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Mardi 25 décembre 2007
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Suite à la lecture d'un extrait des écrits corsaires de Pasolini sur le blog de Flo Py Place assise numérotée et d'un poème de Pablo Neruda sur celui de Zab Beatus je suis allé rechercher un texte de Dino Buzzati qui va selon moi dans le même sens.

La mort physique est un phénomène éternel et au fond extrèmement banal. Mais il y a une autre mort, qui quelque fois est encore pire. L'abandon de la personnalité, le mimétisme par habitude, la capitulation devant le milieu, le renoncement à soi-même. Mais regarde un peu autour de toi. Mais parle avec les gens. Mais ne te rends-tu pas compte qu'au moins soixante pour cent d'entre eux sont morts ? Et le nombre augmente chaque année. Eteints, nivelés, asservis. Ils désirent tous la même chose, ils font le même discours, ils pensent tous la même chose, exactement la même. [...] Il y a aujourd'hui des nations entières qui ne sont  faites que de morts. Des centaines de millions de cadavres. Et ils travaillent, construisent, inventent, se donnent un mal terrible, sont heureux et contents. Mais ce sont de  pauvres morts. A l'exception d'une microcospique minorité qui leur fait faire ce qu'elle veut. Comme les zombies des Antilles, les cadavres rescussités par les sorciers et envoyés travailler aux champs.

Dino Buzzati , "Chez le médecin" in Nuits difficiles

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« Le centralisme fasciste n’a jamais réussi à faire ce qu’a fait le centralisme de la société de consommation », écrit Pasolini en 1973. « Le fascisme proposait un modèle, réactionnaire et monumental, qui est toutefois resté lettre morte. Les différentes cultures particulières (paysanne, prolétaire, ouvrière) ont continué à se conformer à leurs propres modèles antiques : la répression se limitait à obtenir des paysans, des prolétaires ou des ouvriers leur adhésion verbale. Aujourd’hui, en revanche, l’adhésion aux modèles imposés par le Centre est totale et sans conditions. Les modèles culturels réels sont reniés. L’abjuration est accomplie. On peut donc affirmer que la « tolérance » de l’idéologie hédoniste, défendue par le nouveau pouvoir, est la plus terrible des répressions de l’histoire humaine. Comment a-t-on pu exercer pareille répression ? A partir de deux révolutions, à l’intérieur de l’organisation bourgeoise : la révolution des infrastructures et la révolution du système des informations. Les routes, la motorisation, etc. ont désormais uni étroitement la périphérie au Centre en abolissant toute distance matérielle. Mais la révolution du système des informations a été plus radicale encore et décisive. Via la télévision, le Centre a assimilé, sur son modèle, le pays entier, ce pays qui était si contrasté et riche de cultures originales. Une œuvre d’homologation, destructrice de toute authenticité, a commencé. Le Centre a imposé - comme je disais - ses modèles : ces modèles sont ceux voulus par la nouvelle industrialisation, qui ne se contente plus de « l’homme-consommateur », mais qui prétend que les idéologies différentes de l’idéologie hédoniste de la consommation ne sont plus concevables. Un hédonisme néo-laïc, aveugle et oublieux de toutes les valeurs humanistes, aveugle et étranger aux sciences humaines. »

Ecrits Corsaires - Pier Paolo Pasolini


Il meurt lentement

celui qui ne voyage pas,

celui qui ne lit pas,

celui qui n’écoute pas de musique,

celui qui ne sait pas trouver

grâce à ses yeux.

Il meurt lentement

celui qui détruit son amour-propre,

celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement

celui qui devient esclave de l'habitude

refaisant tous les jours les mêmes chemins,

celui qui ne change jamais de repère,

Ne se risque jamais à changer la couleur

de ses vêtements

Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement

celui qui évite la passion

et son tourbillon d'émotions

celles qui redonnent la lumière dans les yeux

et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement

celui qui ne change pas de cap

lorsqu'il est malheureux

au travail ou en amour,

celui qui ne prend pas de risques

pour réaliser ses rêves,

celui qui, pas une seule fois dans sa vie,

n'a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!

Risque-toi aujourd'hui!

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement!

Ne te prive pas d'être heureux!

 

Pablo Neruda
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par christophe fétat publié dans : Divers et variés

Mardi 25 décembre 2007
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Il est coutume de dire de quelqu'un de particulèrement attirant qu'il a du chien. Dans Dormir au soleil Adolfo Bioy Casares poussait l'idée jusqu'à l'absurde. Bordenave et sa femme ont comme tous les couples parfois des différends. Néanmoins lorsque Diana est internée arbitrairement dans la clinique de l'étrange Reger Samaniego, il n'a de cesse de chercher à la faire sortir d'un établissement qui tient plus du chenil que la clinique.

S'il a du mal à comprendre la nature du traitement administré à sa jeune épouse, l'ancien employé de banque devenu horloger se félicite dans un premier temps du changement d'humeur de sa femme devenue plus calme, plus aimante. Mais peu à peu, il comprend qu'il existe un lien indicible entre une jeune chienne et sa femme, et en vient à regretter ses sautes d'humeur passées. Interné à son tour car le psychiatre estime à tort ou à raison qu'il est devenu le fruit pourri de leur couple, Bordenave apprend avec stupeur que Samaniego convaincu qu'il n'y a pas de meilleure cure de repos qu'une immersion dans l'animalité est parvenu à mettre au point une méthode pour transférer les âmes humaines dans un chien.

http://www.culture-sf.com/litterature/sf/pochettes/demain_les_chiens.jpg


La littérature fourmille de textes où le chien se voit lié à l'homme de façon inattendue. Des contes de science fiction du recueil Demain les chiens de Clifford D. Simak qui racontent aux jeunes chiots l'époque où les hommes et les cités existaient aux contes fantastiques de Dino Buzzati qui va jusqu'à imaginer un chien doté de la parole, un autre dont le flair repère les chefs d'oeuvre et enfin un dernier qui a vu Dieu (cf les recueils Le rêve de l'escalier et L'écroulement de la Baliverna).

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Dans K, son recueil le plus célèbre, Dino Buzatti présente une nouvelle Circé qui transforme ses amants en chiens. Une fois métamorphosés, ils n'en continuent pas moins à se battre pour obtenir ses caresses. Un texte qu'il serait d'ailleurs judicieux de mettre en rapport avec Un amour du même auteur car ce roman développe la thématique de l'apparente soumission amoureuse en en montrant toute la complexité. Toujours dans K Buzzati s'interroge sur la question du souvenir de l'être aimé et de la souffrance de l'avoir perdu au travers du regard que porte Nora sur le bulldog que lui avait offert son compagnon.

  http://membres.lycos.fr/merlintintin/literature/gd_chien_baskerville.gif

Dans une ambiance digne des brumes du Chien de Baskerville, sur fond de découverte de reliques, de théorie de physique quantique et de couples à la dérive, Marie Desplechin signe chaque saubresaut de la réalité par l'apparition d'une meute de chiens dont on ne sait pas vraiment à quel point ils pourraient être dangereux. Tous ceux qui les ont entrevus finissent par douter de ce qu'ils ont vu, de ce qu'ils ont vécu.

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Ainsi Aurélie qui raconte au compagnon de sa mère qui travaille dans un laboratoire de physique comment elle est passée d'une réalité où Damien l'agressait et mettait sa vie en danger tandis que les chiens apparaissaient sur les chemins de l'île à une autre où elle conversait en toute sécurité dans la cuisine du gîte avec le même Damien, cette fois amène et jovial, un rien dragueur. Damien a la même impression diffuse de cette double réalité mais ne sait pas non plus ce qui s'est véritabement passé. Sont-ils devenus fous, vivent-ils dans une réalité "incompatible avec celle que pratiquent la plupart de leurs contemporains" ou est-ce encore plus complexe que cela ?

http://www.booktroc.com/images_dvd/2/222995_09846_2.jpg

Amplement perturbée par la disparation de son mari, la narratrice de Naissance des fantômes de Marie Darrieussecq  s'imagine devenir un chien "la bouche ouverte et le poil lissé, une queue presque tangible battant dans [son] dos au rythme bien marqué des paroles" de sa meilleure amie venue la réconforter. Elle l' écoute fascinée "salivant toujours davantage, attendant quoi, un sucre, la promenade, qu'on [la] flatte du plat de la main." Elle essaie bien de japper un lapidaire "Ce n'est pas ça" mais seul son expression évoquant " le bon émerveillement d'un épagneul" fera marquer un temps d'arrêt. Une fois l'intarissable et envahissante amie partie,la narratrice se retrouve "totalement perdue, collée à genoux contre la porte, inerte et hors d'[elle], l'envie bestiale au ventre de hurler à la mort" car bien entendu  les consolations de Jacqueline ne l'ont pas soulagé des douleurs du vide bien au contraire,

Mais si vous ne devez en compulser qu'un seul je vous invite de nouveau à lire la courte nouvelle de Franck Pavloff Matin brun où les chiens deviennent le symbole d'une liberté à défendre.

Couverture du livre Matin brun de Franck Pavloff aux Editions Cheyne.

NB : expressions comportant le mot chien

- avoir du chien
- un chien de fusil
- dormir en chien de fusil
- un temps à ne pas mettre un chien dehors
- ne pas être chien avec quelqu'un
- réserver un chien de sa chienne à quelqu'un
- chien perdu sans collier
- chien policier
- chien d'aveugle
- chien gâleux
- chien pelé
- chien d'arrêt
- chien de chasse
- chien meilleur ami de l'homme
- chien méchant
- chien errant
- chien de berger
- chien de traineau
- qui veut tuer, noyer son chien l'accuse de la rage
- chien enragé
- chien de garde
- chien de race
- chien-loup
- meute, harde de chiens
- chien d'appartement
- chien de manchon (petit chien que l'on peut placer dans un manchon)
- pâtée pour chien
- museler un chien
- Combien pour le petit chien dans la vitrine ? (chanson)
- pedigree d'un chien
- les chiens aboient, la caravane passe
- se regarder en chiens de faïence
- recevoir quelqu'un comme un chien dans un jeu de quilles
- les chiens ne font pas des chats
- cela n'est pas fait pour les chiens
- le chien-chien à sa mémère
- ne pas attacher son chien avec des saucisses
- entre chien et loup
- un chien regarde bien un évêque
- avoir, éprouver un mal de chien
- métier, travail de chien
- chienne de vie
- humeur, caractère de chien
- nom d'un chien
- traiter quelqu'un comme un chien
- ah les chiens !
- quelle bande de chien !
- tuer quelqu'un comme un chien
- le chien du jeu de tarot
- chiendent
- chien-assis (lucarne en charpente pour éclairer un comble)
- les chiens de Pavlov

Pour lire un article sur le Rhinocéros dans la littérature cliquez ICI

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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Samedi 22 décembre 2007

Surtout connu pour avoir écrit Fight club, Chuck Palahniuk a axé la construction complexe de son second roman autour d'un style dont la principale caractérisque est le recours à la liste qui grime la litanie biblique et de deux idées maitresses : le détournement et le suicide.

A la façon d'un compte à rebours avant l'inéluctable crash du Boeing 747 qu'il vient de mettre en pilotage automatique après le saut en parachute du commandant de bord, la numérotation des pages de l'édition de poche démarre à 365 et celle des chapitres à 47 pour narrer comment Tender Branson en est venu à détourner pratiquement à l'insu de son plein gré cet avion.

Au fur et à mesure on apprend comment à
la suite d'une coquille dans la publication d'un article sur une ligne ouverte pour personnes désespérées, Tender Branson recevait régulièrement des appels d'individus au bord du suicide. Loin de les dissuader de mettre fin à leur vie, il les y encourageait le plus souvent.

Soucieux de ne pas tarir la source de ces appels qu'il trouvait plus distrayants que la télévision pour rompre la monotonie de sa vie, il prolongea ce détournement du besoin d'écoute en diffusant le plus largement possible après la parution d'un correctif dans le journal des autocollants noirs sur fond blanc qui proclament en gros caractères : Offrez-vous, offrez à votre vie une ultime chance. Appelez-moi à l'aide.

Tender Branson qui joue ainsi de manière perverse au démiurge avec les autres a lui-même paradoxalement pertépétuellement besoin de figures tutélaires pour lui indiquer quoi faire. Tout d'abord les anciens de la secte Creedish qui ont décidé de son destin dès sa prime enfance, puis, lorsqu'il fut en âge de sortir de la communauté, ses employeurs qui lui fixent d'interminables tâches ménagères, son assistante sociale du programme de suivi des survivants de la secte après les révélations sur les pratiques scandaleuses qui furent faites après le suicide collectif de la majeure partie de ses membres puis son agent qui va faire de lui la coqueluche des médias et enfin et surtout Fertilité Hollis capable de prévoir l'avenir qu'il rencontre sur la tombe de Trévor qu'il a poussé au suicide mais qui va néanmoins lui confier quelques unes de ses prévisions pour lui donner l'occasion d'assoir son statut de miraculé et de faiseur de miracle.

Détournement d'argent, détournement de transports amoureux, des symptômes de maladies mentales comme dans les films Je suis un cyborg ou Fight-club, détournements des codes religieux et du messianisme qui seront ensuite développés dans Choke le tout pour dénoncer avec un humour jubilatoire et provocateur une société consumériste et puritaniste qui croûle sous les publications pornographiques.

L'omniprésence du thème du suicide dans ce roman pourrait laisser penser que Le monde entier n'est qu'un désastre qui attend de se produire mais en creux on sent bien que Palahniuk cherche comme Jérôme Leroy à montrer que tout espoir n'est pas mort pour peu que l'on garde une sérieuse dose d'esprit critique pour briser les miroirs aux alouettes.

J'en veux pour preuve le pied de nez qu'il nous adresse mettant en évidence le thème de la survivance avec une  chute qui permet de comprendre pour peu que l'on soit attentif aux indices laissés dans le premier et dernier chapitres que Tender n'a aucunement l'intention de s'écraser avec l'avion.

Autre livre de Palahniuk chroniqué sur Muet comme un carpe diem : Choke
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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Dimanche 16 décembre 2007
Dans sa nouvelle L'homme bicentenaire Isaac Asimov retraçait la quête d'Andrew un robot au cerveau positronique qui était désireux de devenir humain. Conscient des réticences des humains, il sait faire preuve de patience et voir plusieurs générations d'hommes s'éteindre pour arriver à ses fins sans pour autant désobéir aux trois lois de la robotique :

1- Un robot ne peut pas nuire à un être humain ni, par son inaction, laisser un être humain en danger.
2- Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains sauf quand ces ordres sont en contradiction avec la Première Loi.
3- Un robot doit prendre soin de sa propre existence tant que ce soin n'entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi.


En effet, en devenant un expert des prothèses cybernétiques, il parvient ensuite à démontrer devant les tribunaux qu'un humain appareillé de tels dispositifs n'en est pas moins humain. Ce qui lui permet d'avancer qu'en dépit de son cerveau positronique, il est capable d'avoir des sentiments et est en droit de revendiquer la qualification d'être humain.

Dans son film Je suis un cyborg, Park Chan-Wook part de la situation diamétralement inverse mais au final il cherche lui aussi à cerner ce qui définit un être humain au travers d'une réflexion sur la norme.

http://www.parissi.com/interactif/op/ima/artop363CYBORG.jpg

Young-goon doit être internée dans un hôpital psychiatrique car sur son poste de travail elle vient de se taillader le poignet pour y placer des fils électriques qu'elle a reliés à une prise.

L'étymologie nous apprenant que le terme robot provient du tchèque robota qui signifie travail forcé, on pourrait penser de prime abord, que c'est la répétition infernale des mêmes gestes sur la chaîne de montage de postes de radios qui a provoqué l'hallucination auditive à la source de ce pétage de plomb.

En fait, tout comme les robots d'Isaac Asimov, Youg-goon obéit à des lois non seulement strictes mais obsessionnelles. Dans son cas celles-ci sont générées par sa schizophrénie qui la pousse à croire qu'elle est un cyborg qui peut communiquer avec les distributeurs de boissons et autres néons. Le Mental Research Institute de Palo Alto avait affirmé que le traitement de la schizophrénie ne devait pas se limiter au patient mais s'étendre aux relations familiales qui seraient sinon la cause du moins un des facteurs majeurs de maintiens des symptômes.

Le réalisateur coréen semble partager son avis puisqu'au fur et à mesure on comprend que la grand-mère de la jeune fille était elle-aussi schizophrène au grand dam de la mère de Youg-goon qui n'est guère plus stable tant elle est honteuse des délires de la vieille femme qui se prend pour une souris et consomme du navet mariné à longueur de journée. Aussi lorsque Young-goon fera son coming-out cybernétique, la réaction de sa mère qui lui enjoint de dissimuler aux autres ce qu'elle vient de lui confier sera le principal obstacle au traitement ultérieur de sa maladie mentale.

Cette omerta empêchera les psychiatres de comprendre pourquoi elle s'affaiblit de plus en plus à force de jeuner tant elle est persuadée qu'elle doit recharger ses batteries au sens propre en apposant ses doigts mouilés ou sa langue sur des piles.

Sa rencontre avec un autre aliéné qui ne se ballade jamais sans l'un de ses masques et porte une tenue qui fait penser à une grenouillère lui sauvera la vie car, motivé par un amour fou à plus d'un titre, il sera le seul à finir par trouver le moyen de l'amener à s'alimenter tout en respectant les lois rigides que leurs maladies respectives leur imposent. Un moyen à la mesure de sa propre folie qui n'a rien à envier à celui de Youg-goon puisque Il-soon pense éviter de disparaître en absorbant les symptômes des autres malades.


Cette romance à mi-chemin entre Vol au dessus d'un nid de coucou et Some voices est mâtinée d'un imaginaire loufouque qui doit beaucoup à Tim Burton de l'aveu même de Park Chan-wook. Le tout est mis à l'écran sur fond de couleurs acidulées en alternant les moments de descriptions cliniques de l'évolution de la maladie de Young-goon et les passages oniriques liés à ses hallucinations.

A l'instar des autres aliénés de l'hôpital tous aussi barrés les uns que les autres (un homme qui marche à reculon et qui s'excuse à tout va car il se croit responsable de tout ;un autre qui est convaincu d'avoir un élastique géant accroché à sa taille ;  une boulimique qui pense pouvoir voler en frottant ses chaussettes l'une contre l'autre ; etc.) nous suivons cette histoire d'amour pour (re)découvrir que derrière l'outrance de la folie il y a une inquiétante étrangeté que désarmorce néanmoins l'humour omniprésent comme le souligne le titre anglais : I'm a cyborg but that's OK.

Je suis un cyborg
est paradoxalement à la fois très loin de la violence de Old boy  et à la fois très proche car dans l'un et l'autre film il s'agit de cerner le sens à donner à l'existence, il s'agit de questionner la norme en profondeur un peu à la manière déstabilisante de Chuck Palahniuk. Les séances de thérapie de groupe, les parties de ping-pong dans la salle commune ou  les repas au réfectoire sont  autant d'occasions d'illustrer la difficulté à communiquer qui va de paire avec le besoin d'altérité.


Dans le prolongement de ce film je recommande de (re)lire La réalité de la réalité. Confusion, désinformation, communication de Paul Watzlawick dont je tire l'extrait suivant :


Nous avons vu qu'il est de la plus grande importance de savoir si notre réalité a ou non un ordre, et qu'il y a trois réponses possibles :
1- Elle n'a aucun ordre ; auquel cas la réalité est, dans la même mesure, confusion et chaos, la vie étant quant à elle un cauchemar psychotique.
2- Nous compensons notre état existentiel de désinformation en inventant un ordre, oublions que nous l'avons inventé, et l'éprouvons comme quelque chose qui se trouve "là autour" et que nous appelons réalité.
3- Il y a un ordre, qui est la créature de quelque Etre supérieur dont nous dépendons, quoiqu'il soit lui-même tout à fait indépendant de nous. La communication avec cet Etre devient donc pour l'homme le but le plus important.
La majorité d'entre nous parvient à ignorer la première possibilité. Mais aucun de nous ne peut éviter un certain penchant - si vague ou inconscient soiit-il - pour l'une ou autre des possibilités 2 et 3.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Dimanche 2 décembre 2007
http://culture.froggytest.com/modules/xoopsgallery/cache/albums/albuq24/chrysalis.jpg

Le clonage récent d'un singe est venu réactiver la polémique sur cette technique source de tous les espoirs selon les uns et de toutes les dérives selon les autres.

Dans La possibilité d'une ïle, Michel Houellebecq imaginait qu'une secte était parvenue à maîtriser dans un premier temps la conservation illimitée de l'ADN d'un individu puis par la suite son clonage grâce aux sommes récoltées auprès de ses richissismes adhérents.

Cette secte qui venait concurrencer pour bientôt les supplanter les religions monothéistes sur le terrain de l'espoir de l'immortalité finirait par réussir à  transférer la mémoire de l'individu originel à l'aide d'injection de l'hippocampe de l'organisme ancien et de processus d'apprentissage et de conditionnement des réseaux mémoriels pour donner naissance à des néo-humains.

Le scénario de Chrysalis fait de ce refus de la mort et de la recherche de palliatifs scientifiques à ce fondamental de la condition humaine les fils conducteurs du film. Ce long métrage a t-il été en partie inspiré de ce roman d'anticipation ?

http://accel15.mettre-put-idata.over-blog.com/0/08/39/13/une-ile-michel-houellebecq.jpg

Dans Chrysalis  la conservation du corps n'est pas obtenue par le clonage mais par la transformation d'une tierce personne par le biais de la chirurgie esthétique tandis que la conservation des souvenirs est garantie par une machine méphitique soustrait à la recherche militaire qui efface les souvenirs de l'hôte du moins jusqu'à un certain point pour lui en substituer d'autres.

ll peut s'agir d'une coïncidence mais je note que si dans La possibilité d'une île on suit les différents avatars de Daniel, humoriste grinçant, qui pose un regard très critique sur la quête du bonheur, c'est Albert Dupontel à l'humour si décalé, si violent, si cinglant de Bernie ou du créateur qui incarne le personnage principal de Chrysalis, David Hoffmann, flic atypique de la police européenne qui cherche sans relâche l'assassin de sa femme. 

Oui vraiment, réflexion faite, il n'est pas si étonnant que cela que Dupontel ait accepté de jouer avec Claude Perron dans ce film sombre à l'esthétique métallique et froide.

L'accumulation de scènes de combat et d'effets spéciaux finissent par lasser mais on suit néanmoins l'enquête d'Hoffmann avec intérêt dans ce futur inquiétant qui oscille entre le glauque et l'aseptisé.

Un monde où comme dans les romans de Jérôme Leroy , il est si difficile de faire son deuil. Un monde où les barbouzeries de la déraison d'Etat viennent s'opposer aux magouilles maffieuses au détriment des individus victimes des premières comme des secondes.

http://www.pointscommuns.com/img/film/338013.jpg

Un film où l'on se demande comme dans Eternal Sunshine of the spotless light de Michel Gondry s'il est opportun de se défaire des souvenirs qui nous torturent. Un film où l'on se demande comme dans le Château des Carpathes de Jules Verne ou dans l'invention du Docteur Morel d'Adolfo Bioy Casares jusqu'où l'on serait prêt à aller pour maintenir l'illusion de la présence de l'être aimé.

http://www.livre-po-cher.com/catalog/images/lgf/chateaucarpat.jpg               http://blogsimages.skynet.be/images_v2/000/058/330/20070318/dyn009_original_157_255_jpeg_58330_adfab7703111d14eed9d8ffc64ca13ed.jpg             http://blog.lignesdefuite.fr/public/images%20juillet07/leroy_fauteuil_voltaire.jpg
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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

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