Entamer la lecture d'un polar de Thierry Jonquet expose à des sentiments ambivalents.
Si la qualité des constructions narratives le laissera pantois devant leur densité et leur ciselure, il risque d'avoir du mal à surmonter la nausée que les thèmes abordés vont inéluctablement
provoquer.
Que l'horreur survienne dès les premières pages comme dans
Moloch et dans
Mygale ou qu'elle
survienne au fil de la découverte des zones sombres de l'histoire comme dans
Les orpailleurs ou
Comedia, le romancier s'ingénie à retarder la compréhension des tenants et des
aboutissants de son récit en dissiminant des éléments qui ne feront sens qu'une fois tous mis bout à bout tout en montrant combien les individus sont complexes et jamais tels qu'on se les
représente.
Comme de juste dans les romans noirs c'est souvent dans la marge qu'il va aller chercher ses personnages pour mieux nous donner à voir la face cachée d'une société qui ne parvient pas toujours à
donner le change. Sans domicile fixe, enfants roumains, réfugiés politiques, travailleur précaire vivant d'expédients, petites frappes, saltimbanques sont autant de voix qui viennent prendre la
parole pour dénoncer les injustices, les barbaries orchestrées par d'autres.

Thierry Jonquet excelle à tisser des histoires qui montrent que les destinées individuelles sont conditionnées par les contextes économiques et sociaux de
façon inéluctable poussant des individus à commettre l'irréparable ou au contraire à sortir de la routine du quotidien pour devenir sinon des héros du moins des êtres humains.
Ni angélisme ni désespérance totale mais une furieuse envie de regarder la vie telle qu'elle est quitte à tordre le cou à des idées reçues, quitte à écorner les images d'Epinal et les certitudes.
Le Sans domicile fixe peut s'avérer être sous sa plume un proxénète comme dans
Mon vieux ou un sauveur improbable mais réel comme dans
Moloch ou tout simplement un homme qui
s'efforce de surnager dans l'eau tourmentée de l'économie mondiale comme dans
La folle aventure des
Bleus....
A y regarder de près on se rend d'ailleurs compte que Charlie de
Moloch et Adrien de
La folle aventure des Bleus ne sont pas sans similitude puisque tout d'eux vont voir leur
destinée bouleversée par le cambriolage d'un chantier où ils avaient l'intention de voler un lot d'outillage mais les quatre ans qui séparent ces deux textes apportent au contexte des ombres et des
lumières.
NB du 21 février 2008 : Vinnce m'a communiqué dans un commentaire sur Jours tranquilles à Belleville le lien suivant sur l'action de l'association Don Quichotte en faveur des SDF. C'est un très bon
reportage qui ne cache aucune des difficultés de ce mouvement de solidarité et donne la parole aux exclus :
http://www.dailymotion.com/video/x4d8j5_poudre-aux-yeux_politics
Autres romans de Jonquet chroniqués sur Muet comme un carpe diem
Jours tranquilles à Belleville
La folle aventure des bleus ...
Le bal des débris
Ils sont votre épouvante vous êtes leur crainte
Mygale
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