
Sur la base des échanges organisés par
l'association Travail et Culture avec quelques-uns des salariés
des célèbres verreries du Pas-de-Calais , Jérôme Leroy a imaginé avec
Rêves de cristal, Arques 2064 une nouvelle ciselée, poétique mais néanmoins très
sombre.
Bien que son histoire se situe en 2064 dans un monde où la majeure partie de l'hémisphère nord affronte le début d'une nouvelle ère glaciaire consécutive à la disparition du Gulf Stream qui a
bouleversé tous les équilibres géopolitiques qui prévalaient auparavant, elle n'en reflète pas moins la passion que nourrissaient ces sculpteurs du cristal et leurs inquiétudes face à une
mondialisation qui dénature leur rapport au travail bien fait.
Yukiko, seule rescapée d'un tremblement de terre qui a dévasté l'archipel nippon et Frédéric, réfugié du froid, parti de son Québec natal pour s'installer au Brésil vont finir par se
retrouver à Canton. Ils y suivront les cours de l'université Georges Orwell sur la désindustrialisation dans l'Europe pré-glaciaire et en particulier ceux consacrés à la cristallerie d'Arques car
le cristal les unit depuis l'enfance par rêves interposés.
Les propos que place Jérôme Leroy dans la bouche du professeur Mo Yan ne seront pas sans vous évoquer la situation contemporaine faite de délocalisations.
De là, Yukiko et Frédéric partiront pour Lille dans l'espoir de pouvoir organiser une expédition sur le site des verreries en dépit de la contamination radioactive de la zone depuis l'accident de
la centrale de Gravelines.
Comme à l'accoutumée, la plume de Leroy est plongée dans un vitriol on ne peut plus classieux pour dénoncer les excès de notre époque que ce soit l'arrogance militaire, économique et religieuse des
Etats-Unis, la visée aberrante de tant de managers de vider les entreprises des ouvriers jugés encombrants et onéreux mais aussi la passivité des foules face aux bouleversements économiques et
climatiques qu'il attribue en partie à l'avènement de la production et de la consommation d'images.
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Bref rapport sur une fugitive beautée
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par christophe fétat
publié dans :
Chroniques sur Jérôme Leroy
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