Demandez-vous ce que pourrait donner le croisement improbable entre des comics de superhéros et les aventures d'Adèle Blansec de Tardi et vous aurez une petite idée du contenu de la bande dessinée
Arrowsmith. Initialement publiées en volumes distincts, les aventures de Fletcher Arrowmith au sein de l'unité d'élite aérienne ont été regroupées dans une intégrale en 2005 par les
éditions USA.
La propagande américaine avait lancé le concept de "frappes chirurgicales" lors de cette guerre du golfe qui avait des reflets d'argent. Il va sans dire mais cela va mieux en le disant, ces
bombardements qui n'étaient censés toucher que des cibles militaires, avaient inévitablement fait des dégâts collatéraux et des victimes civiles. Les guerres propres n'existent pas. Une
consultation même épisodique de l'actualité de l'un ou l'autre des continents suffit amplement à le prouver.
La lecture des aventures de Fletcher Arrowsmith permet néanmoins une piqûre de rappel de cette triste évidence. Le scénario efficace de
Kurt Busiek transplante la guerre de 14-18 avec de nombreux clins d'oeil au conflit mondial qui a suivi dans un
monde de magie où le nom de chaque nation a été latinisé mais ne laisse pas le moindre doute sur les pays dont l'auteur s'inspire ; dans un monde où chaque belligérant n'a de cesse de mettre au
point un nouveau sort industriel susceptible de lui faire prendre l'avantage sur son adversaire.
Dans cette course à l'armement surnaturel où la "brume vorace" qui transforme les hommes en bêtes sanguinaires remplace le gaz moutarde et où le bombardement de salamandres de feu n'est pas sans
évoquer la bombe atomique, la barbarie l'emporte vite sur les idéaux affichés par l'un et l'autre camp.
Le jeune Fletcher quitte son Cunecticut natal, la fleur à l'arbalète Prana pour rejoindre le front européen. Il devient rapidement un expert dans le lancer de sorts de vol qui le lie à son
dragonnet par le biais de ses guêtres confectionnées à partir de la peau perdue par la mère à la naissance de ce dernier. Mais dans le même temps, il ouvre les yeux sur les réalités du conflit :
"
Trop de funérailles. Trop de gens des deux côtés qui meurent pour ce qu'ils croient. Et qui font des choses qu'ils n'auraient jamais imaginé."
Une bande dessinée à lire d'urgence pour éviter que l'âge des casernes ne nous ramène à l'âge des cavernes.
NB : le hasard veut que je publie cette chronique le jour du décès du dernier "poilu" Lazare Ponticelli, immigré italien, qui s'était engagé dans la légion étrangère à 16 ans en août 1914.
Espérons que, désormais qu'il n'y a plus de témoin direct de cette guerre qui devait être la der des ders, cela ne donne pas la tentation à certains politiciens prompts à chercher à donner une
version officielle de l'histoire de revoir la présentation de cette boucherie.
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