Décidemment la bibliothèque de mon quartier recèle bien des perles ! J'avais découvert il y a quelques temps la
grammaire impertinente de Jean-Louis Fournier qui tout en égrenant les règles grammaticales de façon
rigoureuse multipliait les exemples croquignolets !
Des exemples qui auraient difficilement voix au chapitre dans les salles de classe où le politiquement correct sévit le plus souvent par la force des choses (ou de l'habitude ?) . Je ris encore des
pages consacrées à la conjugaison du verbe choir où une note laminaire et lapidaire mais ô combien pertinente conseillait aux jeunes gens de préférer le verbe "se casser la gueule" moins désuet à
l'archaïque verbe choir et surtout bien plus simple d'emploi.
Depuis, j'ai lu
Les mots des riches, les mots des pauvres qui écorne, au moyen d'une plume trempée dans le vitriol des trop pleins, les travers des riches et en particulier des
nouveaux riches tout en décrivant quelques réalités du quart monde.
Les titres des chapitres donnent le ton en proposant à la manière des
exercices de style de Raymond Queneau la traduction pour le prolétariat de certains termes courants chez les classes
privilégiées : "Cachemire, en pauvre se dit acrylique" ; "Foie gras, en pauvre se dit pâté de foie" ; "Gagner, en pauvre se dit rêver" ; "Chambre d'amis, en pauvre se dit canapé
convertible"
Jean-Louis Fournier passe en revue la suffisance, la pingrerie et les prétentions de cette élite financière qui est loin d'être l'élite de la compassion, de la solidarité et de l'intégrité.
Certains trouveront que l'auteur force le trait jusqu'à la caricature mais ils devraient revoir leur jugement au regard de l'actualité où la droite décomplexée prône un retour de la morale à
l'école primaire tandis qu'elle semble atteinte du syndrôme de Tourette et n'hésite pas à multiplier les noms d'oiseaux lorsqu'elle parle de ses adversaires politiques du
tocard de Panafieu lancé à Bertrand Delanöé aux
cloportes de Coppé adressés aux militants de gauche en passant par la pétasse de
Devedjian crachée à propos d'Anne-Marie Comparini.
Quand à Sarkozy qui donne des leçons de self control à Ségolène Royal lorsqu'elle s'emporte lors de leur débat télévisé des présidentielles, on n'oublie pas ses
racailles. La polémique autour de la
vidéo de son échange avec un visiteur du salon de l'agriculture qui refusait de lui serrer la main diffusée par le Parisien laisse
songeur.
De même quand l'ancien directeur de cabinet de la ministre du logement veut faire la chasse aux fraudeurs alors qu'il
sous-loue un logement HLM de très grande surface ou quand un député UMP qui signe un
texte pour la création d'une commission sur la fraude sociale alors que lui-même continue à percevoir 1500 euros des assedic non sans
cumuler les émoluments de député et de maire pour près de 10000 euros, on mesure que la
caricature de Fournier est bon enfant finalement !
Je conclurai avec une courte citation de ce recueil désopilant mais qui vous fera néanmoins grincer des dents tant il met le doigt sur des comportements condescendants :
"
Quand un pauvre est con, il le sait. Tout le monde le lui dit. Quand un riche est con, il ne le sait pas. Personne n'ose le lui dire."
Ceux qui trouvent que la lutte des classes est ringarde feraient bien de revoir leur jugement et de venir crier avec l'enfant du conte que l'empereur est nu ! Au-delà des mots grossiers de la
majorité présidentielle il aurait fallu que l'on se préoccupasse des maux de la population !
J’ai longtemps cherché les mots les plus simples, les plus usés, même les plus plats.
Mais ce n’est pas encore cela : c’est leur juste assemblage qui compte.
Quiconque saurait le secret usage des mots de tous les jours aurait un pouvoir illimité, - et il ferait peur.
Jean Tardieu , Pages d’écritures
Pour lire d'autres citations sur le pouvoir des mots cliquez ICI
NB début mars :
François m'a fait parvenir la référence d'un autre titre sur les mots et leur emploi distinct selon les milieux :
"
Cher Christophe, je viens de lire "Les Ruskofs" de Cavana, j'y retrouve des
préoccupations proches des tiennes : un jeune ouvrier français avec le
certificat d'étude se trouve embringuer dans le STO dans une usine de Berlin
entre 1943 et 1945. Pour les beaux yeux d'une ouvrière russe et son coeur
charmant il se met au langues étrangères (le russe et l'allemand) et découvre
l'existence des "cas" accusatif, datif etc... Après consultation d'interprètes
surtout dans le contexte historique plus ou moins foireux, il découvre qu'il y a
2 grammaires : l'une pour les pauvres (on parle de complément d'objet direct),
l'autre pour les riches (on parle alors d'accusatif).
Voili Voilou sommes nous si loin de ces fossés culturels ?"
NB du 9 avril : Almaterra poursuit la démarche de Jean-Louis Fournier et propose de nouvelles associations qui pourraient devenir les titres de nouveaux chapitres. Pour les
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