Dimanche 11 novembre 2007

En attendant de trouver le texte sur Belleville évoqué par YanG et Martine dans les commentaires
qu'ils avaient postés à propos de mon article sur Mygale, Mon vieux, Moloch et Comedia,
de Thierry Jonquet j'ai découvert chez les bouquinistes Le bal des débris.
Si l'humour n'est pas totalement absent de ces quatre romans, il va sans dire que c'est loin d'être leur vertu cardinale. Par contre, la lecture du Bal des débris est on ne peut plus
désopilante.
Dans la biographie composée par Stéphanie Lagny reproduite sur le site officiel de l'auteur, on apprend
qu'après avoir abandonné des études de philosophie, Thierry Jonquet a papillonné d'un emploi à un autre, puis sur le conseil d'un Kinésithérapeute, qu'il avait
rencontré après un accident de voiture, il est devenu ergothérapeute.
En 1976 et 1977, il côtoie des handicapés et des vieillards grabataires dans un service de gériatrie qui vont lui inspirer Le bal des débris . Pour être son premier roman, Le
bal des débris ne sera pourtant pas publié qu'en 1984 alors Mémoire en cage l'avait été en 1982 bien que rédigé plus tard.
Pour mettre à distance le spectacle quotidien de la mort, Thierry Jonquet dresse en une centaine de pages le récit cocasse de la rencontre de Frédo et d'Alphonse Lepointre.
Le premier très jeune travaille bon gré mal gré au service de rééducation et exerce le noble art du pousse-chariot. Avec son collègue Budat, Son boulot huit heures durant : "c'est d'aller
dans les étages, de virer les vieux de leur lit douillet, de les hisser sur [ses] chariots, et de les expédier dans les bras des kinés. Dans les gros bras plein de poils des kinés.".
Le second avait avant la guerre une vie de truand spécialisé dans l'ouverture des coffres mais a préféré se ranger des affaires après la libération et user de son chalumeau dans le domaine plus
légaliste de la plomberie zinguerie.
Très vite, les deux hommes sympathisent et font le constat que "la plomberie et les chariots, ça va bien un temps, mais faut voir plus large.' Lorsque Frédo et Alphonse découvrent qu'une
des patientes est la veuve de l'ancien conseiller général du département et qu'elle conserve jalousement une malette remplie de pierres précieuses dans sa chambre surveillée en permanence par un
agent de sécurité, ils décident tout de go de la dérober et de changer de vie.
Au fil de pages dont le ton n'est pas sans rappeler les aventures du Poulpe créé par Jean-Bernard Pouy en 1995,
Frédo dresse des portraits hilarants des patients et du personnel de l'hôpital qui ont chacun leurs manies, leurs combines mais aussi de sa compagne Jeannine, militante acharnée mais pas du tout
décharnée.
La préparation patiente de ce cambriolage peu ordinaire qui va conduire Alphonse à réactiver ses réseaux dans le milieu, son déroulement à proprement parler le jour du bal costumé qui ne sera pas
sans rebondissements et enfin le moyen incongru mis au point par les deux complices pour retirer les diamants au nez et à la barbe des pandores qui ont élu domicile dans l'hôpital sont autant
d'occasion de s'offrir de longs fous rires !
Néanmoins en filigrane derrière l'humour se glisse une réflexion sur la fin de la vie qui ne laissera pas indifférent et qui est bien dans la lignée des polars plus sombres que Thierry Jonquet
publiera ensuite.
D'autres textes de Thierry Jonquet chroniqués dans Muet comme un carpe diem :
La folle aventure des Bleus.... , DRH
Ils sont votre épouvante vous êtes leur crainte
Comedia, Moloch, Les orpailleurs
Mygale
Jours tranquilles à Belleville
5
par christophe fétat
publié dans :
Chroniques sur Thierry Jonquet
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