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Samedi 29 mars 2008
http://ecx.images-amazon.com/images/I/51BGQK91WVL._AA240_.jpgDe prime abord , le rhinocéros décrit par  Jorge Zentner et Sergio Mora n'apparaît pas très sympathique en dépit de sa peau multicolore qui tranche sur le gris monochrome et monotone de tous les autres animaux. En effet,  il refuse catégoriquement de donner  quelques touches de ses couleurs aux animaux qui  viennent le lui demander pour réhausser leur pelage, leur plumage ou leurs écailles. Qui plus est,  il  le fait d'une  manière  condescendante et  blessante.

Néanmoins ce rhinocéros intrigue car en dépit de cette peau  chamarrée et chatoyante que tout le monde semble lui envier, il est perpétuellement malheureux. Ce qui semble un comble pour tous ces animaux  qui  sont  réduits  à accepter leur grisaille  à cause de son  avarice.

Kipling supputait dans l'un de ses contes que pour se venger d'un rhinocéros qui avait mangé son gâteau, un Parsi avait volé la peau du voleur pendant qu'il était parti se baigner. Il y incrusta une multitude de miettes  sèches et rêches ainsi que des groseilles brûlées.  Ce qui  valut  au rhinocéros d'être  toujours de méchante  humeur tant cela  le gratte depuis.

Mais dans le  rêve  du rhinocéros  si l'animal est malheureux c'est parce qu'il n'a pas d'ami. La nuit portant conseil comme on dit, il réalise durant son sommeil qu'il serait bien plus heureux s'il partageait ses couleurs pour répandre le bonheur autour de lui quitte à devenir gris. La fable paraît jolie, mais on peut s'interroger un peu plus longtemps sur l'interprétation que l'on peut en donner.


Rhinoc--ros-de-D--rer.pngEn dernière instance, pour ma part, j'ai envie de renvoyer dos à dos les animaux gris et le rhinocéros de toutes les couleurs dans un débat dialectique car à tout prendre  qu'est-ce qui est le mieux ?  Un monde où tout le monde est de la même couleur  pour gommer les différences et éviter les conflits comme dans l'album  le nuage bleu de Tomi Ungerer ou un  monde où les couleurs jaillissent  pour  en finir  avec le gris comme dans le Magicien des couleurs d'Arnold Lobel ?


Les amateurs de théâtre, quant à eux, repenseront à l'acte final de la pièce de Ionesco portant le nom de cet animal imposant où Béranger envie lui aussi la couleur et la robustesse du rhinocéros mais décide néanmoins d'assumer son humanité telle qu'elle est et se refuse à céder aux sirènes du conditionnement qui gagne ses compagnons.

Contrairement aux autres personnages de Rhinocéros, Béranger n'a pas été atteint par la rhinocérite qui transforme les humains en ces mastodontes à cornes qui symbolisent pour Eugène Ionesco le totalitarisme.

" Malheur à celui qui veut garder son originalité !
Eh, bien tant pis ! Je me défendrai contre tout le monde ! [ ....]
Contre tout le monde, je me défendrai !
Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu'au bout !
Je ne capitule pas !
".

http://www.bedetheque.com/thb_couv/NuageBleuLe.jpghttp://lacatapulte.viabloga.com/images/lemagiciendescouleurs.jpghttp://etoiledemer.canalblog.com/images/t-rhinoceros.jpg

Pour lire un article sur le rhinocéros dans l'art de Dürer à Dali cliquez ICI

Pour lire une histoire d'hippopotame qui n'en est pas un cliquez ICI

Pour lire un article sur le chien dans la littérature cliquez ICI
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par christophe fétat publié dans : Chronique de littérature de jeunesse

Dimanche 23 mars 2008
http://www.librairiedialogues.fr/img_articles/livres/9782290001721_s.jpg

Pourquoi est-ce que le flux ininterrompu de voitures se réduit subrepticement comme peau de chagrin sur cette autoroute ?
Pourquoi est-ce qu'un employé du péage, un gendarme et un cuisinier du restaurant de l'aire voisine demeurent fidèles à leur poste alors que pratiquement plus personne ne passe par ici ?
Pourquoi est-ce qu'un jeune couple de surfers plante sa tente dans la pelouse située à proximité de ce même poste de péage ?
Pourquoi cette femme sans un sou s'entête-t-elle à prendre l'autoroute tous les jours ?
Pourquoi les voleurs du célèbre tableau Le cri d'Edvar  Munch l'ont-ils abandonné dans le coffre de leur voiture ?

"La vue que [nous] propose le hasard ne varie pas beaucoup, entre l'autoroute dans un sens ou dans l'autre et la barrière de péage. Pourtant [nous avons] l'impression d'être à un point stratégique, à un pivot du monde. Il est des lieux d'apparence anodine, qui touchent secrètement un nerf vital, qui sont en vérité une cote privilégié de la vastitude."

Fable ubuesque absurde qui provoque l'hilarité ou réflexions graves sur la condition humaine ramenée à une sorte d'acouphène lancinant ? Dans Le cri  comme dans Il est des nôtres, Laurent Graff excelle à faire surgir  de la banalité l'inquiétude, l'étrangeté, le mystère. Une écriture tendue comme un fil du rasoir prêt à trancher dans le vif du réel que vous teniez pourtant à l'oeil.

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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Mercredi 12 mars 2008
L'image “http://images.comicbookresources.com/news/sinclair_arrowsmith6_page23.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Demandez-vous ce que pourrait donner le croisement improbable entre des comics de superhéros et les aventures d'Adèle Blansec de Tardi et vous aurez une petite idée du contenu de la bande dessinée Arrowsmith. Initialement publiées en volumes distincts, les aventures de Fletcher Arrowmith au sein de l'unité d'élite aérienne ont été regroupées dans une intégrale en 2005 par les éditions USA.

La propagande américaine avait lancé le concept de "frappes chirurgicales" lors de cette guerre du golfe qui avait des reflets d'argent. Il va sans dire mais cela va mieux en le disant, ces bombardements qui n'étaient censés toucher que des cibles militaires, avaient inévitablement fait des dégâts collatéraux et des victimes civiles. Les guerres propres n'existent pas. Une consultation même épisodique de l'actualité de l'un ou l'autre des continents suffit amplement à le prouver.

La lecture des aventures de Fletcher Arrowsmith permet néanmoins une piqûre de rappel de cette triste évidence. Le scénario efficace de Kurt Busiek transplante la guerre de 14-18 avec de nombreux clins d'oeil au conflit mondial qui a suivi dans un monde de magie où le nom de chaque nation a été latinisé mais ne laisse pas le moindre doute sur les pays dont l'auteur s'inspire ; dans un monde où chaque belligérant n'a de cesse de mettre au point un nouveau sort industriel susceptible  de lui faire prendre l'avantage sur son adversaire.

Dans cette course à l'armement surnaturel où la "brume vorace" qui transforme les hommes en bêtes sanguinaires remplace le gaz moutarde et où le bombardement de salamandres de feu n'est pas sans évoquer la bombe atomique, la barbarie l'emporte vite sur les idéaux affichés par l'un et l'autre camp.

Le jeune Fletcher quitte son Cunecticut natal, la fleur à l'arbalète Prana pour rejoindre le front européen. Il devient rapidement un expert dans le lancer de sorts de vol qui le lie à son dragonnet par le biais de ses guêtres confectionnées à partir de la peau perdue par la mère à la naissance de ce dernier. Mais dans le même temps, il ouvre les yeux sur les réalités du conflit : "Trop de funérailles. Trop de gens des deux côtés qui meurent pour ce qu'ils croient. Et qui font des choses qu'ils n'auraient jamais imaginé."

Une bande dessinée à lire d'urgence pour éviter que l'âge des casernes ne nous ramène à l'âge des cavernes.

NB : le hasard veut que je publie cette chronique le jour du décès du dernier "poilu" Lazare Ponticelli, immigré italien, qui s'était engagé dans la légion étrangère à 16 ans en août 1914.  Espérons que, désormais qu'il n'y a plus de témoin direct de cette guerre qui devait être la der des ders, cela ne donne pas la tentation à certains politiciens prompts à chercher à donner une version officielle  de l'histoire de revoir la présentation de cette boucherie.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de bande dessinée

Jeudi 6 mars 2008



Voilà une bande dessinée qui sort de l'ordinaire.

Un graphisme qui fait tantôt penser aux albums de jeunesse par un côté faussement enfantin tantôt aux toiles  d'Otto Dix pour le côté
torturé. Une colorisation qui erre comme une âme en peine entre le gris, le noir et le bleu qui viendrait hanter aussi bien les auteurs que les lecteurs. Des textes qui donnent tour à tour la parole à une femme de trente ans qui raconte son enfance et son entrée dans la vie d'adulte puis à son père qui revient lui aussi sur ses jeunes années.

Le tout pour servir un projet étonnant : proposer un récit en partie autobiographique de la réconciliation d'une fille avec le père dont elle a longtemps souhaité la mort pour essayer de dégager quelques universaux sur la difficulté de grandir, de pardonner, de faire tomber les masques, d'éviter les pièges de la violence sous toutes ses formes du huis clos familial à la geste sociale pour tendre pratiquement à la géopolitique.

Les secrets de famille, les peurs et fantasmagories de l'enfance malmenée voire maltraitée, le chaos de l'adolescence suicidaire ou nihiliste, les remugles de l'histoire, les inégalités criantes, Théa et Charles Rojzman respectivement artiste-peintre et fondateur de la thérapie sociale, ne nous épargnent rien mais on comprend vite que c'est pour notre bien à tous du moins pour peu que nous aspirions à changer un peu le monde !


Le blog de  "La réconciliation" propose une revue de presse et quelques planches de la bande dessinée. Cliquez ICI
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par christophe fétat publié dans : Chronique de bande dessinée

Samedi 1 mars 2008



Pour tout dire le style de dessins de Manu Larcenet n'est vraiment pas ma tasse thé car à force de lire des comics j'ai souvent du mal à apprécier autre chose ce qui est bien dommage . Sans les conseils avisés d'un couple d'amis, il est fort probable que je serais passé à côté du Combat ordinaire et du Retour à la terre qui font aujourd'hui partie de mon panthéon. Les textes mais également les dessins de ces deux séries m'ont tout à tour fait rire à gorge déployée ou plongé dans une réflexion durable sur les relations humaines.

Les mêmes amis viennent de me prêter le premier volume du sens de la vis. Cette fois Emmanuel Larcenet abandonne les cases, ces "petites maisons en bambou qui empêchent le vent harmonieux de souffler sur [la] page" et propose avec son complice Jean-Yves Ferri de découvrir la teneur des échanges entre Demi-lune et son maître spirituel en pleines pages.

Demi-lune, dessinateur qui arbore fièrement toge et casquette, se décide après une dernière bière sur le zinc d'aller exposer à la critique du philosophe oriental ses derniers croquis. En fait de critiques, le maître se cantonne le plus souvent entre deux citations du Dalai Lama à poser des questions tantôt naïves tantôt décalées à son disciple afin qu'il commente lui-même ses productions. Rien d'étonnant finalement quand on connaît le point de vue de Manu Larcenet sur la critique "La critique est un concept assez étrange : des gens disent à d'autres ce qu'ils ont lu et s'ils ont aimé ou pas. C'est leur boulot, je n'aimerais pas faire ça."

Les réponses de Demi-lune oscillent entre l'absurde et le récit de vie tandis que les rares véritables commentaires de son maître montrent tantôt son incompréhension tantôt son empathie. Le plus souvent les échanges sont drôlissimes car à force de se vouloir profonds ils virent au creux et hors de propos comme ce dialogue surréaliste autour du bassin des carpes ou de la recherche d'une vis nécessaire au montage du banc Ikéa sur lequel ils devisent et méditent.

Ce sens de la vis me rappelle cette photographie de Man Ray qui fait un clin d'oeil à Magritte où l'on doit se rapprocher pour s'apercevoir que la queue de la pomme est en fait une vis. Comprenne qui pourra ou voudra.

Pour lire une biographie de  Manu Larcenet cliquez ici et

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par christophe fétat publié dans : Chronique de bande dessinée

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