Je le dis tout net, je ne connais rien au hip-hop. Aussi assister à ce spectacle de la compagnie Melting Spot de Farid Berki était une découverte totale. Les quelques images glânées de-ci de-là au hasard des images télévisuelles ne m'ont pas préparé à ces enchaînements (il)logiques de vidéos de témoignages de Sans papier gambiens, d'images de conflits au travers du monde, de prises de paroles minimalistes mais cinglantes, de danses sur fonds numérisés projetés sur le même écran-paravent , derrière des tissus tamisés ou sur des éclairages au sol en forme de barre ou de grille.Le spectacle Exodust fait se succéder des déséquilibres, des luttes, des chaînes humaines ou files composées de quelques membres mais paradoxalement interminables, des marches, des courses, des prostrations, des frustrations, des corps qui cherchent les atômes crochus mais qui glissent comme une goutte de mercure.
Cinq danseurs de toute origine, de tout âge, de corpulences très contrastrées du grand échalas tonique au barbu grisonnant trapu plein d'élégance en passant par ce petit bout de femme d'abord grimée en homme avant de jouer de sa longue chevelure font se succéder des "solos" de danse, les mouvements collectifs selon un rythme qui ne cesse de varier. Autant de leitmotivs lanscinants de chorégraphies qui se succèdent, reviennent, se chassent l'un l'autre pour donner à voir les affres et les espoirs de l'exil.
"L'habilllage sonore" de Malik Berki et Rémi Malcou pour reprendre le terme du texte de présentation oscille entre des percussions sèches et des ambiances jazzies avec des influences musicales qui vont du Japon à l'Australie.
Ce spectacle est finalement à l'image de la société française d'aujourd'hui si bigarrée, aux confluences de tant d'origines et qui pourtant vote si massivement pour des candidats qui prônent sous le terme fallacieux d'immigration choisie ce que les danseurs mettent en exergue avec leurs invectives au public qui déclinent bon nombre des manière de dire à l'autre de partir.
A l'heure où les deux finalistes de l'élection présidentielle annoncent qu'ils entendent l'un comme l'autre régler la question des Sans papier au cas par cas sans régularisation globale, je me dis que la note d'intention de Farid Berki où il dit avoir envie de revenir à une forme de radicalité, d'engagement et de réaffirmation de l'importance du mouvement de conscience propre au hip-hop pour bousculer la gestuelle principalement centrée sur la circulation dans le corps, pour la propulser dans l'espace correspond bien à ce que je ressens pour la société civile qui doit cesser de se taire pour réaffirmer elle-aussi un certain nombre de valeurs qui sont en train de partir à vau l'eau sous les attaques des uns et des autres.
En avril 2002, j'avais refusé de céder au chantage et de cautionner un Chirac qui allait continuer de travailler pour le MEDEF et j'étais certain que beaucoup se seraient levés contre Lepen dans la rue en cas d'une improbable victoire. La suite m'a prouvé que je n'avais pas eu tort. S'abstenir m'avait semblé une évidence. Depuis le résultat du premier tour, je suis à la torture car vu le faible taux d'abstention les chiffres confirment la droitisation de l'électorat français. Dimanche, je vais manger mon chapeau libertaire pour contribuer modestement à faire barrage au rouleau compresseur libéral mais bon sang que cela va être la mort dans l'âme au vu de ces rapprochements nauséabonds entre l'UDF et le PS qui au nom d'une soit-disant réforme des us et coutumes des élus préparent la bipolarisation de la vie politique voulue par certains avec la suppression ou l'absortion des petites formations. Après la lutte contre la réforme délétère des retraites, contre le CPE qui ont demandé tant d'efforts pour des résultats nuls ou si modestes, beaucoup ont les bras cassés pour repartir dans des luttes d'ampleur mais il va bien falloir y retourner sinon ce sera de pire en pire, l'avénement si rien n'est fait d'une société où les riches seront de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres.
Eonclusion je vous invite à lire cet entretien du chorégraphe trouvé sur Théâtre on line : "Je veux saisir les petits moments de bonheur, d'exaltation, les joies simples, l'exceptionnel et le miracle qui existent aussi parfois dans les camps de transit et les confronter "au discours sûr", moralisateur de tous ces gens que l'on trouve "formidables" et qui nous réconcilient avec l'humanité et notre conscience.
Quels sont les rêves de ces cinquante millions de réfugiés dans le monde ? A travers eux, je me pose la question du minimum vital indispensable à l'Homme : Qu'est-ce qui reste quand on a tout perdu ?
A côté de ces générations qui n'ont pas eu le choix, je pense aussi à ceux pour qui l'exil est une alternative à une vie médiocre. Les images défilent, et pour les nouveaux citadins chinois que j'ai observés, loin de leur héritage rural, le temps et l'espace ne sont plus dissociables.
Chacun s'adapte à ce développement accéléré et cette population venue des campagnes caractérisée en chinois de "population flottante" essaient de s'approprier ces mégalopoles qui les absorbent. Est-ce que se reconstruire quand on a une double identité peut devenir une contrainte heureuse ?
J'emprunte, enfin, un peu à tous ceux qui se sont libérés par l'exil. Ceux qui s'affranchissent du joug de la société, de la caste ou du système qui décide pour eux, se démarquent du groupe ou s'isolent pour se protéger de la folie.
Ce refus de l'asservissement, cette marginalisation volontaire, ceux des exilés intérieurs sont les exemples de ma vision de l'anticonformisme : l'ermite qui choisit la retraite spirituelle, le simple d'esprit qui rejette la réalité et que la réalité rejette, l'artiste qui sort de son déterminisme ?
Tout comme le spectacle, ils bousculent, dérangent, provoquent et créent de nouveaux espaces et non des réserves d'Indiens. Ils invitent aux audaces de l'utopie, ils convoquent l'improbable et suggèrent l'impertinence, ils encouragent la subversion et annoncent les signes tangibles des changements à venir. Enfin, j'espère."






Commentaires