Je me rappelle avec quel enthousiasme un ami m'avait présenté la bande dessinée
Persépolis de Marjane Satrapi n'hésitant pas à la placer au pinacle de son panthéon culturel. Le succès
qu'elle a rencontré par la suite lui a donné amplement raison.
L'adaptation à l'écran restitue très bien cette volonté de retracer au travers de la saga de cette jeune iranienne et de sa famille, l'histoire
de son pays.
Marjane Satrapi tout comme dans
l'album Ulysse au pays des fous excelle à montrer combien les hommes sont capables du meilleur comme du pire.
Mais elle le fait en évitant l'écueil du manichéisme par touches d'humour successives pour atténuer la dureté des événements relatés. Marjane Satrapi montre bien comment les dirigeants occidentaux
ont favorisé sans vergogne l'avènement de régimes qui n'avaient rien de démocratiques. Elle narre sans tartufferie l'implication des Anglais dans l'installation au pouvoir du régime dictatorial du
Sha en Iran tout comme celle de Saddah Mussein en Irak favorisé par les Américains qui à l'époque ne voyait pas l'ennemi public numéro un bien au contraire. Si les marchands d'armes et les firmes
pétrolières ont pu fructifier, les populations de ces pays ont par contre vécu des moments terribles où la guerre, la répression, la prohibition, l'ordre moral faisaient des ravages.
Elle ne nie pas combien la chute du régime du Sha et la fondation d'une république islamique ont dans un premier temps suscité l'espoir et l'adhésion populaire avant que les mesures de plus en plus
liberticides ne s'installent. Le courage de certains léninistes qui n'hésitent pas à peine libérés des geoles du Sha à risquer leur vie contre le nouveau régime force le respect tandis que la
veulerie et l'arrivisme de quelques uns donnent envie de vomir tant cela rappelle des heures sombres de Vichy.
La résistance se place également dans le quotidien comme cette scène où la mère de Marjane séparent deux femmes qui se crêpent le chignon dans un magasin aux rayonnages clairsemés ou celles où l'on
voit les habitants se procurer de l'alcool pour oublier le temps d'une fête clandestine les privations de libertés. Pour permettre à un membre de la famille de se soigner plus efficacement à
l'étranger les parents de Marjane n'hésitent pas à chercher à se procurer des faux papiers. Une mère pourtant fidèle au régime est désemparée lorsqu'elle comprend que la propagande cherche à
convaincre les jeunes de quinze ans à partir au front avec des argumentaires religieux des plus fallacieux.
Trop encline à dénoncer les contradictions du pouvoir, Marjane devra quitter l'Iran mais sa vie en Europe serait loin d'être aussi idyllique qu'elle l'espérait car elle y découvrira d'autres
incohérences, d'autres abus qui la pousseront après maintes péripéties à repartir pour l'Iran. Ce retour dans sa famille sera l'occasion de retrouver sa grand-mère douce comme du pilou et à la
poitrine qui fleure bon le jasmin mais qui est intransigeante lorsqu'il s'agit d'intégrité et de respect de l'héritage militant de la famille.
L'amour sera sous toutes ses formes le fil conducteur de ce film qui est une réussite tant du point de vue du scénario que de l'animation riche en trouvailles. Cet amour qui permet d'affonter
tous les combats qu'ils soient collectifs ou individuels.
A l'heure où l'on assiste à des rapprochements d'une part entre la France et les Etas unis et d'autre part entre Chavez et le régime de Téhéran, je ne peux m'empêcher de penser que dans un cas
comme dans l'autre il s'agit de baisers du diable.
Lire un autre point sur ce film sur le
blog le génépi et l'argousier
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