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Lundi 26 mars 2007

Le hasard veut que comme le précédent spectacle de théâtre chroniqué (Blanche neige de Robert Walser mis en scène par Nicolas Luçon), le spectacle autobiographique écrit et joué par Minoun El Barouni la thématique expose le conflit  de ses identités multiples et complexes au moyen d'un mode d'expression qui n'est pas sans rappeler la schizophrénie.

Une ampoule unique au-dessus d'une table des plus simples, une chaise. C'est dans ce décor minimaliste que Mimoun El Barouni est installé silencieux, raide, attendant que les spectateurs se figent à leur tour.

La raideur c'est aussi le quotient de la force agissant par traction ou par compression sur un ressort par l'allongement ou le raccourcissement qu'il subit. De cette immobilité l'auteur/acteur sort à la façon d'un diable de sa boîte par un poème scandée en arabe d'une voix puissante, rauque presque rogommeuse. Puis suit le récit d'une enfance berbère, premier fils de la deuxième femme de son père qui attire sur lui l'opprobe en épousant ensuite une Arabe ce qui lui vaut d'être marginalisé par sa propre communauté. Mal aimé, il ne trouve pas sa place dans cette fratrie complexe où il finit par simuler la folie pour gagner un peu de répit. Rapidement, il quitte Casablanca illégalement pour vivre de trafics divers et avariés en France puis en Italie où il pense un temps gagner les Etats-unis. Interpellé, il ne se sentira paradoxalement jamais aussi libre que dans l'enceinte du centre de détention de Volterra où il purge une peine de six ans pour avoir fait le commerce de stupéfiants.

Ce périple hors norme qui le mène à devenir un des acteurs de la compagnia della Fortezza créée par Amando Punzo au sein de la prison de Volterra pour y mêler des jeunes acteurs, des aspirants acteurs et des détenus afin de rompre avec une forme académique, Mimoun El Barrouni nous le livre en alternant sans crier gare narration surnormée et poésie, voix posée et éructations qui confinent aux hurlements de colère, le tout successivement scandé en arabe, français et italien.

Après un spectacle qui laisse pantois par la violence du récit, l'auteur/acteur se lève et invite les spectateurs à lui poser des questions sur l'ovni théâtral auquel ils viennent d'assister. Du monologue on passe au dialogue intéractif puisque les propos tenus ont pour vocation de nourrir la réflexion de la troupe et faire évoluer leur jeu.

Longtemps encore je serai hanté par ces voix multiples qui s'efforçaient de donner à entendre un homme qui ne sait pas qui il est vraiment.

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par christophe fétat publié dans : Chronique de pièce de théâtre

Dimanche 25 mars 2007

La Blanche-neige  de Robert Walser est loin de l'image lisse où Walt Disney l'a confinée. Loin du simple pastiche la pièce de théâtre offre une suite à l'histoire traditionnelle qui donne à voir les non-dits des relations entre les différents personnages dans l'esprit de la Psychanalyse des contes de fée de Bettheleim. Si le chasseur a dans un premier temps obéi à l'ordre de la reine de tuer Blanche neige, Walser nous explique que c'est parce qu'il était son amant pour oublier le roi effacé, ce père absent. Néanmoins ramenée à la vie par le baiser du prince, Blanche-neige entend régler ses comptes avec cette femme infidèle qui l'a empoisonnée et lui dire ses quatre vérités.

La reine nie tout en bloc pour ensuite revendiquer ses crimes avec passion puis les nier de nouveau. Sa fille va pour sa part basculer elle-aussi entre le désir de pousser dans ses derniers retranchements et l'envie de céder à ses cajôleries au point de vouloir effacer de sa mémoire les ébats entre sa mère et le chasseur.

La schizophrénie semble posséder tous les personnages qui sans crier gare ne cessent de changer de discours, d'attitude. Faut-il voir dans l'enfermement pendant 27 ans de Wasler pour cette même maladie, l'explication de cette interprétation irrévérencieuse mais si déstabilisante du conte ? Mais Wasler était-il vraiment schizophrène ou a-t-il été interné trop hâtivement pour ses lettres d'amour à ses voisines qui n'étaient pas du goût de tous ? Patient modèle, il n'en a pas moins continué d'écrire.

En tous cas, Nicolas Luçon a su dans sa mise en scène donner toute l'ampleur de ces voltes faces animées par des sentiments contradictoires. Ses acteurs semblent complètement décalés. Le prince charmant a pris un coup de vieux et est quelque peu dégarni et passablement attiré par la sensualité de la reine, la reine est certes très accorte mais son cynisme dissimule mal sa fragilité et ressemble peu à la femme cruelle que nous décrit la tradition, Blanche-neige s'avère bien moins douce et beaucoup plus complexe que la jeune princesse de notre enfance, le roi est comme dans le conte peu présent dans le jeu mais est omniprésent en dépit de son silence sur la scène, le chasseur avec sa tenue tyrolienne chapeau à plume est-il niais ou roué ?

Comme dans Bettheleim, les personnages du conte semblent ambivalents, représenter des aspirations antagonistes qui broient les individus entre les non-dits et les mots de trop. La dialectique entre la haine et l'amour, entre l'envie d'aimer ses parents et la rage de ne pas en être aimé, entre le désir d'un amour pur et celui d'un amour sensuel va faire passer d'un état à un autre en un instant. Comme dans la vie en somme mais en plus dense !

En lisant le quatre pages mis à disposition des spectateurs venus voir cette pièce à la Ferme d'en Haut de Villeneuve d'Ascq dans le cadre du Labomatic je découvre que Nicolas Luçon a travaillé par le passé avec Olivier Py. Je n'ai jamais eu l'occasion de voir les mises en scène de ce dernier mais c'est on ne peut plus baroque et détonnant si j'en crois ceux qui m'en ont parlé. Par contre j'ai lu une de ces adaptations d'un conte de Grimm et on y retrouve cette complexité de l'individu qui ne se résume pas si facilement. De là à penser à une influence, il n'y a qu'un pas de bottes de sept lieue.

Par association d'idée je repense au film Some voices de Simon Cellan Jones avec Daniel Craig et Julie Graham que j'ai vu récemment qui montre un schizophrène qui s'efforce de trouver le bonheur en s'arrachant à sa camisole chimique et qui dans un premier temps permet à son frère de reconsidérer ses choix de vie et amène de la magie et de l'amour dans la vie d'une jeune écossaise  avant de recommencer à entendre des voix et de se mettre à se livrer à des actes de plus en plus incompréhensibles qui pourtant font sens.

Pour un résumé plus complet et quelques extraits vous pouvez consulter : http://www.jose-corti.fr/titresmerveilleux/blanche-neige.html

Pour lire un entretien avec le metteur en scène Nicolas Luçon : http://www.theatredelaplace.be/fr/MinisiteSpectacles/49/Blanche-Neige.rvb

Patrick Léonard, le prince de la pièce, anime un site   http://ornythorinque.spaces.live.com/

Pour une biographie de Robert Wasler : http://www.europe-revue.info/2003/walserbio.htm


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par christophe fétat publié dans : Chronique de pièce de théâtre

Vendredi 16 février 2007

Pour de multiples raisons diverses et peut-être avariées, je ne vais pas souvent au théatre et encore moins dans les scènes nationales. Exception qui confirme la règle, je suis ce soir allé  voir la création de Julien Bouffier Remenber The Misfits à la Rose des vents. Je suis encore médusé par la débauche de moyens du dispositif scénique. Des projections sur grand écran de courts métrages se mêlent à des scènes fimées en direct par les acteurs eux-mêmes au moyen d'un caméscope autour d'un décor de maison de poupée et à une interview d'une comédienne que l'on sent déstabilisée qui vient d'interpréter le rôle de Marylin Monroe par une caméra fixe. Tantôt l'écran laisse entrevoir les comédiens présents sur scène, tantôt les acteurs se placent devant l'écran qui donne à voir ou non. Jeux de faux semblants où la fiction se place parfois dans l'évocation du souvenir intime dont il faudrait se méfier,  parfois dans l'univers de l'imaginaire du cinéma. Un metteur en scène devise du rapport entre théâtre et cinéma, le même metteur en scène haut des quelques mètres de l'écran dialogue avec les acteurs  sur scène. Tout cela finit avec des écrans miniatures de formes géométriques suspendus à la façon d'un mobile de Calder qui dansent avec un des comédiens, une pluie qui vient tremper ou rafraîchir le couple selon comment on a envie de percevoir la scène. Rajoutons à cela quelques phrases qui restent suspendues en l'air au sens propre puisque projetées sur écran et la surprise de voir une comédienne enceinte jusqu'aux yeux et il y aurait matière à trouver que ce spectacle était des plus interessants et pourtant je reste sur ma faim car avec autant de moyen on serait en droit de se dire qu'il y avait mieux à faire ou plus précisément que l'auteur pouvait développer, renforcer ces effets de mise en abîme autour du rapport entre la réalité et la fiction comme par exemple cette scène où la fille de la comédienne préfère parler à la projection sur écran de sa mère plutôt que de s'adresser à elle directement. Des associations avec l'invention de Morel  de Bioy Casaeres ou Le château des Carpathes  de Jules Verne se forment et me laissent à penser que ce thème avait été mieux abordé par ces oeuvres littéraires que par le spectacle de ce soir. Mais bon la critique est aisée et l'art est difficile ! Au moins Julien Bouffier cherche à rendre le spectacle vivant.

http://www.larosedesvents-scenenationale.com/index.php?idStarter=11075

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par christophe fétat publié dans : Chronique de pièce de théâtre

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