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Jeudi 31 mai 2007

Image trouvée sur le blog de Gigistudio
http://gigistudio.over-blog.com/article-6018882-6.html

 

Ce que veulent les mots,

On ne le sait pas quand ils viennent ;

Il faut qu’ils se parlent, se trouvent,

Qu’ils se découvrent, qu’ils s’apprennent.

Ce que veulent dire les mots,
Ils ne le savent même pas eux-mêmes,
Mais les voilà qui se regroupent,
Qui s’interpellent, se répondent,
Et si l’on sait tendre l’oreille,
On entend parler le poème.
 

Jacques Chapentreau,

 

Ce que les mots veulent dire,

 

Ed. Vie ouvrière

 

 

Le créant : Vous jouez sur les mots, c’est facile.
 
 

Le mécréant : Je ne joue pas sur les mots, je joue parfois avec et j’ajoute que sans moi ou d’autres, ils jouent très bien tout seuls. Les mots sont les enfants du vocabulaire, il n’y a qu’à les voir sortir des cours de création et se précipiter dans la cour de récréation. Là ils se réinventent et se travestissent, ils éclatent de rire et leurs éclats de rire sont les morceaux d’un puzzle, d’une agressive et tendre mosaïque.

 

Contre les maîtres mots, les mots tabous, le tam-tam des mots-mots. Les mots sacrés se désacralisent et les mots secrets se créent.

 

Le créant : Les mots, toujours les mots, vous m’agacez et si vous continuez comme ça, nous allons, comme on dit en venir aux mots.

 
Jacques Prévert, Imaginaires

Ce que j’écoutais, ce que je guettais, c’était les mots : car j’avais la passion des mots ; en secret, sur un petit carnet, j’en faisais une collection, comme d’autres font pour les timbres.
J’adorais grenade, fumée, bourru, vermoulu et surtout manivelle : et je me les répétais souvent, quand j’étais seul, pour le plaisir de les entendre.
 

Marcel Pagnol,La Gloire de mon père

 

Mon maître mot, c’était maman. Puis venaient ceux qui désignaient des objets ronds : œuf, pomme, lune, bille, orange, roue, plaisir de l’œil et de l’esprit. […] Ceux qui évoquaient la lumière et la chaleur : lampe, feu, soleil. Ceux de la nourriture : pain, lait, miel, omelette, lard, confiture, et de la tendresse, où Monete, réservée à Simone, m’était le plus cher. Je me délectais aussi des mots dont je ne connaissais pas le sens. Le soir avant le sommeil, je me les répétais en litanie : délire, conciliabule, mélancolie, ostensoir, crépuscule, équateur, baldaquin, suaire, arche, taciturne et j’en passe. Je me gardais bien d’en demander le sens car je leur en attribuais un ou plusieurs selon ma fantaisie. Quand je lus : « Les hirondelles sur le toit se tiennent des conciliabules », j’imaginais que ces oiseaux se réunissaient pour faire des concours de bulles de savon ou qu’ils tenaient des libellules dans leur bec.
 
 

Jeanne Cressange, La petite fille aux doigts tachés d’encre

 

 

Bien placés, bien choisis
Quelques mots font une poésie
 Les mots il suffit qu’on les aime
 Pour écrire un poème
 On sait toujours ce qu’on dit
  Lorsque naît la poésie
  Faut ensuite rechercher le thème
  Pour intituler le poème
  Mais d’autre fois on pleure on rit
  En écrivant la poésie
 Ça a toujours kékchose d’extrême
Un poème
 

Raymond Queneau, Bien placés, bien choisis, pour un art poétique in L’instant fatal, Gallimard

 

(Certains mots sont tellement élimés, distendus, que l’on peut voir le jour au travers. Immenses lieux communs, légers comme des nappes de brouillard – par cela même difficiles à manœuvrer. Mais ces hautes figures vidées, termes interchangeables, déjà prêts de passer dans le camp des signes algébriques, ne prenant un sens que par leur place et leur fonction, semblent propres à des combinaisons précises chaque fois que l’esprit touche au mystère de l’apparition et de l’évanouissement des objets.)

 

Jean Tardieu, Jours pétrifiés

 

 

 

Il faut se méfier des mots. Ils sont toujours trop beaux, trop rutilants et leur rythme vous entraîne, prêt à vous faire prendre un murmure pour une pensée.

 

Il faut tirer sur les mots sans cesse, de peur que ces trop bouillants coursiers ne s’emballent.

 

J’ai longtemps cherché les mots les plus simples, les plus usés, même les plus plats. Mais ce n’est pas encore cela : c’est leur juste assemblage qui compte.

 

Quiconque saurait le secret usage des mots de tous les jours aurait un pouvoir illimité, - et il ferait peur.

 

Jean Tardieu , Pages d’écritures



Elle ne dispose d'aucun souvenir même imaginaire, elle n'a aucune idée de cet inconnu. Mais ce qu'elle croit, c'est qu'elle devait y pénétrer, que c'était ce qu'il lui fallait faire, que ç'aurait été pour toujours, pour sa tête et pour son corps, leur plus grande douleur et leur plus grande joie confondues jusque dans leur définition devenue unique mais innommable faute d'un mot. J'aime à croire, comme je l'aime, que si Lol est silencieuse dans la vie c'est qu'elle a cru, l'espace d'un éclair, que ce mot pouvait exister. Faute de son existence, elle se tait. C'aurait été un mot-absence, un mot-trou, creusé en son centre d'un trou, de ce trou où tous les autres mots auraient été enterrés. On n'aurait pas pu le dire mais on aurait pu le faire résonner. Immense, sans fin, un gong vide, il aurait retenu ceux qui voulaient partir, il les aurait assourdis à tout autre vocable que lui-même, en une fois il les aurait nommés, eux, l'avenir et l'instant. Manquant, ce mot gâche tous les autres, les contamine, c'est aussi le chien mort de la plage en plein midi, ce trou de chair. Comment ont-ils été trouvés les autres ? Au décrochez-moi-ça de quelles aventures parallèles à celle de Lol V. Stein, étouffées dans l'oeuf, piétinées et des massacres, oh qu'il y en a, que d'inachèvements sanglants, le long des horizons, amoncelés, et parmi eux, ce mot qui n'existe pas, et pourtant est là : il vous attend au tournant du langage, il vous défie, il n'a jamais servi, de le soulever, et de le faire surgir hors de son royaume pércé de toute part à travers duquel s'écoule la mer et le sable, l'éternité du bal dans le cinéma de Lol V. Stein.

Marguerite Duras, Le ravissement de Lol V. Stein.

 

Aimer les mots. Aimer un mot, le répéter, s'en gargariser. Comme un peintre aime une ligne, une forme, une couleur.

Max Jacob


Il y a dans le mot, dans le verbe , quelque chose de sacré qui nous défend d'en faire un jeu de hasard. Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.
Baudelaire , in " Théophile Gautier "


Ce ne sont ni les hommes, ni les passions, encore moins les idées qui mènent le monde. Mais les mots, rien que les mots. Bruno Terrarech, La machine à écrire

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par christophe fétat publié dans : Divers et variés
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