
La sortie du dvd du film Déjà Vu ainsi que la nouvelle Abattez Karl Marx de Jérôme Leroy dans son
recueil Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine où un nervi du régime totalitaire
voyage dans le temps pour assassiner celui qui est la source de bon nombre des problèmes des dominants du futur pour tenter en vain de stopper les révoltes me conduisent à ressortir une chronique
que j'avais écrite à la sortie du film pour un autre site :
La possibilité d’intervenir sur le passé ou le futur pour les modifier lorsqu’ils sont synonymes de catastrophes individuelles ou collectives est un thème récurrent de la science fiction depuis
H. G. Wells. Du château des Carpathes de Jules Vernes à l’invention du docteur Morel de Bioy Casares une autre lignée de romans montrent des personnages qui cherchent à mettre
le temps entre parenthèses pour le revivre indéfiniment. On donnera une place à part aux nouvelles concises mais incisives de Frédric Brown sur le paradoxe temporel dans son recueil
Lune de miel en enfer.
Le cinéma n’a pas été avare d’adaptations de ces textes cultes. Vous vous souvenez sans aucun doute du célèbre Dead
zone inspiré par le roman du même nom de Stephen King où le personnage cherche à empêcher l’avènement d’un nouvel Hitler ou des maîtres du temps réalisé par René Laloux sur des
dessins de Moebius inspiré par L’orphelin de Perdide de Stefan Wul où un vieux loup de l’espace aide un enfant qui s’avère être lui-même perdu sur une planète hostile.

Plus récemment (au risque de tomber dans le Name dropping mais il s’agit de dresser une typologie de films)
Total Recall avec Shwarzenegger, Eternal Sunshine avec Jim Carrey, Solaris avec Georges Clooney ou Paycheck avec Ben affleck avaient exploré le rapport avec le
passé et la mémoire que l’on en a qu’il est toujours tentant de modifier pour mieux vivre son présent.
A la mi décembre est sorti Déjà vu réalisé par Tony Scott avec pour acteur principal Denzel Washington qui
développe comme dans Minority report avec Tom Cruise l’idée que le gouvernement s’est doté d’une brigade policière spécifique pourvu d’un système d’observation du temps. Dans les deux
films il s’agit d’arrêter les criminels avant qu’ils ne commettent leur délit en l’occurrence pour Déjà vu empêcher un attentat terroriste d’un extrémiste américain qui pousse le patriotisme
jusqu’au délire sanguinaire.
Comme le dit Gérard Klein dans sa préface au volume de son anthologie de SF consacrée à cette thématique du voyage dans
le temps (on la trouve encore parfois dans les vides greniers ou chez les bouquinistes). la tâche des réalisateurs ou des écrivains n’est pas simple car il s’agit de faciliter la
« suspension volontaire de l’incrédulité » pour rendre ces bonds dans le passé vraisemblables.
Dans un cas comme dans l’autre finalement peu importe la validité des explications scientifiques avancées dans le film
la magie de la fiction opère et décline très habilement les différents problèmes du paradoxe temporel. Peut-on changer le passé ? Voyager dans le passé ne revient-il pas à faire en sorte que
ce qui est déjà arrivé puisse arriver ? Doit-on le changer lorsqu’on le peut ? Le happy end final inévitable dans une production hollywoodienne ne gâchera pas le plaisir de ce bon film
d’action à caractère fantastique doublé d’une belle histoire d’amour où Denzel Washington montre s’il en est encore besoin qu’il est un acteur d’une très grande sensibilité. Ce film n’est certes
pas un chef d’œuvre comme Mulholland Drive ou 2046 qui jonglent avec les cycles du temps avec une virtuosité déroutante mais vous passerez le temps de manière très
agréable.
19
par christophe fétat
publié dans :
Chronique de film
Retour à la page d'accueil
Commentaires