Ces derniers temps je peinais pour lire ne serait-ce que quelques lignes. Je suis arrivé au bout de deux livres cultes de Van Vogt mais sans réel enthousiasme. Aussi ai-je
été agréablemnt surpris de la rapidité avec laquelle j'ai terminé L'hippopotame de Stephen Fry. Je ne suis pas de l'avis de ceux et celles qui regrettent
les longueurs de la première partie qui tarde à amorcer le vif du sujet car on y trouve quelques réflexions sur les rapports hommes-femmes et en particulier la sexualité, la littérature et le
snobisme, l'antisémitisme rampant de certaines parties de la société anglaise, les travers du monde des affaires et surtout le besoin irrépressible des hommes et des femmes à croire en
quelque chose qui les dépasseraient pour donner un sens à leur vie.
Toutes ces remarques faites sur un ton provocateur qui ne doit pas masquer leur invitation à aller au-delà des apparences du politiquement correct, ne susciteront pas forcément votre adhésion mais
sont exprimées dans une prose d'une drôlerie époustouflante.
La prose de Stefen Fry oscille à merveille entre le langage ampoulé et la grossièreté et démontre une habilité à manier tous les registres mais ne peut être soupçonnée de masquer quoi que ce
soit car soulève allégrement toutes les poubelles des interdits et autres tabous.
L'hippopotame c'est Ted Wallace, poète alcoolique sur le déclin, récemment remercié par le journal où il publiait des chroniques théâtrales qui avaient tout du pamphlet. Il se voit confier
contre une généreuse rémunération une mission insolite d'espionnage dans la famille de sa filleule Jane miraculeusement remise d'une leucémie.
Ce qu'il doit découvrir, elle ne lui dit pas. Aussi le voilà attentif aux faits et gestes de cette a famille bigarrée et de ses invités sous le prétexte fallacieux de venir rédiger la
biographie de son patriarche Michael Logan récemment annobli après avoir réussi à bâtir une fortune colossale.
Bientôt, le pochard s'achète une conduite et en vient à découvrir que son autre filleul, David Logan, ce jeune adolescent coincé qui s'inquiète de ses pollutions nocturnes, serait peut-être à
l'origine de guérisons improbables.
Cette enquête qui à plusieurs reprises m'a fait pensé à la verve et aux thématiques de La possibilité d'une île de Michel Houellebecq, m'a arrâché bon
nombre de fous rires, ce qui n'étaient pas une chose si facile en ce moment. Alors quand je lis sur la toîle que ce deuxième roman serait moins bon que le premier, je me dis qu'il va falloir que je
me le dégote pour continuer à faire travailler mes zygomatiques !
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