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Samedi 19 avril 2008



Tous les citoyens qui restent vigilants se souviennent de la polémique qui entoura l'introduction de la possibilité d'un test ADN par l'amendement de Thierry Mariani pour le regroupement familial dans le cadre des lois Hortefeux sur l'immigration. Un test voulu pour lutter contre la fraude à l'état civil pendant que dans le même temps se mettait en place une logique de quotas sur la base des compétences recherchées.

Si vous voulez avoir une idée de ce que pourrait donner, si elle était poussée à l'extrême, cette logique sécuritaire couplée à cette volonté de n'accueillir les individus que s'ils présentent les aptitudes adéquates à un moment donné, je vous invite à (re)découvrir le film d'Andrew Niccol Bienvenue à Gattaca.

Vincent Freeman, le bien nommé, ne peut participer au programme Gattaca qui sélectionne les futurs astronautes car il est un enfant de la providence, un de ces enfants conçus in vivo et parce qu'il présente, selon les tests génétiques qui ont été pratiqués dès sa naissance, une faiblesse cardiaque qui limite en théorie son espérance de vie à une trentaine d'années.

Refusant de voir son rêve brisé par cette logique discriminatoire, il devient un pirate génétique et usurpe avec l'accord de l'intéressé, l'identité de Jérôme Eugène Morrow, ancien champion de natation.

Jérôme a été conçu in vitro par sélection des gamètes de ses parents pour répondre au mieux aux critères eugénistes de l'époque mais il a perdu l'usage de ses jambes dans un accident. Initialement, uniquement motivé par l'argent, Jérôme finira par adhérer au rêve de Vincent qui désire partir sur Titan dans le prochain vol spatial. De même, plusieurs des personnes qui découvriront la supercherie finiront par comprendre pourquoi Vincent prend autant de risques pour substituer les traces génétiques de Jérôme aux siennes.

Ils finiront par prendre conscience que cette société qui met en avant l'efficacité pour justifier l'injustice doit être combattue pied à pied et pourquoi leur propre situation n'est pas si éloignée de celle de cet exclu génétique et que partant prendre son parti c'est choisir une autre vision de ce que devraient être les rapports humains.

Le tout dans un film de Science fiction subtil sans effets spéciaux tapageurs et racoleurs qui suggère plus qu'il n'explicite. A (re)voir vraiment !

NB du 20 juin 2008 : on peut trouver dans le recueil de nouvelles  Axiomatiques de Greg Egan une superbe nouvelle sur les risques de la volonté de sérier les individus selon leur ADN qui aborde la question sous un angle encore plus aigu.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Dimanche 6 avril 2008
http://tecfa.unige.ch/perso/staf/lattion/blog/images/hot-fuzz-poster-2.jpg

Sorti major de sa promotion, NIcholas Angel (Simon Pegg) fait figure de policier parfait. D'une rigueur à toute épreuve qui confine au rigorisme, il n'a de cesse de faire régner l'ordre à en exploser les statistiques de son commissariat. Fatalement, son  zèle risque de faire passer ses collègues pour des tire-au-flanc ! Une expression qui désigne d'ailleurs au départ ces soldats qui s'efforçaient d'éviter le front par tous les moyens.

Pour le bien de tous, sa hiérarchie directe lui décerne, bien entendu à titre de promotion pour ses services exemplaires qui lui ont valu quelques cicatrices, une mutation expresse pour le village de Sandford qui concourt pour le titre de village de l'année. De son nouvel équipier Danny Butterman, pilier de pub invétéré, aux deux inspecteurs qui ont autant de poils à la moustache que de poils dans la main, les nouveaux collègues de ce policier à la peau dure comme la loi ont également mutatis mutandis une interprétation du bien de tous qui ne va pas sans quelques entorses avec le manuel.

Relégué le plus souvent à des tâches subalternes aussi passionnantes que la surveillance des kermesses ou une enquête sur la disparition d'une oie, son quotidien devient d'un ennui mortel où l'apogée de l'action est l'arrestation d'un adolescent qui vient de voler un sachet de chips contre lequel le directeur du supermarché ne désirera même pas porter plainte.

Les notables du village omnubilés par le désir de préparer au mieux le village pour le concours, s'empressent de museler l'ardeur de Nicholas Angel lorsqu'une série de morts inexpliquées vient décimer quelques unes des "personnalités" de Sandford et l'invitent à se concentrer sur d'autres calamités bien plus graves comme les graffitis où les saltimbanques qui dénaturent selon eux la quiétude de la communauté villageoise. Toute personne qui serait tentée de faire un parallèle avec la tartufferie olympique actuelle serait bien entendu très mal inspirée.

Mais rien n'y fait, le flic londonien en accord avec l'étymologie est une véritable mouche du coche, et va déclencher un véritable tsunami dans cette bourgade rurale où pourtant personne ne voulait de vagues. S'en suit, une cascade de gags qui multiplient de manière tantôt subtile tantôt explicite, les clins d'oeil aux films d'action tout en approfondissant des personnages parfois fouillis mais le plus souvent fouillés. Le rythme endiablé de cette comédie d'Edgar Wright qui oscille entre le pastiche et la critique de société, développe un humour anglais plus enlevé et plus élevé que celui de Mister Bean et fait par moment penser aux truculences des Monthy Python ou de Sacha Baron Cohen.

Sans crier au chef-d'oeuvre, Hot Fuzz mettra à mal vos zygomatiques et vous invitera qui plus est à vous interroger sur les notions de bien et de mal.  A l'heure où l'on banalise l'émission d'ultrasons pour dissuader les jeunes de se regrouper et où la France se rapproche de l'Otan, rire ne vous fera pas de mal !

L'image “http://www.sbbfc.co.uk/images/hot-fuzz-insert-caption-433.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Pour voir la bande annonce en français de Hot Fuzz cliquez ICI
Pour voir la bande annonce de Hot Fuzz en anglais cliquez ICI
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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Dimanche 16 décembre 2007
Dans sa nouvelle L'homme bicentenaire Isaac Asimov retraçait la quête d'Andrew un robot au cerveau positronique qui était désireux de devenir humain. Conscient des réticences des humains, il sait faire preuve de patience et voir plusieurs générations d'hommes s'éteindre pour arriver à ses fins sans pour autant désobéir aux trois lois de la robotique :

1- Un robot ne peut pas nuire à un être humain ni, par son inaction, laisser un être humain en danger.
2- Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains sauf quand ces ordres sont en contradiction avec la Première Loi.
3- Un robot doit prendre soin de sa propre existence tant que ce soin n'entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi.


En effet, en devenant un expert des prothèses cybernétiques, il parvient ensuite à démontrer devant les tribunaux qu'un humain appareillé de tels dispositifs n'en est pas moins humain. Ce qui lui permet d'avancer qu'en dépit de son cerveau positronique, il est capable d'avoir des sentiments et est en droit de revendiquer la qualification d'être humain.

Dans son film Je suis un cyborg, Park Chan-Wook part de la situation diamétralement inverse mais au final il cherche lui aussi à cerner ce qui définit un être humain au travers d'une réflexion sur la norme.

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Young-goon doit être internée dans un hôpital psychiatrique car sur son poste de travail elle vient de se taillader le poignet pour y placer des fils électriques qu'elle a reliés à une prise.

L'étymologie nous apprenant que le terme robot provient du tchèque robota qui signifie travail forcé, on pourrait penser de prime abord, que c'est la répétition infernale des mêmes gestes sur la chaîne de montage de postes de radios qui a provoqué l'hallucination auditive à la source de ce pétage de plomb.

En fait, tout comme les robots d'Isaac Asimov, Youg-goon obéit à des lois non seulement strictes mais obsessionnelles. Dans son cas celles-ci sont générées par sa schizophrénie qui la pousse à croire qu'elle est un cyborg qui peut communiquer avec les distributeurs de boissons et autres néons. Le Mental Research Institute de Palo Alto avait affirmé que le traitement de la schizophrénie ne devait pas se limiter au patient mais s'étendre aux relations familiales qui seraient sinon la cause du moins un des facteurs majeurs de maintiens des symptômes.

Le réalisateur coréen semble partager son avis puisqu'au fur et à mesure on comprend que la grand-mère de la jeune fille était elle-aussi schizophrène au grand dam de la mère de Youg-goon qui n'est guère plus stable tant elle est honteuse des délires de la vieille femme qui se prend pour une souris et consomme du navet mariné à longueur de journée. Aussi lorsque Young-goon fera son coming-out cybernétique, la réaction de sa mère qui lui enjoint de dissimuler aux autres ce qu'elle vient de lui confier sera le principal obstacle au traitement ultérieur de sa maladie mentale.

Cette omerta empêchera les psychiatres de comprendre pourquoi elle s'affaiblit de plus en plus à force de jeuner tant elle est persuadée qu'elle doit recharger ses batteries au sens propre en apposant ses doigts mouilés ou sa langue sur des piles.

Sa rencontre avec un autre aliéné qui ne se ballade jamais sans l'un de ses masques et porte une tenue qui fait penser à une grenouillère lui sauvera la vie car, motivé par un amour fou à plus d'un titre, il sera le seul à finir par trouver le moyen de l'amener à s'alimenter tout en respectant les lois rigides que leurs maladies respectives leur imposent. Un moyen à la mesure de sa propre folie qui n'a rien à envier à celui de Youg-goon puisque Il-soon pense éviter de disparaître en absorbant les symptômes des autres malades.


Cette romance à mi-chemin entre Vol au dessus d'un nid de coucou et Some voices est mâtinée d'un imaginaire loufouque qui doit beaucoup à Tim Burton de l'aveu même de Park Chan-wook. Le tout est mis à l'écran sur fond de couleurs acidulées en alternant les moments de descriptions cliniques de l'évolution de la maladie de Young-goon et les passages oniriques liés à ses hallucinations.

A l'instar des autres aliénés de l'hôpital tous aussi barrés les uns que les autres (un homme qui marche à reculon et qui s'excuse à tout va car il se croit responsable de tout ;un autre qui est convaincu d'avoir un élastique géant accroché à sa taille ;  une boulimique qui pense pouvoir voler en frottant ses chaussettes l'une contre l'autre ; etc.) nous suivons cette histoire d'amour pour (re)découvrir que derrière l'outrance de la folie il y a une inquiétante étrangeté que désarmorce néanmoins l'humour omniprésent comme le souligne le titre anglais : I'm a cyborg but that's OK.

Je suis un cyborg
est paradoxalement à la fois très loin de la violence de Old boy  et à la fois très proche car dans l'un et l'autre film il s'agit de cerner le sens à donner à l'existence, il s'agit de questionner la norme en profondeur un peu à la manière déstabilisante de Chuck Palahniuk. Les séances de thérapie de groupe, les parties de ping-pong dans la salle commune ou  les repas au réfectoire sont  autant d'occasions d'illustrer la difficulté à communiquer qui va de paire avec le besoin d'altérité.


Dans le prolongement de ce film je recommande de (re)lire La réalité de la réalité. Confusion, désinformation, communication de Paul Watzlawick dont je tire l'extrait suivant :


Nous avons vu qu'il est de la plus grande importance de savoir si notre réalité a ou non un ordre, et qu'il y a trois réponses possibles :
1- Elle n'a aucun ordre ; auquel cas la réalité est, dans la même mesure, confusion et chaos, la vie étant quant à elle un cauchemar psychotique.
2- Nous compensons notre état existentiel de désinformation en inventant un ordre, oublions que nous l'avons inventé, et l'éprouvons comme quelque chose qui se trouve "là autour" et que nous appelons réalité.
3- Il y a un ordre, qui est la créature de quelque Etre supérieur dont nous dépendons, quoiqu'il soit lui-même tout à fait indépendant de nous. La communication avec cet Etre devient donc pour l'homme le but le plus important.
La majorité d'entre nous parvient à ignorer la première possibilité. Mais aucun de nous ne peut éviter un certain penchant - si vague ou inconscient soiit-il - pour l'une ou autre des possibilités 2 et 3.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Dimanche 2 décembre 2007
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Le clonage récent d'un singe est venu réactiver la polémique sur cette technique source de tous les espoirs selon les uns et de toutes les dérives selon les autres.

Dans La possibilité d'une ïle, Michel Houellebecq imaginait qu'une secte était parvenue à maîtriser dans un premier temps la conservation illimitée de l'ADN d'un individu puis par la suite son clonage grâce aux sommes récoltées auprès de ses richissismes adhérents.

Cette secte qui venait concurrencer pour bientôt les supplanter les religions monothéistes sur le terrain de l'espoir de l'immortalité finirait par réussir à  transférer la mémoire de l'individu originel à l'aide d'injection de l'hippocampe de l'organisme ancien et de processus d'apprentissage et de conditionnement des réseaux mémoriels pour donner naissance à des néo-humains.

Le scénario de Chrysalis fait de ce refus de la mort et de la recherche de palliatifs scientifiques à ce fondamental de la condition humaine les fils conducteurs du film. Ce long métrage a t-il été en partie inspiré de ce roman d'anticipation ?

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Dans Chrysalis  la conservation du corps n'est pas obtenue par le clonage mais par la transformation d'une tierce personne par le biais de la chirurgie esthétique tandis que la conservation des souvenirs est garantie par une machine méphitique soustrait à la recherche militaire qui efface les souvenirs de l'hôte du moins jusqu'à un certain point pour lui en substituer d'autres.

ll peut s'agir d'une coïncidence mais je note que si dans La possibilité d'une île on suit les différents avatars de Daniel, humoriste grinçant, qui pose un regard très critique sur la quête du bonheur, c'est Albert Dupontel à l'humour si décalé, si violent, si cinglant de Bernie ou du créateur qui incarne le personnage principal de Chrysalis, David Hoffmann, flic atypique de la police européenne qui cherche sans relâche l'assassin de sa femme. 

Oui vraiment, réflexion faite, il n'est pas si étonnant que cela que Dupontel ait accepté de jouer avec Claude Perron dans ce film sombre à l'esthétique métallique et froide.

L'accumulation de scènes de combat et d'effets spéciaux finissent par lasser mais on suit néanmoins l'enquête d'Hoffmann avec intérêt dans ce futur inquiétant qui oscille entre le glauque et l'aseptisé.

Un monde où comme dans les romans de Jérôme Leroy , il est si difficile de faire son deuil. Un monde où les barbouzeries de la déraison d'Etat viennent s'opposer aux magouilles maffieuses au détriment des individus victimes des premières comme des secondes.

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Un film où l'on se demande comme dans Eternal Sunshine of the spotless light de Michel Gondry s'il est opportun de se défaire des souvenirs qui nous torturent. Un film où l'on se demande comme dans le Château des Carpathes de Jules Verne ou dans l'invention du Docteur Morel d'Adolfo Bioy Casares jusqu'où l'on serait prêt à aller pour maintenir l'illusion de la présence de l'être aimé.

http://www.livre-po-cher.com/catalog/images/lgf/chateaucarpat.jpg               http://blogsimages.skynet.be/images_v2/000/058/330/20070318/dyn009_original_157_255_jpeg_58330_adfab7703111d14eed9d8ffc64ca13ed.jpg             http://blog.lignesdefuite.fr/public/images%20juillet07/leroy_fauteuil_voltaire.jpg
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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Samedi 17 novembre 2007
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"Les livres sont faits pour explorer des moments de bascule, des gouttes d'eau qui font déborder le vase, des failles" Olivier Adam

Sélectionné pour le prix Goncourt, le prix Renaudot et le prix Médicis, Olivier Adam n'aura finalement décroché aucun des trois avec son splendide roman sur les sans-papiers de Calais A l'abri de rien dont je vous avais d'ores et déjà parlé sur Muet comme un carpe diem.

A l'abri de rien, d'Olivier Adam















Est-ce parce qu'il a été adapté à l'écran dans un téléfilm de Jean-Pierre Améris Maman est folle qui doit être diffusé ce jeudi 22 novembre sur France 3 que le roman si sensible d'Olivier Adam a reçu le prix France Télévision ?

Toujours est-il que j'ai hâte de voir comment ce réalisateur qui avait d'ores et déjà adapté Poids léger  a réussi à mettre en image l'histoire de cette femme qui peu à peu va s'investir de plus en plus au côté des Sans-papiers kurdes au point d'en oublier sa famille. Le choix d'Isabelle Carré me ravit car depuis longtemps je trouve que cette actrice a une capacité à incarner des femmes sur le fil du rasoir comme dans le film Anna M.

Peu me chaut l'énertel débat sur le fait de savoir s'il vaut mieux lire un livre ou regarder son adaptation à l'écran puisque de mon point de vue ce téléfilm permettra toujours d'amener un peu plus de personnes à se pencher sur la question du sort des réfugiés et des Sans-papiers en général.

J'aime beaucoup ce que dit à ce sujet le romancier dans une interview accordée au site ww.linternaute.com

Ce téléfilm a été primé lors du festival de la Rochelle le 15 septembre dernier (grand prix du jury, prix du meilleur scénario pour Jean-Pierre Améris et Olivier Adam, coup de coeur pour la meilleure fiction, prix du jury des jeunes du Conseil général de Charente maritime)

Olivier Adam est également l'auteur du roman Je vais bien, ne t’en fais pas, adapté au cinéma par Philippe Lioret avec  une interprétation surprenante de Kad  Mérad.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Mardi 23 octobre 2007




Tous ceux qui ont  vécu  leur adolescence dans les années 80  en écoutant à en user le saphir de leur pick-up les vynils de Trisomie  21, Bérurier noir , Ludwig von 88 entre deux morceaux d'Hubert Félix Thiéfaine vont trouver dans le film This is england - dont le titre est d'ailleurs emprunté à un morceau de Clash - l'occasion de se replonger dans leurs souvenirs.

Aujourd'hui comme hier il n'y a a pas foule qui sache que le mouvement skinhead ne se limitait pas et ne se limite toujours pas aux nervis de l'extrême droite européenne qui ont multipliés les exactions racistes et pas seulement en marge des défilés du 1er mai du Front national.

Selon l'article de Wikipédia consacré à ce film   "Shane Meadows ayant appartenu à une bande de skinheads au début des années 1980. Le cinéaste anglais a expliqué qu'il avait voulu faire un film sur cette culture parce que les longs-métrages antérieurement réalisés sur le même sujet, Romper Stomper et American History X n'en montraient que « l'aspect négatif », et omettaient « la vraie culture skinhead, qui est née de l'amour pour la musique reggae".

Sur l'article consacré à This is England sur le site de Rue 89 , les skinheads marxistes  ou anarchistes, Redskins, Sharps et autres Rashs,  n'ont de cesse de clamer leurs différences avec les Boneheads fascistes et racistes et de rappeller les racines du mouvement proche des rudeboys jamaïcains. En effet, en dehors des apolitiques qui naviguent d'un camp à l'autre au gré des opportunités de fêtes, les Redskins militent dans les milieux antifascistes et autonomes ou s'impliquent dans les syndicats révolutionnaires.

Les Boneheads sont apparus plus tard tout en s'inspirant des mêmes codes vestimentaires  bombers, docs marteens coquées, chemisettes Fred Perry, bretelles ce qui rend pour le simple quidam non initié la distinction entre les uns et les autres on ne peut plus difficile.

En Angleterre, le mouvement est à l'origine prolétaire, passionné de foot, de reggae et de ska. Le crâne rasé avait dans les premiers temps du mouvement pour vocation d'éviter aux skinheads d'être attrapés par les cheveux par la police montée anglaise.

Comme dans le film La chute de  Bernd Eichinger qui s'attache à montrer l'entourage d'Hitler dans les dernières semaines avant sa mort, on peut s'interroger sur le risque indéniable de banalisation que représente la mise au second plan des exactions commises pour donner à voir les personnages sous un jour quasiment sympathique. Une banalisation dangereuse à une période où Eva Herman, ancienne présentatrice allemande n'a pas hésité à regretter la politique familiale nazie et à mettre en avant que le réseau autoroutier d'Outre-Rhin avait été voulu par Hitler. Ce qui  a donné lieu à des sondages qui donneraient à entendre que plus de 20% de la population allemande tomberait d'acccord avec l'idée que tout ne serait pas mauvais dans le national socialisme.

Il convient d'être vigilant contre toute véilleité d'instrumentalisation de l'histoire de la lecture de la lettre de Guy Mocquet demandée par Sarkozy à la tentative de mettre en avant de prétendus aspects positifs du colonialisme réclamée entre autres par Christian Vanneste, député du Nord, réélu depuis.

Pour autant, le film a ceci d'intéressant qu'il montre comment dans un climat économique et social tendu tel qu'il l'était durant la période tatchérienne, une jeunesse qui cherche ses marques essaie de trouver dans la marge des repères qu'elle ne trouve plus ailleurs.

Si la mère de Shaun s'inquiète de le voir rentrer tard, rechigne à lui acheter les docs marteens qu'il lui réclame avec insistance ou s'indigne de la boule à zéro que lui ont faite ses nouveaux copains, elle comprend vite que si son fils a rejoint la bande de Woody c'est avant tout parce que ce groupe est le seul à l'accepter, à lui prêter attention, à  lui donner  l'occasion de rire, de  construire des liens sociaux aussi contestables soient-ils. Le père du jeune garçon étant mort durant le conflit des Malouines, elle est elle-même mal en point et délègue à ce groupe de jeunes skinheads la prise en charge de Shaun y compris jusqu'à des heures très tardives.

Le retour de prison de Combo va obliger le groupe à prendre position face à ses déclarations racistes et sa proximité avec le National Front. Mais le réalisateur Shane Meadows a choisi de montrer Combo sous un jour psychologisant qui a tendance à le dédouaner  tandis que l'attitude de Woody se limite à l'évitement du conflit. Au final, ils ne seraient tous que des paumés.

Si le contexte de chômage, de guerre des Malouines est mise en avant pour légitimer les errements de ces skinheads avec une critique à peine voilée du nationalisme d'Etat, il manque une condamnation claire et nette de ce glissement des relations entre jeunes marginaux en quête d'amour et de sens vers des exactions racistes inacceptables qui vont du pillage au meurtre. Il manque une mise en lumière du fait que dans le même contexte des jeunes ont choisi non pas de s'en prendre aux Pakistanais désignés comme des boucs émissaires de la crise mais de construire des solidarités, de s'impliquer dans les luttes sociales qui ont fait rage.

Récemment une amie me disait à propos de mon article sur Matin brun de Franck Pavloff  que "la jeunesse n'est pas une excuse". Des jeunes allemands tels que Sophie Scholl et son frère se sont opposés au nazisme.

A lire sur ce film l'article intéressant de liens socio, le portail francophone des sciences sociales.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Samedi 22 septembre 2007

le DVD de 'Déjà Vu'
La sortie du dvd du film Déjà Vu ainsi que la nouvelle Abattez Karl Marx de Jérôme Leroy dans son recueil Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine où un nervi du régime totalitaire voyage dans le temps pour assassiner celui qui est la source de bon nombre des problèmes des dominants du futur pour tenter en vain de stopper les révoltes me conduisent à ressortir une chronique que j'avais écrite à la sortie du film pour un autre site :


L'Invention de Morel


La possibilité d’intervenir sur le passé ou le futur pour les modifier lorsqu’ils sont synonymes de catastrophes individuelles ou collectives est un thème récurrent de la science fiction depuis H. G. Wells. Du château des Carpathes de Jules Vernes à l’invention du docteur Morel de Bioy Casares une autre lignée de romans montrent des personnages qui cherchent à mettre le temps entre parenthèses pour le revivre indéfiniment. On donnera une place à part aux nouvelles concises mais incisives de Frédric Brown sur le paradoxe  temporel dans son recueil Lune de miel en enfer.



Le cinéma n’a pas été avare d’adaptations de ces textes cultes. Vous vous souvenez sans aucun doute du célèbre Dead zone inspiré par le roman du même nom de Stephen King où le personnage cherche à empêcher l’avènement d’un nouvel Hitler ou des maîtres du temps réalisé par René Laloux sur des dessins de Moebius inspiré par L’orphelin de Perdide de Stefan Wul où un vieux loup de l’espace aide un enfant qui s’avère être lui-même perdu sur une planète hostile.

 

Dead Zone


Plus récemment (au risque de tomber dans le Name dropping mais il s’agit de dresser une typologie de films) Total Recall avec Shwarzenegger, Eternal Sunshine avec Jim Carrey, Solaris avec Georges Clooney ou Paycheck avec Ben affleck avaient exploré le rapport avec le passé et la mémoire que l’on en a qu’il est toujours tentant de modifier pour mieux vivre son présent.

A la mi décembre est sorti Déjà vu réalisé par Tony Scott avec pour acteur principal Denzel Washington qui développe comme dans Minority report avec Tom Cruise l’idée que le gouvernement s’est doté d’une brigade policière spécifique pourvu d’un système d’observation du temps. Dans les deux films il s’agit d’arrêter les criminels avant qu’ils ne commettent leur délit en l’occurrence pour Déjà vu empêcher un attentat terroriste d’un extrémiste américain qui pousse le patriotisme jusqu’au délire sanguinaire.

Comme le dit Gérard Klein dans sa préface au volume de son anthologie de SF consacrée à cette thématique du voyage dans le temps (on la trouve encore parfois dans les vides greniers ou chez les bouquinistes). la tâche des réalisateurs ou des écrivains n’est pas simple car il s’agit de faciliter la « suspension volontaire de l’incrédulité » pour rendre ces bonds dans le passé vraisemblables.


Dans un cas comme dans l’autre finalement peu importe la validité des explications scientifiques avancées dans le film la magie de la fiction opère et décline très habilement les différents problèmes du paradoxe temporel. Peut-on changer le passé ? Voyager dans le passé ne revient-il pas à faire en sorte que ce qui est déjà arrivé puisse arriver ? Doit-on le changer lorsqu’on le peut ? Le happy end final inévitable dans une production hollywoodienne ne gâchera pas le plaisir de ce bon film d’action à caractère fantastique doublé d’une belle histoire d’amour où Denzel Washington montre s’il en est encore besoin qu’il est un acteur d’une très grande sensibilité. Ce film n’est certes pas un chef d’œuvre comme Mulholland Drive ou 2046 qui jonglent avec les cycles du temps avec une virtuosité déroutante mais vous passerez le temps de manière très agréable.

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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Vendredi 3 août 2007
You Kill Me

Un chef de gang  polonais installé à Buffalo a fort a faire pour maintenir  son influence face à des gangs concurrents de plus en plus gourmands.  Aussi  charge-t-il son neveu Franck de  dessouder  son adversaire le  plus dangereux. Mais le tueur a tendance a descendre plus vite les bouteilles de vodka et de gin que ses cibles et du coup son dernier objectif parvient à prendre son train sans encombre tandis qu'il cuve dans sa voiture.

C'est la goutte d'alcool qui fait déborder le vase de nuit. Franck est sommé d'aller faire passer l'arme à gauche à son alcoolisme dans l'antenne de San Francisco des Alcooliques anonymes tout en occupant temporairement un poste de préparateur de cadavres dans une agence de pompes funèbres, histoire de passer d'une mise en bière à une autre.

Le spectateur suit médusé l'acteur Ben Kingsley qui campe le rôle de cet alcoolique atypique dans ces séances où chacun témoigne des réussites et des rechutes dans sa quête de sobriété où le malaise oscille, titube avec l'espoir.

D'un sujet qui aurait pu être sinistre et glauque au possible John Dahl parvient à faire avec You kill me un film subtil qui vient interroger nos représentations et nos préjugés pour montrer que l'alcoolique a moins besoin de condamnations et de sermons que d'amour et d'écoute.

L'humour et la réflexion vont toujours de paire dans You kill me comme dans ces scènes ubuesques où les alcooliques qui écoutent Franck venu au pupitre narrer ses difficultés à gérer conjointement goulot et boulot de tueur car il est des leurs et qu'en dépit de son activité interlope ils comprennent ses affres tout comme il comprend les leurs qui vont de la difficulté à s'accepter soi-même à l'illusion de maitrise totale de leur addiction en passant par les pièges de la convivialité. Leur capacité à se décentrer pour aller à la rencontre des autres pour voir que derrière les parcours individuels se cachent des universaux interroge une société qui flatte l'individualisme voire l'égotisme.

Les déclarations de Franck sur son amour du travail bien fait et sa volonté d'offrir une réparation aux familles des victimes qu'il a "mal tuées"  valent également leur pesant d'or tout comme la romance que Franck va entretenir avec une commerciale esseulée (Téa Léoni), qui dans son boulot comme dans sa vie privée supporte difficilement le non permet qui plus est de s'interroger sur d'autres fragilités et d'autres dépendances qui ne sont pas sans concéquences elles non plus.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Mardi 10 juillet 2007


Je me rappelle avec quel enthousiasme un ami m'avait présenté la bande dessinée Persépolis de Marjane Satrapi n'hésitant pas à la placer au pinacle de son panthéon culturel. Le succès qu'elle a rencontré par la suite lui a donné amplement raison.

L'adaptation à l'écran restitue très bien cette volonté de retracer au travers de la saga de cette jeune iranienne et de sa famille, l'histoire de son pays. Marjane Satrapi tout comme dans l'album Ulysse au pays des fous excelle à montrer combien les hommes sont capables du meilleur comme du pire.

Mais elle le fait en évitant l'écueil du manichéisme par touches d'humour successives pour atténuer la dureté des événements relatés. Marjane Satrapi montre bien comment les dirigeants occidentaux ont favorisé sans vergogne l'avènement de régimes qui n'avaient rien de démocratiques. Elle narre sans tartufferie l'implication des Anglais dans l'installation au pouvoir du régime dictatorial du Sha en Iran tout comme celle de Saddah Mussein en Irak favorisé par les Américains qui à l'époque ne voyait pas l'ennemi public numéro un bien au contraire. Si les marchands d'armes et les firmes pétrolières ont pu fructifier, les populations de ces pays ont par contre vécu des moments terribles où la guerre, la répression, la prohibition, l'ordre moral faisaient des ravages.

Elle ne nie pas combien la chute du régime du Sha et la fondation d'une république islamique ont dans un premier temps suscité l'espoir et l'adhésion populaire avant que les mesures de plus en plus liberticides ne s'installent. Le courage de certains léninistes qui n'hésitent pas à peine libérés des geoles du Sha à risquer leur vie contre le nouveau régime force le respect tandis que la veulerie et l'arrivisme de quelques uns donnent envie de vomir tant cela rappelle des heures sombres de Vichy.


La résistance se place également dans le quotidien comme cette scène où la mère de Marjane séparent deux femmes qui se crêpent le chignon dans un magasin aux rayonnages clairsemés ou celles où l'on voit les habitants se procurer de l'alcool pour oublier le temps d'une fête clandestine les privations de libertés. Pour permettre à un membre de la famille de se soigner plus efficacement à l'étranger les parents de Marjane n'hésitent pas à chercher à se procurer des faux papiers. Une mère pourtant fidèle au régime est désemparée lorsqu'elle comprend que la propagande cherche à convaincre les jeunes de quinze ans à partir au front avec des argumentaires religieux des plus fallacieux.

Trop encline à dénoncer les contradictions du pouvoir, Marjane devra quitter l'Iran mais sa vie en Europe serait loin d'être aussi idyllique qu'elle l'espérait car elle y découvrira d'autres incohérences, d'autres abus qui la pousseront après maintes péripéties à repartir pour l'Iran. Ce retour dans sa famille sera l'occasion de retrouver sa grand-mère douce comme du pilou et à la poitrine qui fleure bon le jasmin mais qui est intransigeante lorsqu'il s'agit d'intégrité et de respect de l'héritage militant de la famille.

L'amour sera  sous toutes ses formes le fil conducteur de ce film qui est une réussite tant du point de vue du scénario que de l'animation riche en trouvailles. Cet amour qui permet d'affonter tous les combats qu'ils soient collectifs ou individuels.

A l'heure où l'on assiste à des rapprochements d'une part entre la France et les Etas unis et d'autre part entre Chavez et le régime de Téhéran, je ne peux m'empêcher de penser que dans un cas comme dans l'autre il s'agit de baisers du diable.

Lire un autre point  sur ce film  sur le  blog le génépi et l'argousier
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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Lundi 25 juin 2007


Le hasard a voulu que l'un des cinémas d'art et d'essais de Lille programme en ce moment une rétrospective de quelques vieux films de SF et je viens de voir THX 1138 de Georges Lucas qui date de 1971 mais qui est sorti en France début juin 2007. Comme le roman Mémoires d'un extrémiste d'Anatoly Kourtchatkine récemment chroniqué, le premier film de Georges Lucas descend sous terre sans doute pour nous montrer quelques profondeurs de l'humanité.

Inspiré du Bonheur insoutenable d'Ira Levin et de 1984 d'Orwell ce film dépeint une société totalitaire du futur où les hommes vivent sous terre sous la garde d'agents qui contrôlent  scrupuleusement que chacun a bien pris ses psychotropes, distillent inlassablement des slogans lénifiants et supervisent la bonne marche de la production et le cas échéant l'arrestation des déviants par des policiers androïdes à la voix faussement rassurante.

Ne supportant plus cette société aseptisée où le blanc est omniprésent  tant dans les tenues vestimentaires que dans l'urbanisme souterrain, LUH 3417 est désireuse d'avoir la possibilité d'avoir un vrai rapport sexuel avec son compagnon en dépit de tous les interdits. Aussi va-t-elle s'efforcer de libérer son compagnon THX 1138 de l'emprise des sédatifs, d'une nouvelle religion qui mixe christianisme et idéologie politique et des hologrammes de propagande qui peuvent se présenter sous la forme de bulletin d'informations ou plutôt de désinformations comme celle de progammes érotiques.


Bientôt  LUH  cherche  à  convaincre  THX de  fuir  la cité mais  ce ne sera  pas sans risque  car bientôt il faudra  affronter  le reconditionnement  dans une prison sensorielle qui confine au néant.

Certes le film qui a plus de trente ans peut apparaître désuet dans le traitement de l'image et les décors mais la montée en puissance de la nausée face à cette dictature pernicieuse ne manquera pas de réveiller si besoin était votre soif de liberté.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Dimanche 10 juin 2007

Autant, j'avais trouvé un peu surfait Ma mère où Christophe Honoré tentait d'adapter Georges Bataille à l'écran, autant j'avais été ému par Dans Paris où Guy Marchand interprétait un père quelque peu bourru et Louis Garel, un frère quelque peu désinvolte qui s'efforçaient de consoler chacun à leur façon un Romain Duris en plein chagrin d'amour. On y voyait déjà une magnifique conversation téléphonque où tout était dit en chantant comme si de la sorte, la douleur de ce qui était dit, pouvait en être amoindrie.

Le dernier film de Christophe Honoré démontre que la peau de chagrin ne va pas toujours en s'amenuisant. En effet Les chansons d'amour narrent en trois temps - le départ, l'absence et le retour - comment Ismaël va chercher à surmonter la douleur de la perte de sa compagne Julie alors que "chaque seconde est de terre" et que "chaque minute est un caveau"

A l'instar de Dans Paris la tendresse et la poésie succède à l'humour ou à la détresse sans crier gare. Les personnages ne cessent d'éclater tantôt en sanglot tantôt de rire pour éviter d'éclater en vol.. Contrairement à Ma mère où la sexualité des personnages monopolisait tout au point que le film tournait au porno chic, cette fois dans cette comédie musicale, son évocation est au service de l'histoire sans pudibonderie mais sans voyeurisme superflu non plus.

Les situations amoureuses complexes doublées des relations familiales qui précèdent puis accompagnent le deuil provoquent inéluctablement des tensions, des interrogations mais on ne peut que rester admiratif devant les efforts déployés par les uns et les autres pour s'efforcer de les sublimer même si les moyens employés peuvent paraître incongrus voir saugrenus.

Mais chut, je préfère me taire plutôt que de risquer d'en dire trop tout en repensant à la portée de la phrase finale.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Samedi 9 juin 2007
 

Un peintre déboussolé par la demande de divorce de sa femme qu'il a trompée de-ci  de-là avec ses modèles décide d'emménager dans la maison de ses  parents. Le citadin souhaite faire revivre le potager de sa mère aussi laisse-t-il une annonce dans un bar-tabac pour dénicher un jardinier. L'accorte hasard fait que celui qui se présente pour ce travail n'est autre que l'un de ses anciens camarades de classe avec qui il a fait les quatre cents coups. Mais si le peintre souhaite renouer avec les souvenirs de son enfance rurale son jardinier lui comme il le dit si bien vit dedans.

Tandis que "Dupinceau" fait la navette entre la capitale et sa maison de campagne pour glaner des commandes tout en essayant de dissuader sa femme de divorcer, "Dujardin" va travailler trois jours par semaine sur le potager de son ancien ami tout en supervisant les divers travaux mis en chantier.

Peu à peu, le "barbouilleur" et le cheminot à la retraite en viennent à aborder d'autres sujets de conversation que le suivi de l'entretien du potager, ce qui ne va pas sans surprise et incompréhension de temps à autres mais ils deviennent de plus en plus solidaires et désireux de comprendre les fondements de leur mode de vie respectif.

Les relations du jardinier facilitent le retour au pays du fils du pharmacien tandis que celles du peintre permettent de trouver un nouvel emploi au beau-fils de l'autre et plus tard un chirurgien prestigieux lorsque le cheminot tombe malade.

Jean Becker renoue avec le bucolique des enfants du marais mais surtout avec sa poésie par touches plus subtiles encore. Il évite l'écueil du manichéisme qui hiérarchiserait un monde par rapport à l'autre et permet de faire le point sur ce qu'il y a de bon dans chacun et ce qui pose problème dans l'un comme dans l'autre. La culture ouvrière et rurale se réconcilie l'espace d'un film avec la culture bourgeoise et citadine. Le point d'orgue survient avec les discussions autour du rapport à la douleur et à la mort symbolisée par la pêche d'une carpe.

Ce qui est possible entre deux individus l'est beaucoup moins au niveau de la société et Jean Becker ne cherche pas à le cacher en montrant en filigrane la désertification de l'emploi dans les campagnes, la pénibilité de la vie ouvrière qui sont bel et bien les conséquences d'un contexte économique et social bien réel.

Le rôle du jardinier était initialement dévolu à Jacques Villeret mais Jean-pierre Darroussin interprète à merveille cet homme simple mais bon qui porte un regard généreux sur autrui et lucide sur lui-même dans la lignée de son rôle dans J'attends quelqu'un . Daniel Auteuil qui jusqu'ici ne m'avait guère convaincu joue de façon touchante un bourgeois qui s'essaie à la bohème mais qui échappe au réflexe de condescendance de sa classe sociale.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Lundi 28 mai 2007
Irina Palm
Olly est gravement malade et malheureusement le dernier traitement qu'ont tenté les médecins de l'hôpital pour le sauver s'est avéré un échec. Reste l'ultime chance d'un dernier protocole mais qui nécessite le départ pour l'Australie. Ses parents sont sans le sou et sa grand-mère Maggie a d'ores et déjà vendu pour une bouchée de pain sa maison pour financer le dernier traitement.

La situation est d'autant plus inextricable queles banques refusent un nouveau prêt, l'ensemble du village a déjà mis la main à la poche et qui plus est l'état de santé d'Olly sera bientôt incompatible avec tout transport si rien n'est fait rapidement.

Aussi Maggie interprêtée par Marianne Faithfull, ex-égérie des Rolling Stones, cherche une solution en essayant de décrocher un emploi à Londres mais son manque de qualification et son âge ne lui laissent guère d'espoir. En désespoir de cause, pour l'espoir d'une bonne cause mais non sans avoir dû passer outre ses premières réticences, elle finit par postuler pour l'annonce d'un club du quartier de Soho qui recherche une hôtesse.

Elle y gagnera l'argent nécessaire à la force du poignet au sens propre du terme puisqu'elle devient contre mauvaise fortune bon coeur la veuve poignet du Sexy World sous le nom d'Irina Palm.


Bientôt les clients attirés par la douceur de ses prestations affluent et Maggie peut réunir l'argent au prix d'une humilation quotidienne dans une cabine qu'elle s'éfforce d'humaniser. Sam Garbarski a eu l'intelligence de ne rien montrer mais de suggérer dans les scènes équivoques, ce qui renforce le malaise du spectateur qui comme la mère de Olly se rappelle que nous jurons tous les grands dieux que nous ferions tout pour nos enfants. Maggie elle, se retrouve au pied du mur et ce de façon on ne peut plus concrête.

L'ingratitude de son fils lorsqu'il découvre le secret de sa mère, l'égoïsme de ses prétendues amies, ses relations avec son "employeur" et l'une de ses "collègues", l'avidité d'un des concurrents du propriétaire du club et bientôt la révélation d'un autre secret viendront ajouter aux difficultés de cette femme que le sacrifice met déjà à la torture mais Irina Palm a la main heureuse et finit par surmonter toutes les épreuves et retrouver confiance en elle.


Kevin Bishop que l'on avait pu voir dans l'auberge espagnole de Cédric Klapisch dans le rôle du jeune Anglais insouciant et pour le dire benêt interprête ici un rôle touchant de père pétri dans la douleur mais son jeu est éclipsé par la performance du tandem formé par Marianne Faithfull et Miki Manojlovic qui développent un panel d'attitudes toutes plus justes les unes que les autres.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Samedi 12 mai 2007

Gilbert Melki m'avait d'ores et déjà impressionné dans Anna M où il interprêtait un chirurgien harcelé par une érotomane mais dans le dernier film d'Emmanuelle Cuau Très bien merci il est tout simplement exceptionnel. En effet, il incarne à la perfection Alex ce comptable qui supporte de moins en moins l'arbitaire qu'il rencontre sur son lieu de travail, dans les transports en commun ou dans la rue.

Après avoir tenté de refuser de donner ses papiers à l'agent zélé qui veut lui rédiger un procès-verbal pour avoir allumé une cigarette à la sortie de la station des Lilas rendue célèbre par Gainsbourg, Alex tente en vain de s'opposer au licenciement d'un ami pour des critères fallacieux et fini par refuser de partir lorsqu'il observe trois policiers en tenue contrôler sans aucun motif l'identité d'un couple de jeunes . Son refus d'optempérer lui vaut une nuit au poste dans le froid d'une cellule d'isolement. Mais cela ne s'arrêtera pas là puisque désireux de faire valoir ses droits il demande à voir un commissaire.

Au fur et à mesure que le film progresse, vous sentirez l'angoisse monter cressendo puisqu'Alex sera ensuite hospitalisé, perdra son travail pour absence injustifiée et échouera dans toutes ses tentatives de retrouver un emploi avant d'en venir à trouver un moyen de contourner les obstacles qui laisse songeur. Inéluctablement vous ne pourrez pas faire autrement que de penser au contexte politique actuel.

Emmanuelle Cuau montre très bien cet enchaînement implacable qui conduit au délitement de la vie d'Alex orchestrée par toutes ces personnes qui se refusent à remettre en cause le bien fondé de son arrestation et à  s'opposer à leur hiérarchie.

Si vous avez vu le film I comme Icare vous vous souvenez sans doute de cette expérience troublante qui fait intervenir  deux individus dont l'un est acteur et de mêche avec les scientifiques sans que l'autre le sache,  Chacun se voit attribuer un rôle précis prédéfini à l'avance : l'acteur sera "l'élève" et tandis que le véritable sujet de l'expérience sera le "professeur".

I comme Icare

 

L'objectif annoncé de cette expérience est de mesurer les aptitudes de l'élève à répondre à un sorte de quizz et à défaut à 'apprendre très vite alors qu'en vérité qu'elle porte sur le niveau d'obéissance du professeur. En effet, lorsque son élève se trompe, le professeur doit lui infiger une décharge de courant à l'aide d'un des boutons de la console qui se trouve devant lui.

Au plus l'élève se trompe, au plus le professeur doit lui infliger une décharge de haut voltage. Bien entendu l'acteur ne reçoit aucune décharge mais cela le professeur ne le sait pas. L'élève pour les besoins de l'expérience feint de se tromper très souvent afin de jauger jusqu'où le professeur est prêt à faire souffrir son élève et à obéir aux injonctions du savant qui assiste à la scène lorsqu'il rechigne à aller plus loin

Cette expérience est en fait inspirée des travaux de Stanley Milgram qui cherchait à comprendre comment le peuple allemand avait pu obéir si facilement au régime nazi pour organiser la solution finale. Le dispositif était similiaire à ce qui est montré dans le film. Les résultats sont terribles. Quels que soient la nationalité, le sexe, l'âge des professeurs une large majorité n'hésitent pas à aller jusqu'au bout de la console et à infliger une décharge présentée comme pouvant provoquer de graves lésions.

 

Cette soumission à l'autorité était certes moins forte lorsque l'élève victime des chocs était plus proche du professeur et non dans une autre pièce ou quand le professeur exerçait une profession touchant à l'humain mais néanmoins le simple fait que le savant présent prenne en charge la responsabilté des conséquences de l'expérience faisait qu'il finissait dans la majorité des cas par obéir. L'insoumission est par contre beaucoup plus forte lorsque l'expérience se déroule en présence de deux savants qui simulaient un désaccord sur les risques de l'expérience. Bref, pour aller vite, la soumission aux ordres les plus cruels seraient proportionnelle à la prise en charge par l'Autorité de ce qui se passe et à la dilution des responsabiltés.

Pour un descriptif plus complet de ces travaux je vous renvoie à Soumission à l'autorité de Stanley Milgram aux éditions Calmann-Lévy dans la collection "Liberté de l'esprit" et dans la foulée relisez La colonie pénitenciaire de Kafka ou le très court texte  Matin brun de Francis Pavlov (que l'on peut trouver en ligne) mais qui donne tant à réfléchir !

Pour lire un entretien de la réalisatrice : http://www.cinemovies.fr/fiche_info-14835-prod.html

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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Jeudi 26 avril 2007


Comme dans Une jeunesse chinoise, les personnages du dernier film de Francesca Comencini évoluent sur un contexte politique agité . En l'occurence pour ce film italien les traffics d'influences dans les mileux d'affaires avec des échanges de bons procédés entre banquiers, politiques, avocats et magistrats  verreux, maffieux, proxénètes pourtant si cela détermine indubitablement une bonne partie du quotidien de ses personnages, la réalisatrice s'attache à nous montrer des parcours individuels faits d'espoirs et de déceptions, de solitude et de tentative de compenser la douleur corollaire.

Pour être franc j'ai été beaucoup moins emballé par A casa nostra que par Une jeunesse chinoise alors que les deux films s'appuient sur la même dilution du temps pour présenter par touches successives la complexité des parcours car la lenteur dans le film italien est bien plus aseptisée, froide.

Le refus du manichéisme pousse le scénario à nous présenter un banquier qui brasse des affaires sans vergogne et sans soucis de la légalité mais qui souffre avec sa femme de l'absence d'enfants. Ce qui ne l'empêche pas d'entretenir à grand frais une top modèle toxicomane avant de la mettre à la rue lorsqu'elle prend un amant lasse de l'attendre et d'être à sa disposition ce qui nuance quelque peu la limpidité de ses sentiments. Sans parler de son projet finalement avorté d'acheter l'enfant d'une prostituée.

Un des clients de cette prostituée a éclusé une longue peine de prison pour avoir étranglé une femme mais trouve dans l'amour qu'il éprouve pour la péripatéticienne roumaine une sorte de rédemption dont il poussera la logique jusqu'à vouloir recueillir son enfant. Voilà qui pose par la même la question de la difficile réinsertion sociale des anciens détenus en présentant un ancien taulard que l'on humilie chaque semaine lorsqu'il doit pointer au commissariat, que l'on soupçonne sans chercher plus loin lorsque son amie est laissée pour morte. Les silences et les regards échangés ne sont pas sans faire penser à Darroussin dans J'attends quelqu'un.

La commissaire qui enquête sur le banquier et ses relations interlopes est certes très investie mais on finit par se demander si sa fougue n'est pas moins motivée par l'amour de la justice que par le soucis de compenser son desarroi de ne pas parvenir à construire une relation digne de ce nom avec le jeune artiste avec qui elle couche depuis un an.

Ce film fait se croiser de près ou de loin ces personnages avec d'autres aux problématiques moins fortes mais néanmoins réelles mais il peine à rendre crédibles ces cascades de coïncidences et au final cela gâche de bonnes idées par manque de cohérence.