Samedi 7 juin 2008
"Quand cesse-ton d'être la personne qu'on est et devient-on quelqu'un d'entièrement différent ? Qu'est-ce que cela vous fait ?"
Selon les cercles que nous cotoyons nous ne serons pas perçus de la même façon car inéluctablement nous n'y avons pas le même statut, le même rôle, la même place. Rares sont les personnes qui nous voient évoluer dans tous les milieux. Aussi les représentations vont bon train, y compris et peut-être surtout dans les transports amoureux. Prétendre connaître quelqu'un tient de la gageure car l'individu lui-même est souvent surpris de ses propres réactions devant certaines situations.
De même, lorsque l'on n'a pas vu quelqu'un depuis assez longtemps on oscille généralement entre deux surprises : celle provoquée par la permanence de certains traits physiques et de certains traits de caractère que les années écoulées ne semblent pas capables d'éroder et a contrario celle provoquée par la découverte de changements plus ou moins subtils, plus ou moins radicaux.
L'une comme l'autre sont susceptibles de nous rassurer comme de nous perturber car elles questionnent les souvenirs, les certitudes.
Le récit de vie d'Estelle Anlic devenue comédienne à succés sous le pseudonyme de Dawn Devayne ressemble à un parcours erratique dans un palais des glaces. Où se situe vraiment la personnalité de cette femme qu'avait épousée Ordo Tupikos ? Ce dernier ne l'avait d'ailleurs pas reconnue lorsqu'il avait vu ses films !
Après avoir constaté non sans ironie et cynisme comment son entourage modifie sa façon de l'interpeller depuis qu'un magazine a révélé qu'il avait convolé en injustes noces avec Estelle/Dawn alors qu'elle était encore mineure, ce banal marin qui par contre n'a pas bougé d'un iota va chercher à comprendre comment Estelle a pu se métamorphoser à ce point.
Au-delà de ses joues rondes qui ont fait place à des pommettes saillantes, il ne parvient pas à saisir ce qui a pu se passer pour qu'elle incarne à juste titre aujourd'hui pour des millions de spectateurs la quintessence de la sensualité et de la beauté. "Tout le monde a des fantasmes, mais ce n'est pas tout le monde qui jette sa personnalité réelle pour vivre dans le fantasme."
Comme de si de rien n'était, il redevient son amant après seize ans d'absence, l'accompagne sur les tournages, s'installe de fait dans la luxueuse maison de la star puis soudain est finalement implicitement convié à quitter les lieux et sa vie.
Pourquoi ? La réponse de Donald Westlake est à la fois simple et complexe. Comme l'évidence en somme.
Autre titre de Donald Westlake chroniqué sur muet comme un carpe diem :
Smoke
ajouter un commentaire
commentaires (4)
par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles
par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles



Commentaires