Je profite d'une accalmie dans les migraines à répétition qui me mettent au supplice depuis quelques semaines pour m'atteler enfin à la rédaction d'une chronique sur un recueil de nouvelles de
science-fiction découvert par hasard lors d'un de mes derniers passages à la bibliothèque de Lille Fives.
Les sciences et leurs applications technologiques prennent de plus en plus de place dans notre quotidien. A tel point qu'il est de plus plus complexe pour le citoyen lambda d'en appréhender les
tenants et les aboutissants, les risques et les avantages. Comment parvenir à ne céder ni à la tentation frileuse et rétrograde d'une décroissance absolue qui nierait les atouts indéniables du
progrès dans bien des domaines ni à celle non moins risquée d'une confiance aveugle dans la fuite en avant de la modernité instrumentalisée par les multinationales avides de profits au grand
dam de la société civile qui cherche à imposer la prise en compte de l'utilité sociale et du développement durable.
Les textes d'anticipation trop longtemps déconsidérés par les cercles littéraires ont pourtant depuis longtemps contribué à éclairer les zones d'ombre de cette science diffuse dont on promet
l'innocuité ou de ces mathématiques si difficiles à déchiffrer.
Chaque jour l'actualité montre que l'une comme l'autre ne sont que des outils qu'il appartient à l'humanité de tailler selon ses besoins en prenant soin de trier le bon grain de l'ivraie sans
croire aux mensonges éhontés des élites politiques et économiques qui font s'arrêter les nuages radioactifs aux
frontières ou les OGM aux seules limites des lieux d'expérimentation.
C'est pourquoi la lecture difficile mais stimulante des nouvelles de Greg Egan compilées par les éditions Bélial sous le titre trompeur de Radieux fournira aux lecteurs opiniâtres de
quoi nourrir leur réflexion sur toutes ces questions on ne peut plus contemporaines. Puisse la rapide esquisse qui suit vous donner l'envie d'aller le vérifier par vous même.
A l'abri dans leur territoire inexpugnable composé d'espèces végétales génétiquement modifiées immunisées contre toutes attaques de défoliants, de toxines chimiques envisagées par les
autorités, les cartels maffieux investissent massivement dans les biotechnologies car les vieilles substances addictives sont devenues trop facilement synthétisables. Pour fournir sans cesse de
la nouveauté aux adolescents qui raffolent trouver de quoi modifier leur neurochimie à volonté en s'injectant directement dans la moelle osseuse des rétrovirus, les barons de la drogue
n'hésitent pas à débaucher les meilleurs chercheurs. Mais ce qu'a mis au point Gullermo Largo est encore plus sensible qu'il n'y paraît puisque sa dernière création donne accès au contrôle de
l'identité.
Lorsque la généalogie s'associe à la génétique et à la physique quantique pour mettre à jour des ancêtres communs au plus grand nombre est-ce de nature à permettre de tendre à la disparition
des clivages et à l'universalité ou au contraire est-ce que cela ne risque pas de mettre de l'huile sur le feu dévorant de toutes les formes de racisme ?
Que se passerait-il si des théorèmes mathématiques si simples qu'ils semblent irrécusables se révélaient incertains lorsque l'on les emploie avec des nombres plus grands que celui des
particules de notre galaxie ?
Si la recherche médicale parvenait à renforcer les barrières placentaires pour éviter aux foetus d'être exposés aux virus, aux toxines, aux produits pharmaceutiques et autres drogues plus ou
moins licites de prime abord on ne pourrait que s'en féliciter mais cette volonté affichée de protéger l'enfant à venir ne dissimule-t-elle pas des buts bien moins avouables ?
La numérisation globale des forêts neuronales d'un individu pour les transférer dans un robot inoxydable permettra-t-elle à l'humanité vieillissante d'échapper à la dégradation inéluctable du
corps ?
Sommes-nous plus à même que par le passé d'échapper aux peurs irrationnelles provoquées par les grandes pandémies et aux inévitables tentations de récuparation mystique de ces fléaux ?
Pourquoi diable a-t-on volé cette icône de Notre dame de Tchernobyl qui pourtant d'un point de vue artistique
n'a vraiment rien d'exceptionnel ?
Que retirerions-nous d'une plongée abyssale dans un trou noir ?
Avec un style qui fait la part plus belle aux disgressions scientifiques et qui passe par contre trop souvent à mon goût sur les implications politiques, Greg Egan rejoint néanmoins bien
souvent les thématiques de Jérôme Leroy dont j'ai souvent parlé ici. Un auteur australien à découvrir en tout
cas.
Pour lire une autre chronique sur ce recueil consultez le site du cafard cosmique
Autre recueil de nouvelles de Greg Egan chroniqué sur Muet comme un carpe diem :
Commentaires