Profil

  • : christophe fétat
  • muet-comme-un-carpe-diem
  • : Homme
  • : 21/08/1969
  • : France Nord Lille
  • : Célibataire
  • : Qui je suis ? Je ne suis ni la mode ni le guide pas plus que je ne suis la trace ou le mouvement et encore moins un régime. Je préfère être.

Présentation

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Combien ?


Dimanche 20 janvier 2008



Pour ma part sport appelle sporadiquement. Je n'en pratique pas et je ne lis donc aucun journal spécialisé. Par contre, je m'interroge sur la place du sport dans notre société et son instrumentalisation économique et politique.

La recrudescence des violences conjugales durant la retransmission de la coupe du monde  de football ou  le  développement des maisons closes en Allemagne avec  leurs conséquences  pour nombre de femmes  autour  de la dernière édition ont de quoi nous interroger sur  l'imaginaire  de quelques-uns des supporters. De  même que les cris de singe  de certains Tiffosi lorsque des joueurs noirs avaient la balle sans parler de leurs bras tendus.

On m'opposera à juste titre que les amateurs de football ne sont pas tous, loin de là et heureusement, des maris violents ou des fascistes. Pour bon nombre de personnes effectivement, le football est avant tout une fête, un moyen convivial de retrouver leurs amis autour d'une passion commune. Mais le football n'est-il pas également un moyen pratique pour les politiciens de canaliser l'attention de la population pour qu'elle évite de se pencher sur d'autres thèmes.

Si les librairies regorgent de livres de témoignages ou d'enquêtes sur ce sport et ses personnalités, je ne connais en revanche que très peu de textes littéraires à ce sujet.
 
http://www.lelitteraire.com/IMG/jpg/jouerjuste_affiche.jpg

En dehors de Jouer juste de François Bégaudeau qui utilise la métaphore footballistique pour évoquer avec un humour qui fait froid dans le dos les offres et les affres amoureuses je n'ai trouvé que La folle aventure des bleus.... de Thierry Jonquet. Cette nouvelle "sportive" est l'occasion pour lui de poser encore une fois son regard social acéré avec un personnage principal qui n'est pas sans rappeler Charlie dans Moloch ou Daniel Tessandier dans Mon vieux.

http://medias.fluctuat.net/livres/11/1131-medium.jpg

Aux lendemains de la victoire de l'équipe de France en finale de la coupe du monde de 1998, Adrien perd son emploi de magasinier qui lui permettait de "surnager avec un minimum de dignité dans l'océan tourmenté de l'économie mondiale". La décision de fonds de pensions américains d'éjecter de leur organigramme la petite entreprise de métallurgie où il travaillait va signer pour ce passionné du ballon rond le début de la descente aux enfers de la précarité.

Lorsque tombe le couperet de la fin du versement de ses allocations chômage, Adrien n'en finit pas  "d'encaisser les buts, comme un goal qui aurait perdu tous ses moyens et devrait assumer défaite sur défaite, alors que les joueurs adverses ne respectaient plus aucune des règles du jeu."

Quatre ans après le 3-0 contre le Brésil, la nouvelle coupe du monde en Corée lui permet d'espérer oublier un temps la perte de son logement qui le contraint au mieux à dormir dans le hall des immeubles dont il a obtenu le digicode contre quelques euros au pire sur la grille d'évacuation du métro.

Son quotidien se résume à la quête du moindre sou en clamant maladroitement des poèmes devant des usagers de la RATP blasés ou en déchargeant la camelote des marchands forains. Le tout pour glaner de quoi compléter son RMI réduit à peau de chagrin par le  versement de la pension alimentaire pour ses deux filles et des mensualités de ses dettes de jeux au Gros Serge.

Lorsque son ami unijambiste Rajko lui propose d'aller cambrioler le chantier d'une maison bourgeoise pour y récuperer un important lot d'outillage facilement négociable sur les puces de Montreuil, Adrien n'hésite pas longtemps.

Cette dernière combine s'avérera être la dernière étape de sa foirade totale, de sa panade intégrale pourtant jusqu'à son dernier souffle il suivra les faits et gestes de Djorkaeff, Desailly, Leboeuf et Lizarazu avec le résultat que l'on connaît.

Thierry Jonquet n'est à aucun moment condescendant avec son personnage et ceux qui lui ressemblent dans la réalité Au contraire on ressent une grande empathie, un désir d'un avenir meilleur pour tous ceux qui recherchent dans le football de quoi rêver dans un monde où les retransmissions sportives semblent bien être le dernier avatar des jeux romains. A la fin de DRH la seconde nouvelle de ce recueil poignant, dérangeant ne fait-il pas dire à l'un de ses personnages qu'il faut toujours parier sur les plus faibles car "acculés au plus profond du désespoir, ils sont capables de bien des sursauts..."


Nota bene du 27 janvier 2008 :  Le Comité des Sans papiers 59 inivitait ses soutiens à venir se rassembler devant l'hôpital Dron de Tourcoing où treize Sans papiers avaient effectué une grève de la faim cet été.

A cette occasion, il a été rappellé que le club de foot qui s'entraîne sur le terrain situé non loin de cet hôpital avait exprimé sa solidarité avec les grévistes de la faim de manière concrête en prêtant une tente pour les abriter faute de mieux des intempéries. Comme quoi il existe des bénévoles des clubs sportifs avec des valeurs qui n'ont rien de marchandes !

Nota bene du 17 février 2008 : Je viens de parcourir un court texte de Serge Joncour au sein de ses Situations délicates intitulé "Footeux" qui interroge ce sport encore sous un autre angle, celui de la filiation et du paraître. Le reste du bouquin passe en revue quantité de scènes quotidiennes urticantes dans un style très écrit mais qui évite néamoins l'ampoulé. Tout ne m'a pas plu mais il y a quelques perles.



NB du 3 mars 2008 :
Julien m'a fait parvenir les références des titres suivants toujours à propos du sport dans la littérature :
"- 54x13 ., de l'inénarrable Jean Bernard Pouy, nous donne à entendre les
pensées qui défilent dans la tête d'un médiocre cycliste d'origine
dunkerquoise tout au long d'une échappée solitaire
- Les chroniques d'Albert Londres sur le Tour de France ont été éditées
au Serpent à Plumes (coll. Motifs) sous le titre "Tour de France, Tour
de souffrance". Je les finis ce soir. Il a vraiment l'air perdu mais les
coureurs aussi !
- François Bégaudeau a dirigé récemment la publication de "Le Sport par
le Geste" - recueil de textes assez amusants, mais qui, si le sport ne
t'intéresse pas plus que ça, risque de te laisser froid...
"

54 x 13 François Bégaudeau, Xavier de La Porte, Collectif, Arnaud Bertina, Maylis de Kérangal - Le sport par les gestesTour de France, tour de souffrance

Comme le titre du roman cycliste de Jean-Bernard Pouy indiqué par Julien m'intriguait j'ai fait un tour sur mon moteur de recherche que 54X13 au vélo c'est le rapport entre le plateau avant (54 dents) et le pignon arrière (13 dents). Ce texte a été adapté au théâtre par Jacques Bonnaffé. Par ailleurs sur le site de fluctuat Jean-Bernard Pouy raconte qu'il a écrit 54x13 parce qu'il  a "toujours aimé le cyclisme, que j'ai toujours préféré au football. Il est rare de voir des bras levés en salut fasciste sur les bords des routes. Dans le vélo, les gens passent 3 à 4 heures sur les bords de route à attendre les coureurs qui passeront 15 secondes. Ca laisse du temps. En attendant, les gens discutent, ils mangent, ils jouent avec les enfants, ils font l'amour dans les fourrés. Le cyclisme ne monopolise pas toute l'attention des spectateur et permet ainsi une plus grand disponibilité à une foule d'autres choses toutes aussi passionnantes."

D'autres chroniques sur les textes de Thierry Jonquet sur Muet comme un carpe diem :

 Jours tranquilles à Belleville

Moloch, Comédia, Mon vieux, Les orpailleurs

Le bal des débris

Ils sont votre épouvante vous êtes leur crainte

Mygale


ajouter un commentaire commentaires (10)   
par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Thierry Jonquet

Dimanche 13 janvier 2008
L'image “http://www.decitre.fr/pi/66/9782752902566TN.gif” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Pourquoi diable s'intéresser à la vie d'Hugh Wolfe, cet ouvrier fondeur des laminoirs Kirby & John's de la fin du XIXème siècle qui fournissaient les chemins de fer de Virginie occidentale?

Vous pourriez penser comme l'avance la romancière Rebecca Harding Davis "qu'il s'agit d'une histoire plutôt ennuyeuse, aussi brumeuse que cette journée dépourvue d'éclats soudains de douleur ou de plaisir" ou que ces quelques dizaines de pages "ne sont les grandes lignes d'une vie morne qui, comme des milliers de vies aussi mornes que la sienne, fut depuis longtemps vécue et perdue en vain - des milliers de vies entassées, viles, rampantes, telles celles de ces lézards engourdis dans des baquets d'eau stagnante."

Mais vous passeriez à côté d'un texte qui montre la réalité de l'exploitation capitaliste de l'époque, les conditions de vie de ces hommes et de ces femmes qui ont été sacrifiés sur l'autel du progrès et de l'industrialisation pour enrichir des bourgeois condescendants.

Certes ce texte est sombre comme cette fumée crachée de hauts fourneaux  en pérpétuelle activité ou presque. Une fumée qui "s'accroche comme une pellicule de suie grasse aux façades des maisons" et qui salit jusqu'au canari qui "pépie sans joie dans sa cage".

On est loin de la grimaldisation clinquante et tonitruante de la geste politicienne actuelle qui cherche à masquer le rouleau compresseur libéral. Le "travailler plus pour gagner plus" que l'on nous serine à longueur de journée aujourd'hui raisonne/résonne amèrement dans la description du quotidien harassant de ces hommes et de ces femmes qui cherchent dans l'alcool et la danse de quoi oublier qu'ils vivent dans les sous-sols d'une maison louée à une demi-douzaine de familles comme ces ouvriers lillois décrits par Hugo dans les Châtiments :

Un jour je descendis dans les caves de Lille ;
Je vis ce morne enfer.
Des fantômes sont là sous terre dans des chambres,
Blêmes, courbés, ployés ;
le rachis tord leurs membres,
Dans son poignet de fer.

Sous ces voûtes on souffre, et l'air semble un toxique ;
L'aveugle en tâtonnant donne à boire au phtisique ;
L'eau coule à longs ruisseaux ;
Presque enfant à vingt ans, déjà vieillard à trente,
Le vivant chaque jour sent la mort pénétrante
S'infiltrer dans ses os.

Jamais de feu ; la pluie inonde la lucarne ;
L'œil en ces souterrains où le malheur s'acharne
Sur vous, ô travailleurs,
Près du rouet qui tourne et du fil qu'on dévide,
Voit des larves errer dans la lueur livide
Du soupirail en pleurs.


L'actualité récente qui a mis en lumière une famille qui avait dû s'abriter faute de mieux dans une cave avant d'être enfin relogée plus dignement montre que l'histoire bégaie.

Pourtant Hugh Wolfe trouve la force de sculpter avec son couteau émoussé le Korl, cette substance légère et poreuse, d'une délicate teinte cireuse, couleur chair, issu des dépôts de minerai après que le métal brut ait été fondu. Ce qui ne le rend pas plus  populaire auprès de ces compagnons illétrés qui lui reprochaient déjà la tare d'un trimestre de scolarisation et son peu de virilité et de fiabilité dans les bagarres.

Mais il n'est guère plus compris par Clark Kirby, le fils d'un des propriétaires, qui fait visiter le site industriel au Docteur May, l'un des médecins de la ville accompagné d'un reporter et de quelques messieurs à la recherche de distraction.

Lorsqu'ils découvrent au sortir de la pénombre sa sculpture de femme nue "accroupie sur le sol, les bras tendus comme un avertissement " qui ne possédait pas le moindre trait de beautée ou de grâce" ils sont incapables de réaliser la véritable nature de la faim qui transpire du visage arraché au korl friable.

Leurs débats sur cette oeuvre d'art brut a de quoi donner la nausée. Quelles sont les responsabilités d'un employeur ? Faut-il ou non faire accéder les ouvriers à l'instruction et à l'art puisque cela ne servirait qu'à leur faire ressentir plus amèrement leur condition ? A quoi bon élever Hugh Wolve hors de cette condition si l'on ne peut pas élever les autres ? L'émancipation de la classe ouvrière peut-elle venir d'elle-même ou doit-elle être le fruit de quelques philanthropes éclairés ?

Hugh Wolfe lui-même n'a pas les mots pour exprimer clairement le propos exact de sa sculpture mais contrairement au canari sali qui pépie dans sa cage en oubliant son rêve de vertes prairies et de soleil, il aspire à une vie pure, une vie bonne et sincère, pleine de beauté et de mots bienveillants. Aussi lorsque Deborah qui l'adule et voit bien qu'il dépérit à travailler auprès des fours,  lui remet l'argent qu'elle a volé à l'un des visiteurs, il se laisse tenter ce qui lui vaudra d'être arrêté.

La suite ? A votre avis ?


ajouter un commentaire commentaires (8)   
par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Lundi 7 janvier 2008



Faut-il placer Il est des nôtres de Laurent Graff dans la filiation littéraire de La modification où Michel Butor avait choisi d'articuler  son roman autour du pronom personnel vous ou dans celle de  Mygale de Thierry Jonquet qui utilise un tu assassin si déstabilisant ?

Comme le chantre du nouveau roman et  le maître du polar Laurent Graff, évite en effet le je facétieux ou un ll  qui isolerait son personnage principal de ses contemporains pour lui préférer le on qui va associer bon gré mal gré ses lecteurs aux affres du héros ou plutôt de cet anti-héros. Ce choix stylistique est redoutable car comme l'indique Camille Laurens dans son magnifique recueil Quelques-uns qui fait suite au Grain des mots, ce petit mot est un  pronom personnel, toujours assujetti, cet invariable aime la variété ; il ne désigne personne mais il remplace tout le monde. C'est le champion de la métempsycose. Il anime à lui seul les six personnes de la conjugaison, s'adaptant à chacune avec un sens aigu de la nuance. Plus loin elle ajoute qu'il est le miroir de l'homme. L'étymologie va plus loin puisque on dérive directement du latin homo.

On
c'est donc l'homme, cet homme Jean dont on découvre la vie à la banalité abrasive. Calembredaine de la bedaine de la quarantaine qui éloigne inéluctablement la concrétisation des rêves de séduction. Cohabition plus que vie commune avec la mère de ses enfants dont il craint les foudres ménagères et recherche péniblement quelques attouchements hebdomadaires faute de mieux. Consommation rituelle d'un café matinal sur le comptoir du bar de la gare en attendant le train qui le conduira à son travail de bureau où l'ennui et la médiocrité se livrent à une lutte farouche en dépit de la tartufferie de la convivialité avec ses collègues. Préparatifs de vacances et arrêt sur l'aire d'autoroute.

Peu à peu vous sentirez la nausée vous envahir tant ces cascades de on vous infligent de ressemblances bon gré mal gré avec votre quotidien. Ce pronom personnel honni - on c'est un con entendais-je dire dans mon enfance - est-il le hérault de l'universel nivellement des espoirs romanesques vers le bas ? Le "qu'en dira-on ?" et les "on dit" doivent-ils toujours avoir le dernier mot sur les "on ira où tu voudras, quand tu voudras et on s'aimera encore quand l'amour sera mort" ?

A la manière des contes à la courte paille de Gianni Rodari, Laurent Graff propose après cette immersion dans le banal, trois suites possibles, trois récits où brusquement une panne de réveil, un retard viennent tout changer à la façon d'un battement d'ailes de papillon qui entraînerait un ouragan. Jean devient tour à tour Achille, Ambroise puis Arsène qui tous trois verront leur vie modifiée dans le marc du café de la gare. Le premier parce qu'il prendra son café dans la salle à côté d'une inconnue, le second parce qu'il remplacera le café quotidien par un whisky qui en appelera beaucoup d'autres, le dernier parce qu'il a renoncé à prendre son café et s'est mis à marcher vers on ne sait quoi.

A vous de voir au sortir de la lecture de ce court roman si vous préfereriez être Jean, Achille, Ambroise, ou Arsène mais ces quatres hommes vous hanteront comme ce sempiternel on  hante le livre à la façon d'un bourdon de cornemuse dans la brûme des rêveries.


 

Pour lire une chronique du Cri  de Laurent Graff cliquez ICI

ajouter un commentaire commentaires (6)   
par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Mardi 1 janvier 2008


Le titre du roman de Thierry Jonquet est en fait un des vers du poème de Victor Hugo de 1871 en faveur de l'amnistie des condamnés de la Commune :

Étant les ignorants, ils sont les incléments
Hélas combien de temps faudra t-il vous redire
À vous tous que c’est à vous de les conduire
Qu’il fallait leur donner leur part de la cité
Que votre aveuglement produit leur cécité
D’une tutelle avare, on recueille les suites
Et le mal qu’ils vous font, c’est vous qui le leur fîtes.

Vous ne les avez pas guidés, pris par la main

Et renseignés sur l’ombre et sur le vrai chemin,
Vous les avez laissés en proie au labyrinthe
Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte
C’est qu’ils n’ont pas senti votre fraternité.
Comment peut-il penser, celui qui ne peut vivre ?
Quoi ! Pour que les griefs, pour que les catastrophes, les problèmes, les angoisses,
et les convulsions s’en aillent, suffit-il que nous les expulsions
?

Une citation qui en dit long sur le projet du roman. Les émeutes de novembre 2005 ont fait couler beaucoup d'encre car elles ont mis mal à l'aise l'ensemble de la classe politique. Des partis dits de gouvernement qui devaient rendre des comptes sur les conséquences de la mise au ban d'une frange de la population qui cumule toutes les difficultés sociales aux partis dits révolutionnaires qui avaient longtemps déserté ces quartiers.

Thierry Jonquet renvoie tout le monde dos à dos et n'épargne personne pour dénoncer sans angélisme mais également sans aucun manichéisme les dérives sécuritaires des uns tout comme les dérives mafieuses ou antisémites des autres. Pour chercher à comprendre comment on a pu en arriver là, il nous donne à voir le parcours de bon nombre des acteurs de ces quartiers, des habitants aux divers représentants des services publics qui ne sont pas réduits à des statuts mais replacés dans la matérialité dialectique de leur existence.

Une jeune prof qui doit confronter bon gré mal gré aux réalités d'un collège du 9-3 les enseignements qu'on lui a dispensés dans son IUFM, ses collègues qui sont selon les cas totalement dépassés, à côté de la plaque, désabusés voire carrément démissionnaires ou militants mais selon des idéologies diamétralement opposées ; des collégiens chahuteurs ou impliqués qui ne sont pas sans rappeler ceux décrits par Bégaudeau dans Entre les murs , par Jérôme Leroy dans Le cimetière des plaisirs ou par Jean-Bernard Pouy dans  La belle de Fontenay qui ont tous bien du mal à échapper aux déterminismes sociaux ; un militant CGtiste qui s'efforce de maintenir la cohésion du quartier et ses habitants qui ont bien du mal à croire au pacte républicain lorsque leur quotidien est coincé entre des emplois harrassants, une précarité grandissante et les magouilles des proxénètes et des vendeurs de stupéfiants ; des policiers et des magistrats qui s'efforcent de maintenir l'ordre mais qui n'en pensent pas moins comme ce substitut du procureur qui s'en va relire des passages où Marx qualifie le lumpenprolétariat de racaille comme un certain ministre de l'intérieur en campagne ; des trafiquants de tous ordres qui arrosent la municipalité, financent des groupes de rap ou lorgnent sur le territoire des concurrents ; des imams salafistes qui veulent ramener un ordre moral et des militants jihadistes qui considèrent avec mépris les gesticulations de ces derniers.

Sans rien lâcher sur ses valeurs d'ancien militant d'extrême-gauche, Thierry Jonquet dénonce la bêtise et la barbarie et recense les bonnes volontés d'où qu'elles viennent, montre que la réalité est bien plus complexe que ne le voudraient les démagogues de tous bords qu'ils soient journalistes, religieux, politiciens, syndicalistes ou révolutionnaires et affirme haut et fort qu'il est temps de retrouver un certain nombre de repères si l'on ne veut pas que la situation s'aggrave encore. Un roman sombre très sombre qui remue, interroge, remet en question avec des passages où l'on croit cerner un personnage pour être déstabilisé quelques pages plus loin en découvrant un autre aspect de ses activités comme ce lycéen s'acharnant à mémoriser une planche anatomique ou ce grand-frère qui lit régulièrement les quotidiens nationaux.

Un livre que j'ai lu en repensant sans cesse à un passage de Demain les chiens  de Clifford D. Simak que je venais de relire avant d'entamer ce roman :

Le besoin de chaque être humain de se sentir approuvé par ses semblables, le besoin d'être dans la norme. C'était une véritable force qui empêchait  les hommes de prendre la tangente de la société, et dont découlaient la sécurité et la solidarité humaines et le bon fonctionnement de  la famille humaine.
Des hommes mouraient pour obtenir cette approbation, ils se sacrifiaient, se résolvaient à une vie méprisable. Car désapprouvé par ses semblables, l'homme était abandonné à lui-même, il n'était plus qu'un  hors-la-loi, qu'un animal chassé de la meute.
Les conséquences de ce besoin pouvaient être terribles : il expliquait la persécution raciale, les atrocités massives commises au nom du patriotisme ou de la religion. Mais c'est aussi le lien qui maintenait l'unité de la race humaine, c'était cela qui, dès le début, avait rendu possible la société humaine.

Pour lire un entretien où Thierry Jonquet évoque la rédaction de ce roman : ICI

Pour lire une autre chronique sur le net qui trouve des défauts à ce roman : ICI

D'autres textes de Thierry Jonquet chroniqués dans Muet comme un carpe diem :

La folle aventure des bleus... , DRH

Le bal des débris

Comedia, Moloch, Les orpailleurs

Mygale

Jours tranquilles à Belleville

ajouter un commentaire commentaires (12)   
par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Thierry Jonquet

Calendrier

Janvier 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0
 
Blog : Blogzine sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus