Dimanche 4 octobre 2009
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Ce n'est un secret pour personne, la population veillit du fait des progrès de la médecine et de l'amélioration relative des conditions de vie.
En sera-t-il toujours de même dans quelques années au vu des effets de la crise qui touche de façon particulièrement cruelle nos aînés les plus démunis ?
En effet de plus en plus d'entre eux sont contraints de renoncer à se chauffer ou à se soigner pour garder de quoi se nourrir ou se loger. Quand ils ne doivent pas soutenir financièrement leur
famille avec leur maigre retraite.
Depuis longtemps la littérature s'interroge sur la place des séniors dans notre société. En voici quelques exemples :
Dans le recueil de nouvelles
K de
Dino Buzzati, on trouve une nouvelle
Les chasseurs
de vieux où les jeunes gens font la chasse aux séniors. Sachant que les jeunes considèrent dans ce texte qu'une personne est vieille au-delà de quarante ans ! La chute est intéressante puisque
l'un des chasseurs prenant de l'âge à son tour, de chasseur devient chassé et partant devra mesurer l'imbécilté de ses choix passés !


Bernard Werber a repris ce thème de la nouvelle de Buzzati dans La dernière révolte, une de ses nouvelles du recueil
L'arbre des possibles,
Le centre de détente Paix et douceur (CDPD) venant chercher les retraités dénoncés par la vindicte populaire soucieuse d'égaliser les comptes de la sécurité sociale qui peu à peu supprime tous les
soins pour les plus de soixante-dix ans. De quoi faire frémir à l'heure où la classe politique cherche à diminuer par tous les moyens le déficit de la sécurité sociale en déremboursant de plus en
plus de médicaments et en augmentant le forfait hospitalier !
Les personnes âgées y sont purement et simplement euthanisiées par injection létale au prétexte d'un vaccin contre la grippe après un léger temps de latence au cas où la famille changerait d'avis.
Aussi certaines prennent-elles le maquis pour résister à cette société eugéniste.
Richard Matheson, scénariste de la cultissisme série TV
La quatrième dimension et auteur de nombreux romans portés à l'écran dont récemment
Je suis une légende avec Will
Smith, a lui aussi rédigé une nouvelle publiée sur cette question dans le recueil
La poupée à tout
faire . Mais en changeant d'angle de vue. En effet, dans
L'examen les viellards sont soumis tous les cinq ans à des tests de motricité, de logique, de mémoire pour jauger
s'ils sont toujours "dignes" d'être membre de la communauté et partant de rester en vie. L'extension de cette règle qui prévaut soit dit en passant d'ores et déjà pour le permis de conduire
donne lieu à un texte dense et tendu où l'on voit se succéder les sentiments contradictoires d'un fils qui essaie d'aider son père à préparer cet examen tout en espérant qu'il échoue pour qu'il ne
soit plus à sa charge. Cette pseudo-rationalisation du droit de vivre fait froid dans le dos !
A contrario, on pourra
lire
Globalia de
Jean-Christophe Ruffin qui montre une société gérontocrate décidée à
limiter de manière drastique les naissances. De plus pour légitimer ses lois liberticides.elle n'hésite pas à faire d'un jeune homme l'ennemi intérieur.
Mon vieux du regretté
Thierry Jonquet ne remet pas en cause la nécessité de prendre en
charge les plus vieux d'entre nous. Néanmoins ce roman sombre et pourtant brillant pose la difficile question du bienfondé du devoir filial pour les personnes qui ont été maltraitées ou
abandonnées par l'un ou l'autre de leurs parents.

Alain Colmont, l'un des personnages
principaux, est d'autant moins enclin à répondre à l'injonction qui lui est faite par l'administration de subvenir aux frais de santé de son père amnésique que ce dernier l'a abandonné à la
naissance et qu'il doit d'ores et déjà financer les opérations de chirurgie pour sa fille défigurée dans un accident de scooter.
Dans un registre plus humoristique mais qui n'est pas sans poser là aussi des questions de fond sur les relations intergénérationnelles, on pourra lire le succulent petit roman de Thomas Scotto
Ma grand-mère en container publié aux éditions Thierry Magniez où un enfant veut faire avaler à sa soeur que leur grand-mère qui sera bientôt retraitée sera à n'en pas douter recyclée.
Le bobard basé sur un calembour va provoquer pas mal de quiproquos et de situations imprévues difficilement contrôlables par le petit menteur.

D'autres pistes
bibliographiques sur le site
magister.com.
Jo me signale dans les commentaires la référence cinématographique suivante :
Dans le même genre, quoique d'une autre lignée, j'ai été très marqué par la Ballade de Narayama,
film japonais de Shōhei Imamura, Palme d'Or du festival de Cannes en 1983, où, lorsqu'ils sont devenus une charge improductive, les plus vieux du village se font porter en haut de la montagne par
leurs enfants pour y mourir. Chaque famille s'emploie, selon les liens affectifs qui l'unissent, à convaincre ses parents,soit qu'ils ne servent plus à rien, soit qu'ils sont encore nécessaires. Un
film très troublant, parce que chacun se retrouve dans l'une ou l'autre des attitudes, et se demande s'il est plutôt du genre à laisser ses parents crever ou à les y pousser…
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