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Dimanche 30 septembre 2007
Lorsque l'on met le holà on ferait bien de se demander où l'on a mis le bas, le vil car si la langue espagnole fait suivre holà de qué tal, la langue française ne le fait pas. A trop regarder de haut la personne à qui l'on met le holà on en oublie de se demander comment elle va.

Le plus souvent définie comme une injonction à l'autre de s'arrêter, de se modérer et une volonté de mettre fin, de mettre bon ordre à quelque chose, l'usage a perdu de vue un des sens figurés de l'expression "mettre le holà" sans qu'il soit suivi de "à" : mettre fin à une querelle, une bataille. D'où l'importance du dialogue.

Pour ce qui est de "Qué tal ?" Les deux vieilles et le temps représentés par Goya rappelleront si besoin était l'importance de cette question.

les vieilles.JPG (14346 octets)

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par christophe fétat publié dans : Divers et avarié

Samedi 22 septembre 2007

le DVD de 'Déjà Vu'
La sortie du dvd du film Déjà Vu ainsi que la nouvelle Abattez Karl Marx de Jérôme Leroy dans son recueil Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine où un nervi du régime totalitaire voyage dans le temps pour assassiner celui qui est la source de bon nombre des problèmes des dominants du futur pour tenter en vain de stopper les révoltes me conduisent à ressortir une chronique que j'avais écrite à la sortie du film pour un autre site :


L'Invention de Morel


La possibilité d’intervenir sur le passé ou le futur pour les modifier lorsqu’ils sont synonymes de catastrophes individuelles ou collectives est un thème récurrent de la science fiction depuis H. G. Wells. Du château des Carpathes de Jules Vernes à l’invention du docteur Morel de Bioy Casares une autre lignée de romans montrent des personnages qui cherchent à mettre le temps entre parenthèses pour le revivre indéfiniment. On donnera une place à part aux nouvelles concises mais incisives de Frédric Brown sur le paradoxe  temporel dans son recueil Lune de miel en enfer.



Le cinéma n’a pas été avare d’adaptations de ces textes cultes. Vous vous souvenez sans aucun doute du célèbre Dead zone inspiré par le roman du même nom de Stephen King où le personnage cherche à empêcher l’avènement d’un nouvel Hitler ou des maîtres du temps réalisé par René Laloux sur des dessins de Moebius inspiré par L’orphelin de Perdide de Stefan Wul où un vieux loup de l’espace aide un enfant qui s’avère être lui-même perdu sur une planète hostile.

 

Dead Zone


Plus récemment (au risque de tomber dans le Name dropping mais il s’agit de dresser une typologie de films) Total Recall avec Shwarzenegger, Eternal Sunshine avec Jim Carrey, Solaris avec Georges Clooney ou Paycheck avec Ben affleck avaient exploré le rapport avec le passé et la mémoire que l’on en a qu’il est toujours tentant de modifier pour mieux vivre son présent.

A la mi décembre est sorti Déjà vu réalisé par Tony Scott avec pour acteur principal Denzel Washington qui développe comme dans Minority report avec Tom Cruise l’idée que le gouvernement s’est doté d’une brigade policière spécifique pourvu d’un système d’observation du temps. Dans les deux films il s’agit d’arrêter les criminels avant qu’ils ne commettent leur délit en l’occurrence pour Déjà vu empêcher un attentat terroriste d’un extrémiste américain qui pousse le patriotisme jusqu’au délire sanguinaire.

Comme le dit Gérard Klein dans sa préface au volume de son anthologie de SF consacrée à cette thématique du voyage dans le temps (on la trouve encore parfois dans les vides greniers ou chez les bouquinistes). la tâche des réalisateurs ou des écrivains n’est pas simple car il s’agit de faciliter la « suspension volontaire de l’incrédulité » pour rendre ces bonds dans le passé vraisemblables.


Dans un cas comme dans l’autre finalement peu importe la validité des explications scientifiques avancées dans le film la magie de la fiction opère et décline très habilement les différents problèmes du paradoxe temporel. Peut-on changer le passé ? Voyager dans le passé ne revient-il pas à faire en sorte que ce qui est déjà arrivé puisse arriver ? Doit-on le changer lorsqu’on le peut ? Le happy end final inévitable dans une production hollywoodienne ne gâchera pas le plaisir de ce bon film d’action à caractère fantastique doublé d’une belle histoire d’amour où Denzel Washington montre s’il en est encore besoin qu’il est un acteur d’une très grande sensibilité. Ce film n’est certes pas un chef d’œuvre comme Mulholland Drive ou 2046 qui jonglent avec les cycles du temps avec une virtuosité déroutante mais vous passerez le temps de manière très agréable.

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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Jeudi 20 septembre 2007

leroy_fauteuil_voltaire.jpg

Il est rare que la lecture d'une quatrième de couverture suffise en soi à me donner envie de lire un roman. En effet, je considère souvent que le meilleur moyen de rentrer dans un livre est de parcourir au petit bonheur ses pages, quelques paragraphes, pour entendre si une mélodie, des thèmes, des images se dégagent cette lecture kaléïdoscopique.

 

Mais pour avoir lu bon nombre des romans et des recueils de Jérôme Leroy, force est de constater que l'extrait de la nouvelle éponyme de Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine placé au dos du livre a été particulièrement bien choisi. Il est tout à fait représentatif de la substantifique moëlle de la démarche littéraire de l'auteur :


«  - Mais vois-tu, il y a trente ans, quand j'étais petit garçon, si l'on m'avait dit que j'allais vivre dans un monde où l'on risque sa peau en mangeant, en se baignant, en faisant l'amour, un monde où il faut accepter de porter des masques certains jours, où la fête est devenue une obligation, un monde où l'on bombarde ses propres banlieues, où l'eau manque, où l'on ne peut plus jamais être seul sans avoir l'air suspect de maladie mentale, où vouloir faire un enfant à une femme en entrant en elle est devenu obscène, alors, tu vois, j'aurais dit à ce type que j'aimais bien la science-fiction, mais que, là, il y allait tout de même un peu fort. Qu'il n'était pas crédible... On supporte tout ça parce que ce n'est pas arrivé d'un seul coup, mais à doses homéopathiques, mois après mois, année après année. En fait, la catastrophe est lente, Agnès, terriblement lente. C'est une fin du monde au ralenti. Tu comprends ?
- Je crois que oui. Hélas, je crois que oui. »


L'inquiétante étrangeté du futur que nous annonce Jérôme Leroy livre après livre tient à ce que dans notre monde actuel se dégagent indubitablement des tendances lourdes qui vont dans ce sens. S'il n'en fallait que quelques exemples, citons les récentes polémiques autour de la volonté de dépister précocement les comportements asociaux des enfants ou la volonté d'utiliser les tests ADN pour tout et n'importe quoi, l'accentuation du fossé entre une hyperclasse de plus en plus riche et une population qui se paupérise de plus en plus.

 Pour masquer l'horreur du système qui se profile un peu plus près qu'à l'horizon, le romancier à l'instar des philosophes qui n'ont eu de cesse de l'inspirer, rappelle que les tenants du pouvoir falsifient la réalité pour soumettre l'humanité aux nouvelles conditions de vie.

 Ainsi on suivra dans ce recueil les enquêtes du commissaire Borgès qui en bon chien de garde interpelle, rééduque et si besoin élimine toutes les personnes qui sont susceptibles de porter atteinte aux intérêts des dominants : de l'arrestation d'une personne qui a cessé progressivement de consommer à l'assassinat de Karl Marx dans le passé, tous les moyens sont bons pour briser les révoltes et maintenir l'ordre établi.

 Mais le recueil présente également la folie furieuse de quelques individus que ce monde névrosé ne peut qu'engendrer tel ce propriétaire troublant de Flambée immobilière qui recrute ses locataires selon des critères interlopes ainsi que des personnages désinvoltes qui constituent à eux seuls des contrepouvoirs évidents comme ce séducteur d'Une sorcière dans la cuisine qui répète à l'envi qu'il est un vieux con et qu'un jour il faudra qu'il paye.

 Rajoutez à cela quelques anges, quelques fantômes et autres vampires, une énorme dose d'humour mâtinée d'ironie et vous aurez une petite idée de ce qui vous attend dans ce bijou de style d'un auteur au carrefour de Brown et d'Orwel qui ne cache pas ses sympathies pour le monde d'avant la chute du mur de Berlin et son intérêt pour Hugo Chavez sur le blog des moissonneuses à qui il dédicace ce livre.

Autres textes de Jérôme Leroy chroniqués sur Muet comme un carpe diem

Un été à Capone-les-bains

Comme dans un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine
Le cimetière des plaisirs

rendez-vous rue de la monnaie
Rêves de cristal, Arques 2064
Départementales
La grâce efficace
Une si douce apocalypse
Bref rapport sur une fugitive beautée

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par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Jérôme Leroy

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