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Mercredi 27 février 2008
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Décidemment la  bibliothèque de mon quartier recèle  bien des perles  !  J'avais découvert il y a quelques temps la grammaire impertinente de Jean-Louis Fournier qui tout en égrenant  les règles grammaticales de façon rigoureuse  multipliait les exemples croquignolets !

Des exemples qui auraient difficilement voix au chapitre dans les salles de classe où le politiquement correct sévit le plus souvent par la force des choses (ou de l'habitude ?) . Je ris encore des pages consacrées à la conjugaison du verbe choir où une note laminaire et lapidaire mais ô combien pertinente conseillait aux jeunes gens de préférer le verbe "se casser la gueule" moins désuet à l'archaïque verbe choir et surtout bien plus simple d'emploi.

Depuis, j'ai lu Les mots des riches, les mots des pauvres qui écorne, au moyen d'une plume trempée dans le vitriol des trop pleins,  les travers des riches et en particulier des nouveaux riches tout en décrivant quelques réalités du quart monde.

Les titres des chapitres donnent le ton en proposant à la manière des exercices de style de Raymond Queneau la traduction pour le prolétariat de certains termes courants chez les classes privilégiées : "Cachemire, en pauvre se dit acrylique" ; "Foie gras, en pauvre se dit pâté de foie" ;  "Gagner, en pauvre se dit rêver" ;  "Chambre d'amis, en pauvre se dit canapé convertible"

Jean-Louis Fournier passe en revue la suffisance, la pingrerie et les prétentions de cette élite financière qui est loin d'être l'élite de la compassion, de la solidarité et de l'intégrité.

Certains trouveront que l'auteur force le trait jusqu'à la caricature mais ils devraient revoir leur jugement  au regard de l'actualité où la droite décomplexée prône un retour de la morale à l'école primaire tandis qu'elle semble atteinte du syndrôme de Tourette et n'hésite pas à multiplier les noms d'oiseaux lorsqu'elle parle de ses adversaires politiques du tocard de Panafieu lancé à Bertrand Delanöé aux cloportes de Coppé adressés aux militants de gauche en passant par la pétasse de Devedjian crachée à propos d'Anne-Marie Comparini.

Quand à Sarkozy qui donne des leçons de self control à Ségolène Royal lorsqu'elle s'emporte lors de leur débat télévisé des présidentielles, on n'oublie pas ses racailles. La polémique autour de la vidéo de son échange avec un visiteur du salon de l'agriculture qui refusait de lui serrer la main diffusée par le Parisien laisse songeur.

De même quand l'ancien directeur de cabinet de la ministre du logement veut faire la chasse aux fraudeurs alors qu'il sous-loue un logement HLM de très grande surface ou quand un député UMP qui signe un texte pour la création d'une commission sur la fraude sociale alors que lui-même continue à percevoir 1500 euros des assedic non sans cumuler les émoluments de député et de maire pour près de 10000 euros, on mesure que la caricature de Fournier est bon enfant finalement !


Je conclurai avec une courte citation de ce recueil désopilant mais qui vous fera néanmoins grincer des dents tant il met le doigt sur des comportements condescendants :

"Quand un pauvre est con, il le sait. Tout le monde le lui dit. Quand un riche est con, il ne le sait pas. Personne n'ose le lui dire."

Ceux qui trouvent que la lutte des classes est ringarde feraient bien de revoir leur jugement et de venir crier avec l'enfant du conte que l'empereur est nu ! Au-delà des mots grossiers de la majorité présidentielle il aurait fallu que l'on se préoccupasse des maux de la population !

J’ai longtemps cherché les mots les plus simples, les plus usés, même les plus plats.
Mais ce n’est pas encore cela : c’est leur juste assemblage qui compte.

Quiconque saurait le secret usage des mots de tous les jours aurait un pouvoir illimité, - et il ferait peur.

 Jean Tardieu , Pages d’écritures 

Pour lire d'autres citations sur le pouvoir des mots cliquez ICI


NB début mars :
François m'a fait parvenir la référence d'un autre titre sur les mots et leur emploi distinct selon les milieux :

"Cher Christophe, je viens de lire "Les Ruskofs" de Cavana, j'y retrouve des
préoccupations proches des tiennes  : un jeune ouvrier français avec le
certificat d'étude se trouve embringuer dans le STO dans une usine de Berlin
entre 1943 et 1945. Pour les beaux yeux d'une ouvrière russe et son coeur
charmant il se met au langues étrangères (le russe et l'allemand) et découvre
l'existence des "cas"  accusatif, datif etc... Après consultation d'interprètes
surtout dans le contexte historique plus ou moins foireux, il découvre qu'il y a
2 grammaires : l'une pour les pauvres (on parle de complément d'objet direct),
l'autre pour les riches (on  parle alors d'accusatif).
Voili Voilou sommes nous si loin de ces fossés culturels ?
"

NB du  9 avril : Almaterra poursuit la démarche de Jean-Louis Fournier et propose de nouvelles associations qui pourraient devenir les titres de nouveaux chapitres. Pour les découvrir cliquez ICI
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par christophe fétat publié dans : Lire l'actualité

Mardi 19 février 2008

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Les questions de sécurité ont longtemps mis mal à l'aise les militants de gauche. En effet, leurs valeurs les poussent plutôt à rechercher des alternatives à l'enfermement carcéral ou psychiatrique, à préférer  la prévention et l'éducation aux mesures liberticides et répressives.

Partant du principe que seule la vérité est révolutionnaire, Thierry Jonquet s'attaque donc à un tabou en délaissant la fiction pour le réel et en choisissant dans Jours tranquilles à Belleville de raconter par le menu l'ensemble des trafics, incivilités et nuisances en tout genre qui ont peu à peu dégradé la vie de son quartier et comment il en est venu à dénoncer à la police un revendeur de drogue qui opérait sous ses fenêtres.

Certains lui ont reproché de crier avec les loups et de ne pas évoquer suffisamment  l'action sur le terrain de nombreux bénévoles qui cherchent par leur engagement militant à améliorer la situation. Thierry Jonquet est-il comme le prétendait le sociologue Michel Wiervorka " typique de ces couches moyennes éduquées qui n'ont pas chuté dans le chômage et l'exclusion, mais qui vivent dans un sentiment d'abandon et de décadence, dans un environnement où l'on se sent étranger et où la combinaison des effets de l'exclusion et de l'ethnicisation des rapports sociaux exacerbe la peur, le sentiment d'insécurité." ?

Le problème est que ce sentiment d'insécurité est partagé par bon nombre de nos concitoyens qui ont placé Jean-Marie Lepen au second tour des présidentielles de 2002 et ont élu Nicolas Sarkozy. Néanmoins Thierry Jonquet ne cède pas à une tentation poujadiste, il dresse un état des lieux. Il ne donne certes aucune solution mais il n'est pas dupe et n'ignore pas que les causes réelles de cette gabegie sont à rechercher dans les inégalités sociales criantes.

Par contre il refuse l'angélisme de certains qui se cachent derrière des slogans et l'hypocrisie d'autres électeurs de gauche qui ne jouent pas le jeu de la mixité sociale et font flèche de tout bois pour éviter à leur progéniture la promiscuité avec cette population qu'ils prétendent représenter et défendre.

Je finirai avec une anecdote récente qui m'est arrivée début février. Prenant l'air dans un jardin public proche de mon domicile, j'observais quelques policiers en train de dialoguer avec une dizaine d'adolescents et de jeunes adultes tout en contrôlant leur identité. Ces derniers étaient en ce début d'après-midi particulièrement éméchés et multipliaient les provocations. Ils venaient de prendre "l'apéro" assis sur les bancs. Autour d'eux les cadavres de bouteilles cassées s'étaient accumulés.

Après leur départ, je me suis installé pour lire sur un de ces bancs non sans avoir ramassé au préalable et jetté à la poubelle les tessons de bouteilles qui jonchaient le sol pour éviter qu'un des enfants qui jouaient aux alentours ne se blesse. Je repensais à l'essai de Thierry Jonquet lu quelques temps auparavant tout en me souvenant de la quantité de fois ces dernières années où je me suis évertué à lutter contre les incivilités sans recourir aux forces de l'ordre comme venait de le faire le voisinage de ce jardin public. Inviter tel groupe à laisser les petits accéder aux toboggans plutôt que de fuir l'endroit, reprendre des adolescents de moins de quinze ans qui tenaient des propos salaces à une mère de famille accompagnée de ses enfants ou d'autres qui se réjouisaient de façon tonitruante de la chute d'une quadragénaire sur une poussette, convier un jeune mélomane à baisser le volume de son baladeur qu'il confondait ouvertement avec une chaîne hifi, rappeler à un jeune cycliste le sens de la circulation dans une rue à sens unique, etc... Mais franchement de quoi je me mêle me direz-vous ? Après tout n'est-ce pas le rôle de la police ?

A chaque fois ce qui me mettait le plus en colère ce n'est pas l'attitude de ces trublions juvéniles mais l'incapacité des adultes qui les entouraient à réagir pour leur marquer des limites. J'étais scandalisé par la veulerie de ces parents qui fuyaient le parc avec leurs enfants ou de ces usagers des transports en commun qui préféraient se recroqueviller sur eux-mêmes plutôt que de ramener au calme quelques gamins perturbateurs qui du coup développaient de fait un sentiment d'impunité.  Certes l'actualité fait régulièrement état de faits divers gravissimes où un simple regard désapprobateur a valu des coups plus ou moins graves voire encore pire. Le quotidien est souvent pesant et on est tenté d'acheter sa paix en se cachant derrière son petit doigt tout en pestant contre la délitement du lien social.

J'en reviens à mon banc. Une demi-heure après leur départ, le groupe d'adolescents et de jeunes adultes est revenu dans le jardin public. Encore dans les brumes de l'alcool, l'un d'entre eux est venu me parler pour me demander si j'étais venu avec mes enfants. S'en est suivie une discussion sur sa difficulé à accepter d'être séparé, de ne plus pouvoir voir tous les jours sa petite fille et son besoin de boire avec ses amis pour oublier. Ainsi, derrière le fauteur de trouble il y avait un individu de 21 ans mal dans sa peau.

D'autres chroniques sur les textes de Thierry Jonquet sur Muet comme un carpe diem :

La folle aventures des bleus

Moloch, Comédia, Mon vieux, Les orpailleurs

Le bal des débris

Ils sont votre épouvante vous êtes leur crainte

Mygale

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par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Thierry Jonquet

Dimanche 17 février 2008


Je profite d'une accalmie dans les migraines à répétition qui me mettent au supplice depuis quelques semaines pour m'atteler enfin à la rédaction d'une chronique sur un recueil de nouvelles de science-fiction découvert par hasard lors d'un de mes derniers passages à la bibliothèque de Lille Fives.

Les sciences et leurs applications technologiques prennent de plus en plus de place dans notre quotidien. A tel point qu'il est de plus plus complexe pour le citoyen lambda d'en appréhender les tenants et les aboutissants, les risques et les avantages. Comment parvenir à ne céder ni à la tentation frileuse et rétrograde d'une décroissance absolue qui nierait les atouts indéniables du progrès dans bien des domaines ni à celle non moins risquée d'une confiance aveugle dans la fuite en avant de la modernité instrumentalisée par les multinationales avides de profits au grand dam de la société civile qui cherche à imposer la prise en compte de l'utilité sociale et du développement durable.

Les textes d'anticipation trop longtemps déconsidérés par les cercles littéraires ont pourtant depuis longtemps contribué à éclairer les zones d'ombre de cette science diffuse dont on promet l'innocuité ou de ces mathématiques si difficiles à déchiffrer.

Chaque jour l'actualité montre que l'une comme l'autre ne sont que des outils qu'il appartient à l'humanité de tailler selon ses besoins en prenant soin de trier le bon grain de l'ivraie sans croire aux mensonges éhontés des élites politiques et économiques qui font s'arrêter les nuages radioactifs aux frontières ou les OGM aux seules limites des lieux d'expérimentation.

C'est pourquoi la lecture difficile mais stimulante des nouvelles de Greg Egan compilées par les éditions Bélial sous le titre trompeur de Radieux fournira aux lecteurs opiniâtres de quoi nourrir leur réflexion sur toutes ces questions on ne peut plus contemporaines. Puisse la  rapide esquisse qui suit vous donner l'envie d'aller le vérifier par vous même.

A l'abri dans leur territoire inexpugnable composé d'espèces végétales génétiquement modifiées immunisées contre toutes attaques de défoliants, de toxines chimiques envisagées par les autorités, les cartels maffieux investissent massivement dans les biotechnologies car les vieilles substances addictives sont devenues trop facilement synthétisables. Pour fournir sans cesse de la nouveauté aux adolescents qui raffolent trouver de quoi modifier leur neurochimie à volonté en s'injectant directement dans la moelle osseuse des rétrovirus, les barons de la drogue n'hésitent pas à débaucher les meilleurs chercheurs. Mais ce qu'a mis au point Gullermo Largo est encore plus sensible qu'il n'y paraît puisque sa dernière création donne accès au contrôle de l'identité.

Lorsque la généalogie s'associe à la génétique et à la physique quantique pour mettre à jour des ancêtres communs au plus grand nombre est-ce de nature à permettre de tendre à la disparition des clivages et  à l'universalité ou au contraire est-ce que cela ne risque pas de mettre de l'huile sur le feu dévorant de toutes les formes de racisme ?

Que se passerait-il si des théorèmes mathématiques si simples qu'ils semblent irrécusables se révélaient incertains lorsque l'on les emploie avec des nombres plus grands que celui des particules de notre galaxie ?

Si la recherche médicale parvenait à renforcer les barrières placentaires pour éviter aux foetus d'être exposés aux virus, aux toxines, aux produits pharmaceutiques et autres drogues plus ou moins licites de prime abord on ne pourrait que s'en féliciter mais cette volonté affichée de protéger l'enfant à venir ne dissimule-t-elle pas des buts bien moins avouables ?


La numérisation globale des forêts neuronales d'un individu pour les transférer dans un robot inoxydable permettra-t-elle à l'humanité vieillissante d'échapper à la dégradation inéluctable du corps ?

Sommes-nous plus à même que par le passé d'échapper aux peurs irrationnelles provoquées par les grandes pandémies et aux inévitables tentations de récuparation mystique de ces fléaux ?

Pourquoi diable a-t-on volé cette icône de Notre dame de Tchernobyl qui pourtant d'un point de vue artistique n'a vraiment rien d'exceptionnel ?

Que retirerions-nous d'une plongée abyssale dans un trou noir ?


Avec un style qui fait la part plus belle aux disgressions scientifiques et qui passe par contre trop souvent à mon goût sur les implications politiques, Greg Egan rejoint néanmoins bien souvent les thématiques de Jérôme Leroy dont j'ai souvent parlé ici. Un auteur australien à découvrir en tout cas.

Pour lire une autre chronique sur ce recueil consultez le site du cafard cosmique

Autre recueil de nouvelles de Greg Egan chroniqué sur Muet comme un carpe diem :
Axiomatique "Lumière des évènements"
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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

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