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Jeudi 15 mai 2008
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Avec son Poulet aux prunes, Marjane Satrapi nous convie comme dans Persépolis à nous pencher sur l'histoire de sa famille iranienne mais cette fois l'Histoire de son pays est plus en filigrane qu'en toile de fond.

Le poulet aux prunes était le plat préféré de Nasser Ali Khan, l'oncle de sa mère. Par touches successives, on découvre sa vie au travers d'une mosaïque de récits qui viennent illustrer ses états d'âmes alors qu'il a décidé de se laisser mourir

De prime abord, on pense que c'est à cause de la perte de son tar. Mais l'instrument de musique qui a été brisé par sa femme lors d'une dispute n'est que l'arbre qui cache la forêt.

S'il est devenu musicien c'est avant tout parce qu'il ne pouvait rivaliser avec les résultats scolaires de son frère Abdi et qu'il voulait attirer la bienveillance de sa mère. Mais s'il est devenu l'un des meilleurs joueurs de tar, c'est moins par la qualité pourtant réelle de sa technique que par la sensibilité de son jeu.

Une façon de jouer qui exprime la douleur d'avoir dû renoncer à épouser Irâne et d'avoir dû se résigner à épouser Nahid car faute de grives on mange des merles ou du poulet aux prunes.

Son attente de la mort l'amène à s'interroger huit jours durant sur ce qui pourrait le retenir ici-bàs, les plaisirs, la paternité, la musique. Marjane Satrapi nous montre combien cette introspection à la fois grave et drôle tend au travail de deuil pour cet homme qui oscille entre la médiocrité et la sagesse.

Contrairement à ce que le graphisme en noir et blanc pourrait laisser penser, il n'y a pas de manichéisme dans cette bande dessinée primée au festival d'Angoulême de 2005, mais plutôt tout un nuancier de certitudes démenties, de vérités apprises par bien des détours, de questions universelles laissées en suspens sur la famille, le couple et le sens à donner à la vie.

Marjane Satrapi excelle à nous faire passer d'un souvenir à un conte, d'une dispute conjugale à l'évocation de la complicité filiale, du contexte historique global aux contingences particulières des individus, du passé à l'avenir, des regrets aux fantasmes. Le tout en changeant régulièrement de point de vue pour montrer la complexité à percevoir les événements de façon fiable comme ces cinq hommes qui découvrent un éléphant dans l'obscurité et qui n'en ont touché qu'une partie.

De quoi donner envie de relire Ulysse au pays des fous.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de bande dessinée
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