Le clonage récent d'un singe est venu réactiver la polémique sur cette technique source de tous les espoirs selon les uns et de toutes les dérives selon les autres.
Dans
La possibilité d'une ïle, Michel Houellebecq imaginait qu'une secte était parvenue à maîtriser dans un premier temps la conservation illimitée de l'ADN d'un individu puis par la suite
son clonage grâce aux sommes récoltées auprès de ses richissismes adhérents.
Cette secte qui venait concurrencer pour bientôt les supplanter les religions monothéistes sur le terrain de l'espoir de l'immortalité finirait par réussir à transférer la mémoire de
l'individu originel à l'aide d'injection de l'hippocampe de l'organisme ancien et de processus d'apprentissage et de conditionnement des réseaux mémoriels pour donner naissance à des
néo-humains.
Le scénario de
Chrysalis fait de ce refus de la mort et de la recherche de palliatifs scientifiques à ce fondamental de la condition humaine les fils conducteurs du film. Ce long métrage a
t-il été en partie inspiré de ce roman d'anticipation ?
Dans
Chrysalis la conservation du corps n'est pas obtenue par le clonage mais par la transformation d'une tierce personne par le biais
de la chirurgie esthétique tandis que la conservation des souvenirs est garantie par une machine méphitique soustrait à la recherche militaire qui efface les souvenirs de l'hôte du moins jusqu'à un
certain point pour lui en substituer d'autres.
ll peut s'agir d'une coïncidence mais je note que si dans
La possibilité d'une île on suit les différents avatars de Daniel, humoriste grinçant, qui pose un regard très critique sur la
quête du bonheur, c'est
Albert Dupontel à l'humour si décalé, si violent, si cinglant de
Bernie ou du
créateur qui incarne le
personnage principal de Chrysalis, David Hoffmann, flic atypique de la police européenne qui cherche sans relâche l'assassin de sa femme.
Oui vraiment, réflexion faite, il n'est pas si étonnant que cela que Dupontel ait accepté de jouer avec
Claude Perron dans ce film sombre à l'esthétique
métallique et froide.
L'accumulation de scènes de combat et d'effets spéciaux finissent par lasser mais on suit néanmoins l'enquête d'Hoffmann avec intérêt dans ce futur inquiétant qui oscille entre le glauque et
l'aseptisé.
Un monde où comme dans les romans de
Jérôme Leroy , il est si difficile de faire son deuil. Un monde où les
barbouzeries de la déraison d'Etat viennent s'opposer aux magouilles maffieuses au détriment des individus victimes des premières comme des secondes.
Un film où l'on se demande comme dans
Eternal Sunshine of the spotless light de Michel Gondry s'il est opportun de se défaire des souvenirs qui nous torturent. Un film où l'on se demande
comme dans le
Château des Carpathes de Jules Verne ou dans
l'invention du Docteur Morel d'Adolfo Bioy Casares jusqu'où l'on serait prêt à aller pour maintenir l'illusion de la
présence de l'être aimé.
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