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Samedi 10 février 2007
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L’actualité et la littérature ne cessent de s’interpeller. Le rouge et le noir avait été inspiré à Stendhal par un fait divers. A contrario deux auteurs ne se liront plus vraiment de la même façon après l’histoire de l’évasion d’une jeune Autrichienne sequestrée des années durant.

En effet John Fowles dans L’obsédé et Thierry Jonquet dans Mygale parviennent à montrer jusqu’à la nausée par quelles affres peut passer une personne non seulement privée de sa liberté mais qui plus est sans autre interlocuteur que son ravisseur.

Les deux romanciers observent de façon clinique le passage chez la personne sequestrée de l’apathie à la rage, de la soumission abjecte à la tentative de séduction qui pousse à faire "l’effort de donner, de risquer,de sympathiser, de faire taire tout instinct naturel".

Dans les deux ouvrages l’art est un moyen de rester vivant (si vous me permettez un calembour, j’oserais affirmer que l’art est la couenne qui s’efforce de protèger du froid d’une existence en péril) pour la victime mais aussi l’objet de discussions qui pourraient paraître surréalistes dans ces huis clos entre un ravisseur et sa proie. Chez Fowles, les protagonistes s’adressent tour à tour aux lecteurs dans des récits très déstabilisants rédigés à la première personne tandis que chez Jonquet on passe du style indirect classique à des textes qui tuent à petit feu la personne sequestrée tout en tutoyant le lecteur pour le convier à se mettre bon gré mal gré à sa place.

Le roman de Jonquet est néanmoins encore plus troublant car progressivement on en vient à comprendre que le kidnappeur cherche à punir sa victime de ses crimes passés . Du coup on ne se sait plus qui plaindre qui condamner. Cette réflexion sur le désir de vengeance et son aporie brouille les cartes ainsi que les genres d’une façon totalement imprévue. Si vous voulez appronfondir la thématique Arnaud Catherine présente respectivement dans Les yeux secs et dans Les vies de Luka deux autres types d’enfermement : la guerre et le déterminisme social.

La lecture est souvent présentée comme une évasion, et bien ces auteurs nous poussent à ne pas oublier le goût de la liberté et nous invitent à refuser toutes les servitudes.

Autre textes de Thierry Jonquet chroniqués sur Muet comme un carpe diem :

Jours tranquilles à Belleville

La folle aventure des Bleus... , DRh

Le bal des débris

Ils sont votre épouvante vous êtes leur crainte

Comedia, Moloch, Les orpailleurs

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par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Thierry Jonquet
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