité aux nouvelles conditions de vie.

 Ainsi on suivra dans ce recueil les enquêtes du commissaire Borgès qui en bon chien de garde interpelle, rééduque et si besoin élimine toutes les personnes qui sont susceptibles de porter atteinte aux intérêts des dominants : de l'arrestation d'une personne qui a cessé progressivement de consommer à l'assassinat de Karl Marx dans le passé, tous les moyens sont bons pour briser les révoltes et maintenir l'ordre établi.

 Mais le recueil présente également la folie furieuse de quelques individus que ce monde névrosé ne peut qu'engendrer tel ce propriétaire troublant de Flambée immobilière qui recrute ses locataires selon des critères interlopes ainsi que des personnages désinvoltes qui constituent à eux seuls des contrepouvoirs évidents comme ce séducteur d'Une sorcière dans la cuisine qui répète à l'envi qu'il est un vieux con et qu'un jour il faudra qu'il paye.

 Rajoutez à cela quelques anges, quelques fantômes et autres vampires, une énorme dose d'humour mâtinée d'ironie et vous aurez une petite idée de ce qui vous attend dans ce bijou de style d'un auteur au carrefour de Brown et d'Orwel qui ne cache pas ses sympathies pour le monde d'avant la chute du mur de Berlin et son intérêt pour Hugo Chavez sur le blog des moissonneuses à qui il dédicace ce livre.

Autres textes de Jérôme Leroy chroniqués sur Muet comme un carpe diem

Un été à Capone-les-bains

Comme dans un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine
Le cimetière des plaisirs

rendez-vous rue de la monnaie
Rêves de cristal, Arques 2064
Départementales
La grâce efficace
Une si douce apocalypse
Bref rapport sur une fugitive beautée

ajouter un commentaire commentaires (13)   
par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Jérôme Leroy

Jeudi 12 juillet 2007
L'image “http://remue.net/IMG/jpg/magritte_1937_la_reproduction_interdite.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.
La reproduction interdite de Magritte (1937)

Jalonné d'aphorismes, de  notes  ou de maximes  Le cimetière des plaisirs  de  Jérôme  Leroy  oscille entre la fascination pour la formule brève cette utopie de l'écriture qui concilie presque miraculeusement la pression du monde et le retour à une absence perdue, le silence imminent et la parole obligatoire et l'amour du roman dans un monde qui n'a plus le temps de raconter des histoires.

Ce professeur de français qui enseigne dans la métropole lilloise évoque par brides les élèves du collège Brancion mais laisse à d'autres le soin de raconter la vie de l'établisssement mais s'il l'avait voulu, il aurait pu rédiger un texte entre les murs à la façon de Bégaudeau car il ne sait plus s'il est là pour limiter les dégâts, apporter un peu de justice et d'espoir pendant cinquante minutes de cours ou s'il est devenu, par une dialectique perverse, le chien de garde d'un système mourant, retardant pour quelques temps encore l'inévitable explosion des révoltes légitimes.

Le cimetière des plaisirs se démarque des autres textes de Jérôme Leroy que j'ai d'ores et déjà chroniqués dans les pages de ce blog car ici point de barbouzeries comme dans Rendez-vous rue de la monnaie  ou  nul  monde  pas si imaginaire que ça ,pollué, ultralibéral, et sécuritaire montrant où les tendances lourdes de  nos sociétés  pourraient  nous conduire si  nous n'y prenons pas garde comme dans  Big sister  ou  Bref  rapport sur  une  très fugitive beauté.

Pourtant pas de doute, bien que ce roman soit intimiste et inscrit dans le quotidien d'un Rouennais éxilé dans le Nord, nous sommes bien dans le même univers. Un univers où  le regard porté sur l'actualité est lucide où la désespérance est mâtinée de révolte qui  gronde. Un  univers où  l'on va à la cuite comme d'autres montent au front, avec la compétence des unités d'élite,  où la musique est l'oriflamme de la nostalgie et de la mélancolie comme l'atteste cet espoir que le chagrin d'amour, avec le temps justement, devienne mélodique puisque les nouvelles femmes étreintes pour feindre de jouer le jeu des promesses ne permettent pas d'oublier la femme qu'il aimera toute sa vie. Le couple est au mieux une association sensuelle pour résister au servage économique et à la répression sociale et au pire, la coexistence purement spatiale de deux solitudes qui perdent dans cette conjonction la pénible obligation de s'avouer qu'elles ne sont, précisément, que des solitudes. Pire les nouvelles relations telles que celles qu'il entretient avec  la danseuse, servent de support pour revivre des moments qu'il a vécus avec son chagrin d'amour ou qu'il aurait aimés vivre avec elle.

On pourrait penser que la lecture de Jérôme Leroy est déprimante, angoissante. Il n'en est rien car au contraire elle affûte le sens critique, rappelle l'essentiel, évoque l'utopie en creux que chacun devrait garder à l'esprit. Mais cela à un prix : faire le deuil de quelques illusions.

Autres textes de Jérôme Leroy chroniqués sur Muet comme un carpe diem
Un été à Capone-les-bains
Comme un fauteuil dans une bibliothèque en ruine
rendez-vous rue de la monnaie

Rêves de cristal, Arques 2064
Départementales
La grâce efficace
Une si douce apocalypse
Bref rapport sur une fugitive beautée
 
ajouter un commentaire commentaires (18)   
par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Jérôme Leroy

Lundi 18 juin 2007



"Le même matin, la mort et l'amour ont téléphoné. C'est bien la peine de se mettre sur liste rouge."

Après avoir démissionné de l'Unité François Mareuil a fondé une entreprise florissante de protection rapprochée. Cyclothimique et peut-être même bipolaire, l'ancien barbouze s'efforce de tenir à distance les"images des carnages de la raison d'Etat"  en rendant visite de temps à autresà sa jeune maîtresse Chloé qui lui fait penser à Juila l'héroïne de 1984.

Mais coup sur coup il reçoit deux appels qui semblent tout droit issus de son passé. Tout d'abord Pauline qui veut le revoir de toute urgence. Pauline Thélus qu'il a follement aimée il y a dix-neuf ans. Cette femme pour laquelle il est revenu à Lille il y a trois sans pour autant jamais chercher à la contacter, car Mareuil est un romanesque.

Puis Berthet de l'Unité qui l'avertit du retour de Moulin. Raphaël Moulin, "ce jeune appellé, petit voyou brestois, aux dons de tireur exceptionnels" dont Mareuil avait fait son âme danée, à qui il avait tout appris. "A tuer, à s'habiller, à choisir le vin, à utiliser avec discernement la chimie pour les attentats ou les interrogatoire poussés" et même "à aimer les livres". Moulin qui lui en veut à mort car il l'a abandonné en mauvaise posture lors de leur dernière mission.

Entre la chasse à l'homme et la chasse à l'or du temps,  vous déambulerez dans Lille avec les personnages de Wazemmes à la vieille bourse, de la place des patiniers à la rue des vieux-murs derrière la Treille. Jérôme Leroy avec Rendez-vous rue de la Monnaie écrit en quelque sorte sa version de l'amour fou d'André Breton en en reprenant le principe des photographies intercalées au sein du texte.

Lorsque j'ai terminé la lecture de cette nouvelle sur la terrasse dissimulée à l'arrière d'un des cafés de la Place Louise de Bettignies, j'ai de nouveau ressenti cette tristesse qui émane de chacun des textes de Jérôme Leroy. Cette tristesse qui étreint la gorge, mais à laquelle on s'habitue au point de penser comme un des personnages de Big sister  qu'elle est la preuve que l'on existe encore un peu et qu'on est encore capable d'éprouver deux ou trois sentiments humains.

Autres textes de Jérôme Leroy chroniqués sur Muet comme un carpe diem
Un été à Capone-les-bains
Comme dans un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine
Le cimetière des plaisirs
rendez-vous rue de la monnaie
Rêves de cristal, Arques 2064
Départementales
La grâce efficace
Une si douce apocalypse
Bref rapport sur une fugitive beautée
ajouter un commentaire commentaires (4)   
par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Jérôme Leroy

Mercredi 13 juin 2007
Sur la base des échanges  organisés par  l'association Travail et Culture avec quelques-uns des salariés des  célèbres verreries du  Pas-de-Calais , Jérôme Leroy  a  imaginé avec Rêves de cristal, Arques 2064 une  nouvelle  ciselée, poétique mais néanmoins très sombre.

Bien que son histoire se situe en 2064 dans un monde où la majeure partie de l'hémisphère nord affronte le début d'une nouvelle ère glaciaire consécutive à la disparition du Gulf Stream qui a bouleversé tous les équilibres géopolitiques qui prévalaient auparavant, elle n'en reflète pas moins la passion que nourrissaient ces sculpteurs du cristal et leurs inquiétudes face à une mondialisation qui dénature leur rapport au travail bien fait.

Yukiko, seule rescapée  d'un  tremblement de terre qui a dévasté l'archipel nippon et Frédéric, réfugié du froid, parti de son Québec natal pour s'installer au Brésil vont finir par se retrouver à Canton. Ils y suivront les cours de l'université Georges Orwell sur la désindustrialisation dans l'Europe pré-glaciaire et en particulier ceux consacrés à la cristallerie d'Arques car le cristal les unit depuis l'enfance par rêves interposés.

Les propos que place Jérôme Leroy dans la bouche du professeur Mo Yan ne seront pas sans vous évoquer la situation contemporaine faite de délocalisations.

De là, Yukiko et Frédéric partiront pour Lille dans l'espoir de pouvoir organiser une expédition sur le site des verreries en dépit de la contamination radioactive de la zone depuis l'accident de la centrale de Gravelines.

Comme à l'accoutumée, la plume de Leroy est plongée dans un vitriol on ne peut plus classieux pour dénoncer les excès de notre époque que ce soit l'arrogance militaire, économique et religieuse des Etats-Unis, la visée aberrante de tant de managers de vider les entreprises des ouvriers jugés encombrants et onéreux mais aussi la passivité des foules face aux bouleversements économiques et climatiques qu'il attribue en partie à l'avènement de la production et  de la consommation d'images.

Autres textes de Jérôme Leroy chroniqués sur muet comme un carpe diem
Un été à Capone-les-bains
Comme dans un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine
Le cimetière des plaisirs
Rendez-vous rue de la monnaie
Départementales
La grâce efficace
Une si douce apocalypse
Bref rapport sur une fugitive beautée





ajouter un commentaire commentaires (12)   
par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Jérôme Leroy

Dimanche 27 mai 2007


L'auteur multiplie les références politiques qui vont de Lénine à Chevenement en passant par le nihilisme qui sèment le trouble chez le lecteur et chez ses critiques qui ont parfois été jusqu'à le qualifier au mieux d'anar de droite au pire de rouge-brun.

Aussi faut-il pour lire Jérôme Leroy garder une bonne dose d'esprit critique pour voir que derrière ces provocations se cachent un humanisme qui si'nterroge sur un présent des plus inquiétants qui provoque sa colère pour en tirer la substantifique moelle sans tomber dans l'éceuil de la désespérance (lire à ce propos la chronique qu'en fait Eric Vial).

Le titre du roman vaut à lui seul un commentaire. Dans un épigraphe qui sonne comme une épitaphe, Jérôme Leroy cite Baudoin de Bodinat et ses réflexions sur le peu d'avenir que contient le temps où nous sommes dans les tomes de La vie sur terre.

Ce philosophe méconnu, que certains rattachent au dadaïsme et aux situationnistes, émet des critiques sévères sur notre modernité et sur le rétrécissement de notre horizon voulue par notre monde industriel et marchand. Quelques clics sur votre moteur de recherche vous en diront plus sur sa pensée sombre mais décapante qui sans provoquer nécessairement l'adhésion pose question.

Toujours est-il que la "passante, très fugitive beauté, enfin aperçue mêlée aux fuyards d'un convoi de la déroute bactériologique" dont parle Baudouin de Bodinat s'inspire elle-même à mon avis de la passante de Charles Baudelaire que Jérôme Leroy connaît bien.

A une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d’une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l’ourlet;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,

Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,

La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit! - Fugitive beauté

Dont le regard m’a fait soudainement renaître,

Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?

Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!

Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!

Jérome Leroy, de livre en livre continue à peaufiner le descriptif de cet avenir inquiétant qui se profile si nous n'y prenons garde. Un monde où les territoires nationaux ont fait place à des eurorégions qui font la part belle à un capitalisme triomphant et condamnent de plus en plus d'invidus à vivre dans une précarité et un chaos innommables à la périphérie des villes sous la surveillance d'une police dont le budget dépasse de loin celui de la santé et de l'éducation.

Mais au sein même des villes qui échappent aux émeutes de l'eau des Outers, l'écart se creuse entre l'hyperclasse qui vit recluse dans ses lotissements luxueux surprotégés et le reste de la population. La tension monte à tel point dans ce monde sinistre que les autorités ont du se doter d'un service chargé de lutter contre les crimes aberrants qui se multiplient dans des proportions effrayantes.

Rien d'étonnant à cela si l'on considère que la fréquence et l'ampleur des pics de pollution ne cessent de croître, que les relations sociales se sont délitées à mesure que les ordinateurs et les robots sont devenus les compagnons ordinaires du quotidien des citadins, que la crainte de la maladie a confiné la libido à l'usage massif de sex-simulateurs et l'absorption obligatoire de pilules prophylactiques à chaque rapport, que fumer une cigarette ou boire un millésime sont devenus des actes de résistance à l'ordre établi pétri de puritanisme et de restriction des libertés individuelles.

Aussi lorsque l'épidémie de fièvre hémorragique va se déclarer chez les Outers comme dans les villes tout va aller très vite. D'ailleurs une des trouvailles de Jérôme Leroy dans ce Bref rapport sur une très fugitive beauté est de faire parler le virus lui-même : "Finalement, nous sommes à votre image, à moins ce ne soit le contraire. Nous vous habitons comme vous habitez la Terre, épuisant des régions entières et passant à une autre pour ne pas mourir. Vos corps sont nos provinces."

L'écriture dense, stylée de Jérôme Leroy nous fait suivre les témoins de cette apocalypse qui s'efforcent tous de se focaliser non pas sur le fléau que les Outers ont baptisé "La rouge" mais sur leur quête individuelle. L'arrestation d'un serial killer qui écorche ses victimes pour l'agent Canche membre de la police fédérale européenne, l'écriture pour l'écrivain atypique Raphaël Villars, l'assassinat de ce dernier pour Régis Roux membre d'une secte survivaliste qui attend la fin du monde, le sexe et la philosophie pour une tribu de jeunes de l'hyper-classe façonnés dans des éprouvettes mais rétifs à l'uniformité ambiante, la préparation d'une performance autour d'hologrammes tridimensionnels des tableaux surréalistes de Paul Delvaux pour Juliette.


Autres textes de Jérôme Leroy chroniqués sur Muet comme un carpe diem
Un été à Capone-les-bains
Comme dans un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine
Le cimetière des plaisirs

rendez-vous rue de la monnaie
Rêves de cristal, Arques 2064
Départementales
La grâce efficace
Une si douce apocalypse
Bref rapport sur une fugitive beautée
ajouter un commentaire commentaires (5)   
par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Jérôme Leroy

Dimanche 13 mai 2007

Une si douce apocalypse

Quatre scientifiques de renom se voient confier la synthèse de tous les travaux menés sur le réchauffement de la planète par le secrétariat de l'ONU. Quoique prévisible la conclusion de leurs études à partir des sources fragmentaires que l'on leur fournies est de nature à poser problème. Andreï Stepanovitch Tarentiev, 75 ans, spécialiste en climatologie, Christine Stowe, 34 ans et pourtant d'ores et déjà nobelisable en physique, François Marceau de l'Institut de physique du globe et Ekofo Biyenga, chercheur en biologie moléculaire de l'université de Kinshasa, ces quatre cavaliers de l'apocalypse, vont devoir vivre avec ce lourd secret. Ce qui risque de s'avérer une gageure au vu de ce qu'ils savent. Néanmoins, en attendant les puissants de ce monde ont trouvé un moyen de détourner la presse et donc l'opinion de ce qu'ils ont découvert : un rideau de fumée princier !

Aphrodite, jeune chômeuse de 19 ans est tombée amoureuse de Karim, ce Kabyle à l'allure nonchalante qui manie le subjonctif imparfait à la perfection. Ce gardien de nuit au supermarché voisin a sans doute sauvé son petit frère des affres de la toxicomanie d'une manière qui fait partie de la légende dorée du quartier. Du coup ils vivent désormais ensemble.
"Ce n'est pas là un des moindres paradoxes de la crise que d'avoir accordé aux pauvresn aux chômeurs, aux travailleurs précaires cet immense privilègequ'elle réservait jusque-là aux rentiers, aux bourgeois ou aux dandys oisifs : l'amour l'après-midi". Ces ébats en pleine journée sont qui plus est mâtinés d'une perversion inhabituelle qui consiste à faire partager leur bonheur en appellant un inconnu au téléphone. De ces appels peut découler le meilleur comme le pire.

Le ministre de l'intérieur et des cultes a des états d'âme. "Quand ses préfets lui demandaient l'autorisation de faire donner les CRS dans une banlieue quasi insurgée ou sur le site d'une usine promise à la délocalisation, il acceptait. tout en sachant que si on l'avait laissé faire, ce n'est pas là qu'il aurait envoyé ses flics". Mais pour l'heure, il a d'autres chats à fouetter. Ses services l'informent de faits énigmatiques. Une fillette lévite et guérit miraculeusement plusieurs personnes sérieusement atteintes. Un policier de la BAC démissionne et se met à errer en mendiant dans la cité pour demander pardon tandis que son collègue prêche pour une police au service des pauvres après une intervention qui a mal tournée chez la soeur d'un dealer notoire.

Bénédicte s'inquiète pour son amie Sophie au chômage et aux moeurs un peu trop délurés à son goût. Cette dernière la rassure en lui affirmant que les sadiques et les tordus c'est surtout au travail qu'elle les rencontre, ces "petits chefs qui te proposent la botte en t'expliquant qu'ils peuvent prolonger ton contrat". Bénédicte se laissera-t-elle convaincre par son amie qui veut lui faire vivre une expérience décalée?

Un ancien barbouze prend sous son aile une jeune collégienne destinée à vivre de grandes choses et peut-être permettre ainsi le renversement du gouvernement de la coalition Alliance libérale-parti national.

Un professeur de littérature apprend lors d'un entretien avec le manager du département culture générale de l'université Carrefour-Auchan d'EuraLille que son poste ne sera pas renouvelé à la rentrée prochaine car l'entreprise doit se concentrer sur l'effort de guerre. A la recherche d'un peu de sérénité, il rencontre à Eura-Roubaix-Wattrelos, une jeune femme qui travaille à l'hôpitalSony-Hitachi dans le service réservé aux enfants de cadres cyberautistes. Qu'adviendra-t-il de ce couple atypique?

N'en déplaise à ses détracteurs, la plume de Jérôme Leroy excelle à nous montrer dans Une si douce apocalypse la monstruosité de notre présent comme l'indique la postface au travers de ses nouvelles de politique fiction à la croisée de l'anticipation et du fantastique, de la politique et de la poésie.

Autres textes de Jérôme Leroy chroniqués sur Muet comme un carpe diem
Un été à Capone-les-bains
Comme dans un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine
Le cimetière des plaisirs

rendez-vous rue de la monnaie
Rêves de cristal, Arques 2064
Départementales
La grâce efficace
Une si douce apocalypse
Bref rapport sur une fugitive beautée
ajouter un commentaire commentaires (2)   
par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Jérôme Leroy

Dimanche 13 mai 2007
Photobucket

 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


 


Yellow, Tableau de Marie-Eva qui publie ses toiles sur son blog  Mariedesbois (d'autres vues du tableau disponibles en cliquant sur le nom du blog)

 

 

 

 

 

 


 


 


 

 

 

A la façon d'un Bill Murray dans Broken Flowers, Ganate déambule sur les routes de France à la recherche de lieux qui lui permettent d'évoquer les femmes de son passé. Odile qui lui avait fait découvrir Marseille mais qui est partie pour la Hongrie, Elodie dont il aimait contempler le sexe pendant qu'elle lui lisait l'Odyssée.

La saga d'Ulysse sert d'ailleurs de fil conducteur à ce récit qui se déroule dans une ambiance où la couche d'ozone et une Europe uniformisée, capitaliste, prohibitionniste et sécuritaire forment une toile de fond d'ores et déjà développée dans le recueil Grâce efficace .

Ce qui constraste singulièrement avec les envolées poétiques et hédonistes du narrateur qui cherche à trouver comment tenir le coup encore un temps.

Cette grosse nouvelle d'un cinquantaine de pages est publiée ici seule mais recèle quelques perles comme cette certitude que Circé est à l'origine de la société du spectacle puisqu'elle transforme les hommes en porcs et que la société se transforme en une entité commerciale et administrative peuplée de Lotophages qui se shootent sur le net.

Découvrir Jérôme Leroy c'est un peu comme lire entre les lignes à haute tension de son écriture la description d'un futur qui se profile si nous ne faisons rien pour le changer. Le problème est qu'il a écrit cette nouvelle en 1995 !



Ulysse et Circé Tableau d'Allori (1575)

Autres textes de Jérôme Leroy chroniqués sur Muet comme un carpe diem

Un été à Capone-les-bains

 Comme dans un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine
Le cimetière des plaisirs

rendez-vous rue de la monnaie
Rêves de cristal, Arques 2064
Départementales
La grâce efficace
Une si douce apocalypse
Bref rapport sur une fugitive beautée

 

ajouter un commentaire commentaires (6)   
par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Jérôme Leroy

Dimanche 11 février 2007

Elena Speranza sauve la vie d’un clochard qui a maille à partir avec des jeunes skinheads.  Un clochard qui s’avère être François Malone, le jeune professeur de français qui l’avait poussée à échapper au déterminisme social alors qu’elle était destinée comme tant d’autres à devenir de la chair à canon pour l’ultralibéralisme, qui à l’époque, commençait à régner sans partage avec des slogans aussi débiles que « Réconcilions les Français avec l’entreprise. ! » 

Progressivement, Elena va découvrir le passé interlope de son professeur qui accumule les paradoxes : syndicaliste antifasciste mais amateur de Drieu la Rochelle ; étiqueté maoïste par les RG, il anime un journal qui met les politiciens véreux sur la sellette mais s’amourache ensuite de la fille d’un leader d’un parti poujadiste et raciste. Malone est-il un de ces « rouges bruns » ? Les skinheads étaient-ils en mission commandée ? Les questions vont se succéder pour dresser peu à peu le portrait d’un homme atypique, écorché vif à tel point que l’on ne sait plus s’il faut le plaindre ou le blâmer. L’univers de Jérôme Leroy à cheval entre la métropole lilloise et les Flandres belges semble fait de moires où l’on passe du mat au chatoyant sans crier gare. Ses personnages s’efforcent tant bien que mal de trouver leur voie dans un contexte économique et social qui délite les repères et les certitudes.

 

 Comme une mise en abîme de cette instabilité, on découvre un autre professeur, peut-être le même,  qui voudrait croire que c’est l’abus d’alcool qui lui a fait passer de l’autre côté de la frontière une soirée sur le Mont-noir digne de la Mare au diable de Georges Sand où rôderaient les fantômes de sa jeunesse. Un delirium tremens peuplé de gamines à cheval qui citaient du Catulle, de nazis flamands séparatistes, de flics spécialistes de Paul Delvaux.

 

  

Si ce récit fantastique dans les Flandres vous a paru effrayant attendez d’avoir lu les autres nouvelles et découvrez le monde qu’analyse Jacques Mindely, économiste, journaliste et romancier à succès et vous saurez que vos cauchemars commencent. D’autant plus quand vous découvrirez la chute de la dernière nouvelle et la liste des personnes qui ont inspiré ce personnage très vite insupportable.

Autres textes de Jérôme Leroy chroniqués sur Muet comme un carpe diem

Un été à Capone-les-bains

Comme dans un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine
Le cimetière des plaisirs

rendez-vous rue de la monnaie
Rêves de cristal, Arques 2064
Départementales
La grâce efficace
Une si douce apocalypse
Bref rapport sur une fugitive beautée

 

commentaires (1)   
par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Jérôme Leroy

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
 
hebergement sites sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus