
Pour ma part sport appelle sporadiquement. Je n'en pratique pas et je ne lis donc aucun journal spécialisé. Par contre, je m'interroge sur la place du sport dans notre société et son instrumentalisation économique et politique.
La recrudescence des violences conjugales durant la retransmission de la coupe du monde de football ou le développement des maisons closes en Allemagne avec leurs conséquences pour nombre de femmes autour de la dernière édition ont de quoi nous interroger sur l'imaginaire de quelques-uns des supporters. De même que les cris de singe de certains Tiffosi lorsque des joueurs noirs avaient la balle sans parler de leurs bras tendus.
On m'opposera à juste titre que les amateurs de football ne sont pas tous, loin de là et heureusement, des maris violents ou des fascistes. Pour bon nombre de personnes effectivement, le football est avant tout une fête, un moyen convivial de retrouver leurs amis autour d'une passion commune. Mais le football n'est-il pas également un moyen pratique pour les politiciens de canaliser l'attention de la population pour qu'elle évite de se pencher sur d'autres thèmes.
Si les librairies regorgent de livres de témoignages ou d'enquêtes sur ce sport et ses personnalités, je ne connais en revanche que très peu de textes littéraires à ce sujet.

En dehors de Jouer juste de François Bégaudeau qui utilise la métaphore footballistique pour évoquer avec un humour qui fait froid dans le dos les offres et les affres amoureuses je n'ai trouvé que La folle aventure des bleus.... de Thierry Jonquet. Cette nouvelle "sportive" est l'occasion pour lui de poser encore une fois son regard social acéré avec un personnage principal qui n'est pas sans rappeler Charlie dans Moloch ou Daniel Tessandier dans Mon vieux.

Aux lendemains de la victoire de l'équipe de France en finale de la coupe du monde de 1998, Adrien perd son emploi de magasinier qui lui permettait de "surnager avec un minimum de dignité dans l'océan tourmenté de l'économie mondiale". La décision de fonds de pensions américains d'éjecter de leur organigramme la petite entreprise de métallurgie où il travaillait va signer pour ce passionné du ballon rond le début de la descente aux enfers de la précarité.
Lorsque tombe le couperet de la fin du versement de ses allocations chômage, Adrien n'en finit pas "d'encaisser les buts, comme un goal qui aurait perdu tous ses moyens et devrait assumer défaite sur défaite, alors que les joueurs adverses ne respectaient plus aucune des règles du jeu."
Quatre ans après le 3-0 contre le Brésil, la nouvelle coupe du monde en Corée lui permet d'espérer oublier un temps la perte de son logement qui le contraint au mieux à dormir dans le hall des immeubles dont il a obtenu le digicode contre quelques euros au pire sur la grille d'évacuation du métro.
Son quotidien se résume à la quête du moindre sou en clamant maladroitement des poèmes devant des usagers de la RATP blasés ou en déchargeant la camelote des marchands forains. Le tout pour glaner de quoi compléter son RMI réduit à peau de chagrin par le versement de la pension alimentaire pour ses deux filles et des mensualités de ses dettes de jeux au Gros Serge.
Lorsque son ami unijambiste Rajko lui propose d'aller cambrioler le chantier d'une maison bourgeoise pour y récuperer un important lot d'outillage facilement négociable sur les puces de Montreuil, Adrien n'hésite pas longtemps.
Cette dernière combine s'avérera être la dernière étape de sa foirade totale, de sa panade intégrale pourtant jusqu'à son dernier souffle il suivra les faits et gestes de Djorkaeff, Desailly, Leboeuf et Lizarazu avec le résultat que l'on connaît.
Thierry Jonquet n'est à aucun moment condescendant avec son personnage et ceux qui lui ressemblent dans la réalité Au contraire on ressent une grande empathie, un désir d'un avenir meilleur pour tous ceux qui recherchent dans le football de quoi rêver dans un monde où les retransmissions sportives semblent bien être le dernier avatar des jeux romains. A la fin de DRH la seconde nouvelle de ce recueil poignant, dérangeant ne fait-il pas dire à l'un de ses personnages qu'il faut toujours parier sur les plus faibles car "acculés au plus profond du désespoir, ils sont capables de bien des sursauts..."
Nota bene du 27 janvier 2008 : Le Comité des Sans papiers 59 inivitait ses soutiens à venir se rassembler devant l'hôpital Dron de Tourcoing où treize Sans papiers avaient effectué une grève de la faim cet été.
A cette occasion, il a été rappellé que le club de foot qui s'entraîne sur le terrain situé non loin de cet hôpital avait exprimé sa solidarité avec les grévistes de la faim de manière concrête en prêtant une tente pour les abriter faute de mieux des intempéries. Comme quoi il existe des bénévoles des clubs sportifs avec des valeurs qui n'ont rien de marchandes !
Nota bene du 17 février 2008 : Je viens de parcourir un court texte de Serge Joncour au sein de ses Situations délicates intitulé "Footeux" qui interroge ce sport encore sous un autre angle, celui de la filiation et du paraître. Le reste du bouquin passe en revue quantité de scènes quotidiennes urticantes dans un style très écrit mais qui évite néamoins l'ampoulé. Tout ne m'a pas plu mais il y a quelques perles.

NB du 3 mars 2008 :
Julien m'a fait parvenir les références des titres suivants toujours à propos du sport dans la littérature :
"- 54x13 ., de l'inénarrable Jean Bernard Pouy, nous donne à entendre les
pensées qui défilent dans la tête d'un médiocre cycliste d'origine
dunkerquoise tout au long d'une échappée solitaire
- Les chroniques d'Albert Londres sur le Tour de France ont été éditées
au Serpent à Plumes (coll. Motifs) sous le titre "Tour de France, Tour
de souffrance". Je les finis ce soir. Il a vraiment l'air perdu mais les
coureurs aussi !
- François Bégaudeau a dirigé récemment la publication de "Le Sport par
le Geste" - recueil de textes assez amusants, mais qui, si le sport ne
t'intéresse pas plus que ça, risque de te laisser froid..."

Comme le titre du roman cycliste de Jean-Bernard Pouy indiqué par Julien m'intriguait j'ai fait un tour sur mon moteur de recherche que 54X13 au vélo c'est le rapport entre le plateau avant (54 dents) et le pignon arrière (13 dents). Ce texte a été adapté au théâtre par Jacques Bonnaffé. Par ailleurs sur le site de fluctuat Jean-Bernard Pouy raconte qu'il a écrit 54x13 parce qu'il a "toujours aimé le cyclisme, que j'ai toujours préféré au football. Il est rare de voir des bras levés en salut fasciste sur les bords des routes. Dans le vélo, les gens passent 3 à 4 heures sur les bords de route à attendre les coureurs qui passeront 15 secondes. Ca laisse du temps. En attendant, les gens discutent, ils mangent, ils jouent avec les enfants, ils font l'amour dans les fourrés. Le cyclisme ne monopolise pas toute l'attention des spectateur et permet ainsi une plus grand disponibilité à une foule d'autres choses toutes aussi passionnantes."
D'autres chroniques sur les textes de Thierry Jonquet sur Muet comme un carpe diem :
Jours tranquilles à Belleville
Moloch, Comédia, Mon vieux, Les orpailleurs
Le bal des débris
Ils sont votre épouvante vous êtes leur crainte
Mygale
par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Thierry Jonquet








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