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Mardi 19 février 2008

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Les questions de sécurité ont longtemps mis mal à l'aise les militants de gauche. En effet, leurs valeurs les poussent plutôt à rechercher des alternatives à l'enfermement carcéral ou psychiatrique, à préférer  la prévention et l'éducation aux mesures liberticides et répressives.

Partant du principe que seule la vérité est révolutionnaire, Thierry Jonquet s'attaque donc à un tabou en délaissant la fiction pour le réel et en choisissant dans Jours tranquilles à Belleville de raconter par le menu l'ensemble des trafics, incivilités et nuisances en tout genre qui ont peu à peu dégradé la vie de son quartier et comment il en est venu à dénoncer à la police un revendeur de drogue qui opérait sous ses fenêtres.

Certains lui ont reproché de crier avec les loups et de ne pas évoquer suffisamment  l'action sur le terrain de nombreux bénévoles qui cherchent par leur engagement militant à améliorer la situation. Thierry Jonquet est-il comme le prétendait le sociologue Michel Wiervorka " typique de ces couches moyennes éduquées qui n'ont pas chuté dans le chômage et l'exclusion, mais qui vivent dans un sentiment d'abandon et de décadence, dans un environnement où l'on se sent étranger et où la combinaison des effets de l'exclusion et de l'ethnicisation des rapports sociaux exacerbe la peur, le sentiment d'insécurité." ?

Le problème est que ce sentiment d'insécurité est partagé par bon nombre de nos concitoyens qui ont placé Jean-Marie Lepen au second tour des présidentielles de 2002 et ont élu Nicolas Sarkozy. Néanmoins Thierry Jonquet ne cède pas à une tentation poujadiste, il dresse un état des lieux. Il ne donne certes aucune solution mais il n'est pas dupe et n'ignore pas que les causes réelles de cette gabegie sont à rechercher dans les inégalités sociales criantes.

Par contre il refuse l'angélisme de certains qui se cachent derrière des slogans et l'hypocrisie d'autres électeurs de gauche qui ne jouent pas le jeu de la mixité sociale et font flèche de tout bois pour éviter à leur progéniture la promiscuité avec cette population qu'ils prétendent représenter et défendre.

Je finirai avec une anecdote récente qui m'est arrivée début février. Prenant l'air dans un jardin public proche de mon domicile, j'observais quelques policiers en train de dialoguer avec une dizaine d'adolescents et de jeunes adultes tout en contrôlant leur identité. Ces derniers étaient en ce début d'après-midi particulièrement éméchés et multipliaient les provocations. Ils venaient de prendre "l'apéro" assis sur les bancs. Autour d'eux les cadavres de bouteilles cassées s'étaient accumulés.

Après leur départ, je me suis installé pour lire sur un de ces bancs non sans avoir ramassé au préalable et jetté à la poubelle les tessons de bouteilles qui jonchaient le sol pour éviter qu'un des enfants qui jouaient aux alentours ne se blesse. Je repensais à l'essai de Thierry Jonquet lu quelques temps auparavant tout en me souvenant de la quantité de fois ces dernières années où je me suis évertué à lutter contre les incivilités sans recourir aux forces de l'ordre comme venait de le faire le voisinage de ce jardin public. Inviter tel groupe à laisser les petits accéder aux toboggans plutôt que de fuir l'endroit, reprendre des adolescents de moins de quinze ans qui tenaient des propos salaces à une mère de famille accompagnée de ses enfants ou d'autres qui se réjouisaient de façon tonitruante de la chute d'une quadragénaire sur une poussette, convier un jeune mélomane à baisser le volume de son baladeur qu'il confondait ouvertement avec une chaîne hifi, rappeler à un jeune cycliste le sens de la circulation dans une rue à sens unique, etc... Mais franchement de quoi je me mêle me direz-vous ? Après tout n'est-ce pas le rôle de la police ?

A chaque fois ce qui me mettait le plus en colère ce n'est pas l'attitude de ces trublions juvéniles mais l'incapacité des adultes qui les entouraient à réagir pour leur marquer des limites. J'étais scandalisé par la veulerie de ces parents qui fuyaient le parc avec leurs enfants ou de ces usagers des transports en commun qui préféraient se recroqueviller sur eux-mêmes plutôt que de ramener au calme quelques gamins perturbateurs qui du coup développaient de fait un sentiment d'impunité.  Certes l'actualité fait régulièrement état de faits divers gravissimes où un simple regard désapprobateur a valu des coups plus ou moins graves voire encore pire. Le quotidien est souvent pesant et on est tenté d'acheter sa paix en se cachant derrière son petit doigt tout en pestant contre la délitement du lien social.

J'en reviens à mon banc. Une demi-heure après leur départ, le groupe d'adolescents et de jeunes adultes est revenu dans le jardin public. Encore dans les brumes de l'alcool, l'un d'entre eux est venu me parler pour me demander si j'étais venu avec mes enfants. S'en est suivie une discussion sur sa difficulé à accepter d'être séparé, de ne plus pouvoir voir tous les jours sa petite fille et son besoin de boire avec ses amis pour oublier. Ainsi, derrière le fauteur de trouble il y avait un individu de 21 ans mal dans sa peau.

D'autres chroniques sur les textes de Thierry Jonquet sur Muet comme un carpe diem :

La folle aventures des bleus

Moloch, Comédia, Mon vieux, Les orpailleurs

Le bal des débris

Ils sont votre épouvante vous êtes leur crainte

Mygale

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par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Thierry Jonquet

Dimanche 20 janvier 2008



Pour ma part sport appelle sporadiquement. Je n'en pratique pas et je ne lis donc aucun journal spécialisé. Par contre, je m'interroge sur la place du sport dans notre société et son instrumentalisation économique et politique.

La recrudescence des violences conjugales durant la retransmission de la coupe du monde  de football ou  le  développement des maisons closes en Allemagne avec  leurs conséquences  pour nombre de femmes  autour  de la dernière édition ont de quoi nous interroger sur  l'imaginaire  de quelques-uns des supporters. De  même que les cris de singe  de certains Tiffosi lorsque des joueurs noirs avaient la balle sans parler de leurs bras tendus.

On m'opposera à juste titre que les amateurs de football ne sont pas tous, loin de là et heureusement, des maris violents ou des fascistes. Pour bon nombre de personnes effectivement, le football est avant tout une fête, un moyen convivial de retrouver leurs amis autour d'une passion commune. Mais le football n'est-il pas également un moyen pratique pour les politiciens de canaliser l'attention de la population pour qu'elle évite de se pencher sur d'autres thèmes.

Si les librairies regorgent de livres de témoignages ou d'enquêtes sur ce sport et ses personnalités, je ne connais en revanche que très peu de textes littéraires à ce sujet.
 
http://www.lelitteraire.com/IMG/jpg/jouerjuste_affiche.jpg

En dehors de Jouer juste de François Bégaudeau qui utilise la métaphore footballistique pour évoquer avec un humour qui fait froid dans le dos les offres et les affres amoureuses je n'ai trouvé que La folle aventure des bleus.... de Thierry Jonquet. Cette nouvelle "sportive" est l'occasion pour lui de poser encore une fois son regard social acéré avec un personnage principal qui n'est pas sans rappeler Charlie dans Moloch ou Daniel Tessandier dans Mon vieux.

http://medias.fluctuat.net/livres/11/1131-medium.jpg

Aux lendemains de la victoire de l'équipe de France en finale de la coupe du monde de 1998, Adrien perd son emploi de magasinier qui lui permettait de "surnager avec un minimum de dignité dans l'océan tourmenté de l'économie mondiale". La décision de fonds de pensions américains d'éjecter de leur organigramme la petite entreprise de métallurgie où il travaillait va signer pour ce passionné du ballon rond le début de la descente aux enfers de la précarité.

Lorsque tombe le couperet de la fin du versement de ses allocations chômage, Adrien n'en finit pas  "d'encaisser les buts, comme un goal qui aurait perdu tous ses moyens et devrait assumer défaite sur défaite, alors que les joueurs adverses ne respectaient plus aucune des règles du jeu."

Quatre ans après le 3-0 contre le Brésil, la nouvelle coupe du monde en Corée lui permet d'espérer oublier un temps la perte de son logement qui le contraint au mieux à dormir dans le hall des immeubles dont il a obtenu le digicode contre quelques euros au pire sur la grille d'évacuation du métro.

Son quotidien se résume à la quête du moindre sou en clamant maladroitement des poèmes devant des usagers de la RATP blasés ou en déchargeant la camelote des marchands forains. Le tout pour glaner de quoi compléter son RMI réduit à peau de chagrin par le  versement de la pension alimentaire pour ses deux filles et des mensualités de ses dettes de jeux au Gros Serge.

Lorsque son ami unijambiste Rajko lui propose d'aller cambrioler le chantier d'une maison bourgeoise pour y récuperer un important lot d'outillage facilement négociable sur les puces de Montreuil, Adrien n'hésite pas longtemps.

Cette dernière combine s'avérera être la dernière étape de sa foirade totale, de sa panade intégrale pourtant jusqu'à son dernier souffle il suivra les faits et gestes de Djorkaeff, Desailly, Leboeuf et Lizarazu avec le résultat que l'on connaît.

Thierry Jonquet n'est à aucun moment condescendant avec son personnage et ceux qui lui ressemblent dans la réalité Au contraire on ressent une grande empathie, un désir d'un avenir meilleur pour tous ceux qui recherchent dans le football de quoi rêver dans un monde où les retransmissions sportives semblent bien être le dernier avatar des jeux romains. A la fin de DRH la seconde nouvelle de ce recueil poignant, dérangeant ne fait-il pas dire à l'un de ses personnages qu'il faut toujours parier sur les plus faibles car "acculés au plus profond du désespoir, ils sont capables de bien des sursauts..."


Nota bene du 27 janvier 2008 :  Le Comité des Sans papiers 59 inivitait ses soutiens à venir se rassembler devant l'hôpital Dron de Tourcoing où treize Sans papiers avaient effectué une grève de la faim cet été.

A cette occasion, il a été rappellé que le club de foot qui s'entraîne sur le terrain situé non loin de cet hôpital avait exprimé sa solidarité avec les grévistes de la faim de manière concrête en prêtant une tente pour les abriter faute de mieux des intempéries. Comme quoi il existe des bénévoles des clubs sportifs avec des valeurs qui n'ont rien de marchandes !

Nota bene du 17 février 2008 : Je viens de parcourir un court texte de Serge Joncour au sein de ses Situations délicates intitulé "Footeux" qui interroge ce sport encore sous un autre angle, celui de la filiation et du paraître. Le reste du bouquin passe en revue quantité de scènes quotidiennes urticantes dans un style très écrit mais qui évite néamoins l'ampoulé. Tout ne m'a pas plu mais il y a quelques perles.



NB du 3 mars 2008 :
Julien m'a fait parvenir les références des titres suivants toujours à propos du sport dans la littérature :
"- 54x13 ., de l'inénarrable Jean Bernard Pouy, nous donne à entendre les
pensées qui défilent dans la tête d'un médiocre cycliste d'origine
dunkerquoise tout au long d'une échappée solitaire
- Les chroniques d'Albert Londres sur le Tour de France ont été éditées
au Serpent à Plumes (coll. Motifs) sous le titre "Tour de France, Tour
de souffrance". Je les finis ce soir. Il a vraiment l'air perdu mais les
coureurs aussi !
- François Bégaudeau a dirigé récemment la publication de "Le Sport par
le Geste" - recueil de textes assez amusants, mais qui, si le sport ne
t'intéresse pas plus que ça, risque de te laisser froid...
"

54 x 13 François Bégaudeau, Xavier de La Porte, Collectif, Arnaud Bertina, Maylis de Kérangal - Le sport par les gestesTour de France, tour de souffrance

Comme le titre du roman cycliste de Jean-Bernard Pouy indiqué par Julien m'intriguait j'ai fait un tour sur mon moteur de recherche que 54X13 au vélo c'est le rapport entre le plateau avant (54 dents) et le pignon arrière (13 dents). Ce texte a été adapté au théâtre par Jacques Bonnaffé. Par ailleurs sur le site de fluctuat Jean-Bernard Pouy raconte qu'il a écrit 54x13 parce qu'il  a "toujours aimé le cyclisme, que j'ai toujours préféré au football. Il est rare de voir des bras levés en salut fasciste sur les bords des routes. Dans le vélo, les gens passent 3 à 4 heures sur les bords de route à attendre les coureurs qui passeront 15 secondes. Ca laisse du temps. En attendant, les gens discutent, ils mangent, ils jouent avec les enfants, ils font l'amour dans les fourrés. Le cyclisme ne monopolise pas toute l'attention des spectateur et permet ainsi une plus grand disponibilité à une foule d'autres choses toutes aussi passionnantes."

D'autres chroniques sur les textes de Thierry Jonquet sur Muet comme un carpe diem :

 Jours tranquilles à Belleville

Moloch, Comédia, Mon vieux, Les orpailleurs

Le bal des débris

Ils sont votre épouvante vous êtes leur crainte

Mygale


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par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Thierry Jonquet

Mardi 1 janvier 2008


Le titre du roman de Thierry Jonquet est en fait un des vers du poème de Victor Hugo de 1871 en faveur de l'amnistie des condamnés de la Commune :

Étant les ignorants, ils sont les incléments
Hélas combien de temps faudra t-il vous redire
À vous tous que c’est à vous de les conduire
Qu’il fallait leur donner leur part de la cité
Que votre aveuglement produit leur cécité
D’une tutelle avare, on recueille les suites
Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.

Vous ne les avez pas guidés, pris par la main

Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin,
Vous les avez laissés en proie au labyrinthe
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte
C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.
Comment peut-il penser, celui qui ne peut vivre ?
Quoi ! Pour que les griefs, pour que les catastrophes, les problèmes, les angoisses,
et les convulsions s’en aillent, suffit-il que nous les expulsions
?

Une citation qui en dit long sur le projet du roman. Les émeutes de novembre 2005 ont fait couler beaucoup d'encre car elles ont mis mal à l'aise l'ensemble de la classe politique. Des partis dits de gouvernement qui devaient rendre des comptes sur les conséquences de la mise au ban d'une frange de la population qui cumule toutes les difficultés sociales aux partis dits révolutionnaires qui avaient longtemps déserté ces quartiers.

Thierry Jonquet renvoie tout le monde dos à dos et n'épargne personne pour dénoncer sans angélisme mais également sans aucun manichéisme les dérives sécuritaires des uns tout comme les dérives mafieuses ou antisémites des autres. Pour chercher à comprendre comment on a pu en arriver là, il nous donne à voir le parcours de bon nombre des acteurs de ces quartiers, des habitants aux divers représentants des services publics qui ne sont pas réduits à des statuts mais replacés dans la matérialité dialectique de leur existence.

Une jeune prof qui doit confronter bon gré mal gré aux réalités d'un collège du 9-3 les enseignements qu'on lui a dispensés dans son IUFM, ses collègues qui sont selon les cas totalement dépassés, à côté de la plaque, désabusés voire carrément démissionnaires ou militants mais selon des idéologies diamétralement opposées ; des collégiens chahuteurs ou impliqués qui ne sont pas sans rappeler ceux décrits par Bégaudeau dans Entre les murs , par Jérôme Leroy dans Le cimetière des plaisirs ou par Jean-Bernard Pouy dans  La belle de Fontenay qui ont tous bien du mal à échapper aux déterminismes sociaux ; un militant CGtiste qui s'efforce de maintenir la cohésion du quartier et ses habitants qui ont bien du mal à croire au pacte républicain lorsque leur quotidien est coincé entre des emplois harrassants, une précarité grandissante et les magouilles des proxénètes et des vendeurs de stupéfiants ; des policiers et des magistrats qui s'efforcent de maintenir l'ordre mais qui n'en pensent pas moins comme ce substitut du procureur qui s'en va relire des passages où Marx qualifie le lumpenprolétariat de racaille comme un certain ministre de l'intérieur en campagne ; des trafiquants de tous ordres qui arrosent la municipalité, financent des groupes de rap ou lorgnent sur le territoire des concurrents ; des imams salafistes qui veulent ramener un ordre moral et des militants jihadistes qui considèrent avec mépris les gesticulations de ces derniers.

Sans rien lâcher sur ses valeurs d'ancien militant d'extrême-gauche, Thierry Jonquet dénonce la bêtise et la barbarie et recense les bonnes volontés d'où qu'elles viennent, montre que la réalité est bien plus complexe que ne le voudraient les démagogues de tous bords qu'ils soient journalistes, religieux, politiciens, syndicalistes ou révolutionnaires et affirme haut et fort qu'il est temps de retrouver un certain nombre de repères si l'on ne veut pas que la situation s'aggrave encore. Un roman sombre très sombre qui remue, interroge, remet en question avec des passages où l'on croit cerner un personnage pour être déstabilisé quelques pages plus loin en découvrant un autre aspect de ses activités comme ce lycéen s'acharnant à mémoriser une planche anatomique ou ce grand-frère qui lit régulièrement les quotidiens nationaux.

Un livre que j'ai lu en repensant sans cesse à un passage de Demain les chiens  de Clifford D. Simak que je venais de relire avant d'entamer ce roman :

Le besoin de chaque être humain de se sentir approuvé par ses semblables, le besoin d'être dans la norme. C'était une véritable force qui empêchait  les hommes de prendre la tangente de la société, et dont découlaient la sécurité et la solidarité humaines et le bon fonctionnement de  la famille humaine.
Des hommes mouraient pour obtenir cette approbation, ils se sacrifiaient, se résolvaient à une vie méprisable. Car désapprouvé par ses semblables, l'homme était abandonné à lui-même, il n'était plus qu'un  hors-la-loi, qu'un animal chassé de la meute.
Les conséquences de ce besoin pouvaient être terribles : il expliquait la persécution raciale, les atrocités massives commises au nom du patriotisme ou de la religion. Mais c'est aussi le lien qui maintenait l'unité de la race humaine, c'était cela qui, dès le début, avait rendu possible la société humaine.

Pour lire un entretien où Thierry Jonquet évoque la rédaction de ce roman : ICI

Pour lire une autre chronique sur le net qui trouve des défauts à ce roman : ICI

D'autres textes de Thierry Jonquet chroniqués dans Muet comme un carpe diem :

La folle aventure des bleus... , DRH

Le bal des débris

Comedia, Moloch, Les orpailleurs

Mygale

Jours tranquilles à Belleville

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par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Thierry Jonquet

Dimanche 11 novembre 2007

Edition poche










En attendant de trouver le texte sur Belleville évoqué par YanG et Martine dans les commentaires qu'ils avaient postés à propos de mon article sur Mygale, Mon vieux, Moloch  et Comedia, de Thierry Jonquet j'ai découvert chez les bouquinistes Le bal des débris.

Si l'humour n'est pas totalement absent de ces quatre romans, il va sans dire que c'est loin d'être leur vertu cardinale. Par contre, la lecture du Bal des débris est on ne peut plus désopilante.

Dans la biographie composée par Stéphanie Lagny reproduite sur le site officiel de l'auteur, on apprend qu'après avoir abandonné des études de philosophie, Thierry Jonquet  a papillonné d'un emploi à un autre, puis sur le conseil d'un Kinésithérapeute, qu'il avait rencontré après un accident de voiture, il est devenu ergothérapeute.

En 1976 et 1977,  il côtoie des handicapés et des vieillards grabataires dans un service de gériatrie qui vont lui inspirer Le bal des débris . Pour être son premier roman, Le bal des débris ne sera pourtant pas publié qu'en 1984 alors Mémoire en cage l'avait été en 1982 bien que rédigé plus tard.

Pour mettre à distance le spectacle quotidien de la mort, Thierry Jonquet dresse en une centaine de pages le récit cocasse de la rencontre de Frédo et d'Alphonse Lepointre.

Le premier très jeune travaille bon gré mal gré au service de rééducation et exerce le noble art du pousse-chariot. Avec son collègue Budat, Son boulot huit heures durant : "c'est d'aller dans les étages, de virer les vieux de leur lit douillet, de les hisser sur [ses] chariots, et de les expédier dans les bras des kinés. Dans les gros bras plein de poils des kinés.".

Le second avait avant la guerre une vie de truand spécialisé dans l'ouverture des coffres mais a préféré se ranger des affaires après la libération et user de son chalumeau dans le domaine plus légaliste de la plomberie zinguerie.

Très vite, les deux hommes sympathisent et font le constat que "la plomberie et les chariots, ça va bien un temps, mais faut voir plus large.' Lorsque Frédo et Alphonse découvrent qu'une des patientes est la veuve de l'ancien conseiller général du département et qu'elle conserve jalousement une malette remplie de pierres précieuses dans sa chambre surveillée en permanence par un agent de sécurité, ils décident tout de go de la dérober et de changer de vie.

Au fil de pages dont le ton n'est pas sans rappeler les aventures du Poulpe créé par Jean-Bernard Pouy en 1995, Frédo dresse des portraits hilarants des patients et du personnel de l'hôpital qui ont chacun leurs manies, leurs combines mais aussi de sa compagne Jeannine, militante acharnée mais pas du tout décharnée.

La préparation patiente de ce cambriolage peu ordinaire qui va conduire Alphonse à réactiver ses réseaux dans le milieu, son déroulement à proprement parler le jour du bal costumé qui ne sera pas sans rebondissements et enfin le moyen incongru mis au point par les deux complices pour retirer les diamants au nez et à la barbe des pandores qui ont élu domicile dans l'hôpital sont autant d'occasion de s'offrir de longs fous rires !

Néanmoins en filigrane derrière l'humour se glisse une réflexion sur la fin de la vie qui ne laissera pas indifférent et qui est bien dans la lignée des polars plus sombres que Thierry Jonquet publiera ensuite.

D'autres textes de Thierry Jonquet chroniqués dans Muet comme un carpe diem :

La folle aventure des Bleus.... , DRH

Ils sont votre épouvante vous êtes leur crainte

Comedia, Moloch, Les orpailleurs

Mygale

Jours tranquilles à Belleville


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par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Thierry Jonquet

Vendredi 2 novembre 2007


Entamer la lecture d'un polar de Thierry Jonquet expose à des sentiments ambivalents.

Si la qualité des constructions narratives le laissera pantois devant leur densité et leur ciselure, il risque d'avoir du mal à surmonter la nausée que les thèmes abordés vont inéluctablement provoquer.

logo ARTICLE 248

Que l'horreur survienne dès les premières pages comme dans Moloch et dans Mygale ou qu'elle survienne au fil de la découverte des zones sombres de l'histoire comme dans Les orpailleurs ou Comedia, le romancier s'ingénie à retarder la compréhension des tenants et des aboutissants de son récit en dissiminant des éléments qui ne feront sens qu'une fois tous mis bout à bout tout en montrant combien les individus sont complexes et jamais tels qu'on se les représente.

Thierry Jonquet - Mon Vieux

Comme de juste dans les romans noirs c'est souvent dans la marge qu'il va aller chercher ses personnages pour mieux nous donner à voir la face cachée d'une société qui ne parvient pas toujours à donner le change. Sans domicile fixe, enfants roumains, réfugiés politiques, travailleur précaire vivant d'expédients, petites frappes, saltimbanques sont autant de voix qui viennent prendre la parole pour dénoncer les injustices, les barbaries orchestrées par d'autres.

Thierry Jonquet excelle à tisser des histoires qui montrent que les destinées individuelles sont conditionnées par les contextes économiques et sociaux de façon inéluctable poussant des individus à commettre l'irréparable ou au contraire à sortir de la routine du quotidien pour devenir sinon des héros du moins des êtres humains.

Ni angélisme ni désespérance totale mais une furieuse envie de regarder la vie telle qu'elle est quitte à tordre le cou à des idées reçues, quitte à écorner les images d'Epinal et les certitudes. Le Sans domicile fixe peut s'avérer être sous sa plume un proxénète comme dans Mon vieux  ou un sauveur improbable mais réel comme dans Moloch ou tout simplement un homme qui s'efforce de surnager dans l'eau tourmentée de l'économie mondiale comme dans La folle aventure des Bleus....

A y regarder de près on se rend d'ailleurs compte que Charlie de Moloch et Adrien de La folle aventure des Bleus ne sont pas sans similitude puisque tout d'eux vont voir leur destinée bouleversée par le cambriolage d'un chantier où ils avaient l'intention de voler un lot d'outillage mais les quatre ans qui séparent ces deux textes apportent au contexte des ombres et des lumières.

NB du 21 février 2008 : Vinnce m'a communiqué dans un commentaire sur Jours tranquilles à Belleville le lien suivant sur l'action de l'association Don Quichotte en faveur des SDF. C'est un très bon reportage qui ne cache aucune des difficultés de ce mouvement de solidarité et donne la parole aux exclus : http://www.dailymotion.com/video/x4d8j5_poudre-aux-yeux_politics

Autres romans de Jonquet chroniqués sur Muet comme un carpe diem

Jours tranquilles à Belleville

La folle aventure des bleus ...


Le bal des débris

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Mygale

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par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Thierry Jonquet

Samedi 10 février 2007
logo ARTICLE 248
L’actualité et la littérature ne cessent de s’interpeller. Le rouge et le noir avait été inspiré à Stendhal par un fait divers. A contrario deux auteurs ne se liront plus vraiment de la même façon après l’histoire de l’évasion d’une jeune Autrichienne sequestrée des années durant.

En effet John Fowles dans L’obsédé et Thierry Jonquet dans Mygale parviennent à montrer jusqu’à la nausée par quelles affres peut passer une personne non seulement privée de sa liberté mais qui plus est sans autre interlocuteur que son ravisseur.

Les deux romanciers observent de façon clinique le passage chez la personne sequestrée de l’apathie à la rage, de la soumission abjecte à la tentative de séduction qui pousse à faire "l’effort de donner, de risquer,de sympathiser, de faire taire tout instinct naturel".

Dans les deux ouvrages l’art est un moyen de rester vivant (si vous me permettez un calembour, j’oserais affirmer que l’art est la couenne qui s’efforce de protèger du froid d’une existence en péril) pour la victime mais aussi l’objet de discussions qui pourraient paraître surréalistes dans ces huis clos entre un ravisseur et sa proie. Chez Fowles, les protagonistes s’adressent tour à tour aux lecteurs dans des récits très déstabilisants rédigés à la première personne tandis que chez Jonquet on passe du style indirect classique à des textes qui tuent à petit feu la personne sequestrée tout en tutoyant le lecteur pour le convier à se mettre bon gré mal gré à sa place.

Le roman de Jonquet est néanmoins encore plus troublant car progressivement on en vient à comprendre que le kidnappeur cherche à punir sa victime de ses crimes passés . Du coup on ne se sait plus qui plaindre qui condamner. Cette réflexion sur le désir de vengeance et son aporie brouille les cartes ainsi que les genres d’une façon totalement imprévue. Si vous voulez appronfondir la thématique Arnaud Catherine présente respectivement dans Les yeux secs et dans Les vies de Luka deux autres types d’enfermement : la guerre et le déterminisme social.

La lecture est souvent présentée comme une évasion, et bien ces auteurs nous poussent à ne pas oublier le goût de la liberté et nous invitent à refuser toutes les servitudes.

Autre textes de Thierry Jonquet chroniqués sur Muet comme un carpe diem :

Jours tranquilles à Belleville

La folle aventure des Bleus... , DRh

Le bal des débris

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Comedia, Moloch, Les orpailleurs

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par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Thierry Jonquet

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