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Mardi 8 avril 2008
http://accel12.mettre-put-idata.over-blog.com/0/10/54/15/critiques/chagrin-d-ecole.jpg

Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé.
Montesquieu, Mes pensées

 




Comme tant d'autres j'ai lu les tribulations de la tribu Malaussène ou l'essai Comme un roman qui se limite pas, loin s'en faut aux droits du lecteur, si souvent cités. Lorsque la médiathèque de mon quartier a mis en avant le dernier livre de Daniel Pennac, j'ai donc été tenté de voir de quoi il retournait.

La polysémie du mot chagrin permet en effet d'évoquer aussi bien le déplaisir que la tristesse en passant par la morosité ou l'irritation. Le terme désigne également la peau de chèvre, de veau ou de vache qui rendue grenue après un traitement idoine sera utilisée par les relieurs. Sans parler de la peau de chagrin de Balzac et de la malédiction qui y est associée.

Le titre résume donc assez bien le contenu de cet essai sur les difficultés scolaires. En dépit de son parcours d'ancien cancre qui peina tant et plus sur les bancs de l'école,  Daniel Pennac nous explique comment il réussit pourtant à devenir professeur puis écrivain à succès.


Pour Daniel Pennac qui se retrouve par conséquent à la fois juge et partie, l'exercice n'est pas sans difficultés car le cancre qu'il fut continue à faire entendre sa voix douloureuse. Une voix quasi schizophrènique qui boude le plaisir de la réussite. Une voix qui remet en cause les certitudes du pédagogue citoyen comme dans cet épisode de la rencontre avec Maximilien dans les rues de Belleville.

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/7/0/9/9782070342907.jpgArrogant dans un premier temps lorsqu'il avait demandé sans amènité du feu à ce passant , Maximilien avait ensuite reconnu l'auteur de la Fée carabine et lui avait demandé, rouge de confusion, de l'aide pour un devoir de français. Parce qu'il lui avait demandé du feu sans aucun respect, l'écrivain avait refusé son aide à l'adolescent.

De prime abord, on pourrait tomber d'accord sur cette limite posée, mais le cancre qui s'exprime par la plume de l'écrivain met en exergue qu'il a par ce refus gâché une occasion de rebondir sur cette demande intéressée pour la transformer en intérêt pour le texte.

C'est l'un des points forts de ce livre : montrer sans culpabiliser que nous contribuons sans le vouloir à élever les murs qui enferment ces élèves accumulant les échecs que nous soyons parents, enseignants ou citoyens. Ce qui n'est pas sans rappeler l'appel de Thierry Jonquet à aborder la complexité certes sans angélisme mais également sans manichéisme pour tordre le coup aux positions de principes pétries de bonnes intentions. Daniel Pennac partage la volonté de François Bégaudeau de rendre compte de façon clinique de la réalité de l'école au-delà de tout esprit partisan.

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/1/1/9/9782020591911.jpg Un esprit chagrin pointerait non sans raisons que si Daniel Pennac est parvenu à sortir de son statut de cancre c'est en partie dû à son milieu social (père polytechnicien) qui lui a permis de profiter du consumérisme scolaire et de jongler entre les établissements en fonction des besoins supposés.

Mais ce serait faire peu de cas des efforts sincères developpés par l'écrivain pour mettre à jour quelques unes des causes de la difficulté d'apprendre, les stratégies d'évitement, les appels à l'aide déguisés en provocations, le besoin d'amour de l'enfant qui va le pousser à appliquer à la lettre et hors de propos  ce que lui a été dit par l'enseignant. Ce serait faire peu de cas des pistes pédagogiques qu'il propose pour réconcilier ces mêmes enfants avec la littérature et l'analyse grammaticale.

De quoi essayer de comprendre ce que peut désigner "le " et "y" dans "Tu le fais exprès !" ou dans "J'y arrive pas !"  quoiqu'on pense par ailleurs des idées de l'auteur, de l'ancien professeur de français ou du citoyen.. De quoi contribuer au débat sur les nouveaux programmes et plus largement sur l'avenir de nos enfants.


Le cancre

Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec des craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur

Jacques Prévert, Paroles.

Pour visionner un entretien de Daniel Pennac cliquez ICI
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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Dimanche 6 avril 2008
http://tecfa.unige.ch/perso/staf/lattion/blog/images/hot-fuzz-poster-2.jpg

Sorti major de sa promotion, NIcholas Angel (Simon Pegg) fait figure de policier parfait. D'une rigueur à toute épreuve qui confine au rigorisme, il n'a de cesse de faire régner l'ordre à en exploser les statistiques de son commissariat. Fatalement, son  zèle risque de faire passer ses collègues pour des tire-au-flanc ! Une expression qui désigne d'ailleurs au départ ces soldats qui s'efforçaient d'éviter le front par tous les moyens.

Pour le bien de tous, sa hiérarchie directe lui décerne, bien entendu à titre de promotion pour ses services exemplaires qui lui ont valu quelques cicatrices, une mutation expresse pour le village de Sandford qui concourt pour le titre de village de l'année. De son nouvel équipier Danny Butterman, pilier de pub invétéré, aux deux inspecteurs qui ont autant de poils à la moustache que de poils dans la main, les nouveaux collègues de ce policier à la peau dure comme la loi ont également mutatis mutandis une interprétation du bien de tous qui ne va pas sans quelques entorses avec le manuel.

Relégué le plus souvent à des tâches subalternes aussi passionnantes que la surveillance des kermesses ou une enquête sur la disparition d'une oie, son quotidien devient d'un ennui mortel où l'apogée de l'action est l'arrestation d'un adolescent qui vient de voler un sachet de chips contre lequel le directeur du supermarché ne désirera même pas porter plainte.

Les notables du village omnubilés par le désir de préparer au mieux le village pour le concours, s'empressent de museler l'ardeur de Nicholas Angel lorsqu'une série de morts inexpliquées vient décimer quelques unes des "personnalités" de Sandford et l'invitent à se concentrer sur d'autres calamités bien plus graves comme les graffitis où les saltimbanques qui dénaturent selon eux la quiétude de la communauté villageoise. Toute personne qui serait tentée de faire un parallèle avec la tartufferie olympique actuelle serait bien entendu très mal inspirée.

Mais rien n'y fait, le flic londonien en accord avec l'étymologie est une véritable mouche du coche, et va déclencher un véritable tsunami dans cette bourgade rurale où pourtant personne ne voulait de vagues. S'en suit, une cascade de gags qui multiplient de manière tantôt subtile tantôt explicite, les clins d'oeil aux films d'action tout en approfondissant des personnages parfois fouillis mais le plus souvent fouillés. Le rythme endiablé de cette comédie d'Edgar Wright qui oscille entre le pastiche et la critique de société, développe un humour anglais plus enlevé et plus élevé que celui de Mister Bean et fait par moment penser aux truculences des Monthy Python ou de Sacha Baron Cohen.

Sans crier au chef-d'oeuvre, Hot Fuzz mettra à mal vos zygomatiques et vous invitera qui plus est à vous interroger sur les notions de bien et de mal.  A l'heure où l'on banalise l'émission d'ultrasons pour dissuader les jeunes de se regrouper et où la France se rapproche de l'Otan, rire ne vous fera pas de mal !

L'image “http://www.sbbfc.co.uk/images/hot-fuzz-insert-caption-433.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Pour voir la bande annonce en français de Hot Fuzz cliquez ICI
Pour voir la bande annonce de Hot Fuzz en anglais cliquez ICI
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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Samedi 29 mars 2008
http://ecx.images-amazon.com/images/I/51BGQK91WVL._AA240_.jpgDe prime abord , le rhinocéros décrit par  Jorge Zentner et Sergio Mora n'apparaît pas très sympathique en dépit de sa peau multicolore qui tranche sur le gris monochrome et monotone de tous les autres animaux. En effet,  il refuse catégoriquement de donner  quelques touches de ses couleurs aux animaux qui  viennent le lui demander pour réhausser leur pelage, leur plumage ou leurs écailles. Qui plus est,  il  le fait d'une  manière  condescendante et  blessante.

Néanmoins ce rhinocéros intrigue car en dépit de cette peau  chamarrée et chatoyante que tout le monde semble lui envier, il est perpétuellement malheureux. Ce qui semble un comble pour tous ces animaux  qui  sont  réduits  à accepter leur grisaille  à cause de son  avarice.

Kipling supputait dans l'un de ses contes que pour se venger d'un rhinocéros qui avait mangé son gâteau, un Parsi avait volé la peau du voleur pendant qu'il était parti se baigner. Il y incrusta une multitude de miettes  sèches et rêches ainsi que des groseilles brûlées.  Ce qui  valut  au rhinocéros d'être  toujours de méchante  humeur tant cela  le gratte depuis.

Mais dans le  rêve  du rhinocéros  si l'animal est malheureux c'est parce qu'il n'a pas d'ami. La nuit portant conseil comme on dit, il réalise durant son sommeil qu'il serait bien plus heureux s'il partageait ses couleurs pour répandre le bonheur autour de lui quitte à devenir gris. La fable paraît jolie, mais on peut s'interroger un peu plus longtemps sur l'interprétation que l'on peut en donner.


Rhinoc--ros-de-D--rer.pngEn dernière instance, pour ma part, j'ai envie de renvoyer dos à dos les animaux gris et le rhinocéros de toutes les couleurs dans un débat dialectique car à tout prendre  qu'est-ce qui est le mieux ?  Un monde où tout le monde est de la même couleur  pour gommer les différences et éviter les conflits comme dans l'album  le nuage bleu de Tomi Ungerer ou un  monde où les couleurs jaillissent  pour  en finir  avec le gris comme dans le Magicien des couleurs d'Arnold Lobel ?


Les amateurs de théâtre, quant à eux, repenseront à l'acte final de la pièce de Ionesco portant le nom de cet animal imposant où Béranger envie lui aussi la couleur et la robustesse du rhinocéros mais décide néanmoins d'assumer son humanité telle qu'elle est et se refuse à céder aux sirènes du conditionnement qui gagne ses compagnons.

Contrairement aux autres personnages de Rhinocéros, Béranger n'a pas été atteint par la rhinocérite qui transforme les humains en ces mastodontes à cornes qui symbolisent pour Eugène Ionesco le totalitarisme.

" Malheur à celui qui veut garder son originalité !
Eh, bien tant pis ! Je me défendrai contre tout le monde ! [ ....]
Contre tout le monde, je me défendrai !
Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu'au bout !
Je ne capitule pas !
".

http://www.bedetheque.com/thb_couv/NuageBleuLe.jpghttp://lacatapulte.viabloga.com/images/lemagiciendescouleurs.jpghttp://etoiledemer.canalblog.com/images/t-rhinoceros.jpg

Pour lire un article sur le rhinocéros dans l'art de Dürer à Dali cliquez ICI

Pour lire une histoire d'hippopotame qui n'en est pas un cliquez ICI

Pour lire un article sur le chien dans la littérature cliquez ICI
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par christophe fétat publié dans : Chronique de littérature de jeunesse

Dimanche 23 mars 2008
http://www.librairiedialogues.fr/img_articles/livres/9782290001721_s.jpg

Pourquoi est-ce que le flux ininterrompu de voitures se réduit subrepticement comme peau de chagrin sur cette autoroute ?
Pourquoi est-ce qu'un employé du péage, un gendarme et un cuisinier du restaurant de l'aire voisine demeurent fidèles à leur poste alors que pratiquement plus personne ne passe par ici ?
Pourquoi est-ce qu'un jeune couple de surfers plante sa tente dans la pelouse située à proximité de ce même poste de péage ?
Pourquoi cette femme sans un sou s'entête-t-elle à prendre l'autoroute tous les jours ?
Pourquoi les voleurs du célèbre tableau Le cri d'Edvar  Munch l'ont-ils abandonné dans le coffre de leur voiture ?

"La vue que [nous] propose le hasard ne varie pas beaucoup, entre l'autoroute dans un sens ou dans l'autre et la barrière de péage. Pourtant [nous avons] l'impression d'être à un point stratégique, à un pivot du monde. Il est des lieux d'apparence anodine, qui touchent secrètement un nerf vital, qui sont en vérité une cote privilégié de la vastitude."

Fable ubuesque absurde qui provoque l'hilarité ou réflexions graves sur la condition humaine ramenée à une sorte d'acouphène lancinant ? Dans Le cri  comme dans Il est des nôtres, Laurent Graff excelle à faire surgir  de la banalité l'inquiétude, l'étrangeté, le mystère. Une écriture tendue comme un fil du rasoir prêt à trancher dans le vif du réel que vous teniez pourtant à l'oeil.

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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Mercredi 12 mars 2008
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Demandez-vous ce que pourrait donner le croisement improbable entre des comics de superhéros et les aventures d'Adèle Blansec de Tardi et vous aurez une petite idée du contenu de la bande dessinée Arrowsmith. Initialement publiées en volumes distincts, les aventures de Fletcher Arrowmith au sein de l'unité d'élite aérienne ont été regroupées dans une intégrale en 2005 par les éditions USA.

La propagande américaine avait lancé le concept de "frappes chirurgicales" lors de cette guerre du golfe qui avait des reflets d'argent. Il va sans dire mais cela va mieux en le disant, ces bombardements qui n'étaient censés toucher que des cibles militaires, avaient inévitablement fait des dégâts collatéraux et des victimes civiles. Les guerres propres n'existent pas. Une consultation même épisodique de l'actualité de l'un ou l'autre des continents suffit amplement à le prouver.

La lecture des aventures de Fletcher Arrowsmith permet néanmoins une piqûre de rappel de cette triste évidence. Le scénario efficace de Kurt Busiek transplante la guerre de 14-18 avec de nombreux clins d'oeil au conflit mondial qui a suivi dans un monde de magie où le nom de chaque nation a été latinisé mais ne laisse pas le moindre doute sur les pays dont l'auteur s'inspire ; dans un monde où chaque belligérant n'a de cesse de mettre au point un nouveau sort industriel susceptible  de lui faire prendre l'avantage sur son adversaire.

Dans cette course à l'armement surnaturel où la "brume vorace" qui transforme les hommes en bêtes sanguinaires remplace le gaz moutarde et où le bombardement de salamandres de feu n'est pas sans évoquer la bombe atomique, la barbarie l'emporte vite sur les idéaux affichés par l'un et l'autre camp.

Le jeune Fletcher quitte son Cunecticut natal, la fleur à l'arbalète Prana pour rejoindre le front européen. Il devient rapidement un expert dans le lancer de sorts de vol qui le lie à son dragonnet par le biais de ses guêtres confectionnées à partir de la peau perdue par la mère à la naissance de ce dernier. Mais dans le même temps, il ouvre les yeux sur les réalités du conflit : "Trop de funérailles. Trop de gens des deux côtés qui meurent pour ce qu'ils croient. Et qui font des choses qu'ils n'auraient jamais imaginé."

Une bande dessinée à lire d'urgence pour éviter que l'âge des casernes ne nous ramène à l'âge des cavernes.

NB : le hasard veut que je publie cette chronique le jour du décès du dernier "poilu" Lazare Ponticelli, immigré italien, qui s'était engagé dans la légion étrangère à 16 ans en août 1914.  Espérons que, désormais qu'il n'y a plus de témoin direct de cette guerre qui devait être la der des ders, cela ne donne pas la tentation à certains politiciens prompts à chercher à donner une version officielle  de l'histoire de revoir la présentation de cette boucherie.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de bande dessinée

Jeudi 6 mars 2008



Voilà une bande dessinée qui sort de l'ordinaire.

Un graphisme qui fait tantôt penser aux albums de jeunesse par un côté faussement enfantin tantôt aux toiles  d'Otto Dix pour le côté
torturé. Une colorisation qui erre comme une âme en peine entre le gris, le noir et le bleu qui viendrait hanter aussi bien les auteurs que les lecteurs. Des textes qui donnent tour à tour la parole à une femme de trente ans qui raconte son enfance et son entrée dans la vie d'adulte puis à son père qui revient lui aussi sur ses jeunes années.

Le tout pour servir un projet étonnant : proposer un récit en partie autobiographique de la réconciliation d'une fille avec le père dont elle a longtemps souhaité la mort pour essayer de dégager quelques universaux sur la difficulté de grandir, de pardonner, de faire tomber les masques, d'éviter les pièges de la violence sous toutes ses formes du huis clos familial à la geste sociale pour tendre pratiquement à la géopolitique.

Les secrets de famille, les peurs et fantasmagories de l'enfance malmenée voire maltraitée, le chaos de l'adolescence suicidaire ou nihiliste, les remugles de l'histoire, les inégalités criantes, Théa et Charles Rojzman respectivement artiste-peintre et fondateur de la thérapie sociale, ne nous épargnent rien mais on comprend vite que c'est pour notre bien à tous du moins pour peu que nous aspirions à changer un peu le monde !


Le blog de  "La réconciliation" propose une revue de presse et quelques planches de la bande dessinée. Cliquez ICI
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par christophe fétat publié dans : Chronique de bande dessinée

Samedi 1 mars 2008



Pour tout dire le style de dessins de Manu Larcenet n'est vraiment pas ma tasse thé car à force de lire des comics j'ai souvent du mal à apprécier autre chose ce qui est bien dommage . Sans les conseils avisés d'un couple d'amis, il est fort probable que je serais passé à côté du Combat ordinaire et du Retour à la terre qui font aujourd'hui partie de mon panthéon. Les textes mais également les dessins de ces deux séries m'ont tout à tour fait rire à gorge déployée ou plongé dans une réflexion durable sur les relations humaines.

Les mêmes amis viennent de me prêter le premier volume du sens de la vis. Cette fois Emmanuel Larcenet abandonne les cases, ces "petites maisons en bambou qui empêchent le vent harmonieux de souffler sur [la] page" et propose avec son complice Jean-Yves Ferri de découvrir la teneur des échanges entre Demi-lune et son maître spirituel en pleines pages.

Demi-lune, dessinateur qui arbore fièrement toge et casquette, se décide après une dernière bière sur le zinc d'aller exposer à la critique du philosophe oriental ses derniers croquis. En fait de critiques, le maître se cantonne le plus souvent entre deux citations du Dalai Lama à poser des questions tantôt naïves tantôt décalées à son disciple afin qu'il commente lui-même ses productions. Rien d'étonnant finalement quand on connaît le point de vue de Manu Larcenet sur la critique "La critique est un concept assez étrange : des gens disent à d'autres ce qu'ils ont lu et s'ils ont aimé ou pas. C'est leur boulot, je n'aimerais pas faire ça."

Les réponses de Demi-lune oscillent entre l'absurde et le récit de vie tandis que les rares véritables commentaires de son maître montrent tantôt son incompréhension tantôt son empathie. Le plus souvent les échanges sont drôlissimes car à force de se vouloir profonds ils virent au creux et hors de propos comme ce dialogue surréaliste autour du bassin des carpes ou de la recherche d'une vis nécessaire au montage du banc Ikéa sur lequel ils devisent et méditent.

Ce sens de la vis me rappelle cette photographie de Man Ray qui fait un clin d'oeil à Magritte où l'on doit se rapprocher pour s'apercevoir que la queue de la pomme est en fait une vis. Comprenne qui pourra ou voudra.

Pour lire une biographie de  Manu Larcenet cliquez ici et

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par christophe fétat publié dans : Chronique de bande dessinée

Mercredi 27 février 2008
http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/grandes110/9/9/4/9782253099499.gif

Décidemment la  bibliothèque de mon quartier recèle  bien des perles  !  J'avais découvert il y a quelques temps la grammaire impertinente de Jean-Louis Fournier qui tout en égrenant  les règles grammaticales de façon rigoureuse  multipliait les exemples croquignolets !

Des exemples qui auraient difficilement voix au chapitre dans les salles de classe où le politiquement correct sévit le plus souvent par la force des choses (ou de l'habitude ?) . Je ris encore des pages consacrées à la conjugaison du verbe choir où une note laminaire et lapidaire mais ô combien pertinente conseillait aux jeunes gens de préférer le verbe "se casser la gueule" moins désuet à l'archaïque verbe choir et surtout bien plus simple d'emploi.

Depuis, j'ai lu Les mots des riches, les mots des pauvres qui écorne, au moyen d'une plume trempée dans le vitriol des trop pleins,  les travers des riches et en particulier des nouveaux riches tout en décrivant quelques réalités du quart monde.

Les titres des chapitres donnent le ton en proposant à la manière des exercices de style de Raymond Queneau la traduction pour le prolétariat de certains termes courants chez les classes privilégiées : "Cachemire, en pauvre se dit acrylique" ; "Foie gras, en pauvre se dit pâté de foie" ;  "Gagner, en pauvre se dit rêver" ;  "Chambre d'amis, en pauvre se dit canapé convertible"

Jean-Louis Fournier passe en revue la suffisance, la pingrerie et les prétentions de cette élite financière qui est loin d'être l'élite de la compassion, de la solidarité et de l'intégrité.

Certains trouveront que l'auteur force le trait jusqu'à la caricature mais ils devraient revoir leur jugement  au regard de l'actualité où la droite décomplexée prône un retour de la morale à l'école primaire tandis qu'elle semble atteinte du syndrôme de Tourette et n'hésite pas à multiplier les noms d'oiseaux lorsqu'elle parle de ses adversaires politiques du tocard de Panafieu lancé à Bertrand Delanöé aux cloportes de Coppé adressés aux militants de gauche en passant par la pétasse de Devedjian crachée à propos d'Anne-Marie Comparini.

Quand à Sarkozy qui donne des leçons de self control à Ségolène Royal lorsqu'elle s'emporte lors de leur débat télévisé des présidentielles, on n'oublie pas ses racailles. La polémique autour de la vidéo de son échange avec un visiteur du salon de l'agriculture qui refusait de lui serrer la main diffusée par le Parisien laisse songeur.

De même quand l'ancien directeur de cabinet de la ministre du logement veut faire la chasse aux fraudeurs alors qu'il sous-loue un logement HLM de très grande surface ou quand un député UMP qui signe un texte pour la création d'une commission sur la fraude sociale alors que lui-même continue à percevoir 1500 euros des assedic non sans cumuler les émoluments de député et de maire pour près de 10000 euros, on mesure que la caricature de Fournier est bon enfant finalement !


Je conclurai avec une courte citation de ce recueil désopilant mais qui vous fera néanmoins grincer des dents tant il met le doigt sur des comportements condescendants :

"Quand un pauvre est con, il le sait. Tout le monde le lui dit. Quand un riche est con, il ne le sait pas. Personne n'ose le lui dire."

Ceux qui trouvent que la lutte des classes est ringarde feraient bien de revoir leur jugement et de venir crier avec l'enfant du conte que l'empereur est nu ! Au-delà des mots grossiers de la majorité présidentielle il aurait fallu que l'on se préoccupasse des maux de la population !

J’ai longtemps cherché les mots les plus simples, les plus usés, même les plus plats.
Mais ce n’est pas encore cela : c’est leur juste assemblage qui compte.

Quiconque saurait le secret usage des mots de tous les jours aurait un pouvoir illimité, - et il ferait peur.

 Jean Tardieu , Pages d’écritures 

Pour lire d'autres citations sur le pouvoir des mots cliquez ICI


NB début mars :
François m'a fait parvenir la référence d'un autre titre sur les mots et leur emploi distinct selon les milieux :

"Cher Christophe, je viens de lire "Les Ruskofs" de Cavana, j'y retrouve des
préoccupations proches des tiennes  : un jeune ouvrier français avec le
certificat d'étude se trouve embringuer dans le STO dans une usine de Berlin
entre 1943 et 1945. Pour les beaux yeux d'une ouvrière russe et son coeur
charmant il se met au langues étrangères (le russe et l'allemand) et découvre
l'existence des "cas"  accusatif, datif etc... Après consultation d'interprètes
surtout dans le contexte historique plus ou moins foireux, il découvre qu'il y a
2 grammaires : l'une pour les pauvres (on parle de complément d'objet direct),
l'autre pour les riches (on  parle alors d'accusatif).
Voili Voilou sommes nous si loin de ces fossés culturels ?
"

NB du  9 avril : Almaterra poursuit la démarche de Jean-Louis Fournier et propose de nouvelles associations qui pourraient devenir les titres de nouveaux chapitres. Pour les découvrir cliquez ICI
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par christophe fétat publié dans : Lire l'actualité

Mardi 19 février 2008

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/1/1/9/9782020591911.jpg

Les questions de sécurité ont longtemps mis mal à l'aise les militants de gauche. En effet, leurs valeurs les poussent plutôt à rechercher des alternatives à l'enfermement carcéral ou psychiatrique, à préférer  la prévention et l'éducation aux mesures liberticides et répressives.

Partant du principe que seule la vérité est révolutionnaire, Thierry Jonquet s'attaque donc à un tabou en délaissant la fiction pour le réel et en choisissant dans Jours tranquilles à Belleville de raconter par le menu l'ensemble des trafics, incivilités et nuisances en tout genre qui ont peu à peu dégradé la vie de son quartier et comment il en est venu à dénoncer à la police un revendeur de drogue qui opérait sous ses fenêtres.

Certains lui ont reproché de crier avec les loups et de ne pas évoquer suffisamment  l'action sur le terrain de nombreux bénévoles qui cherchent par leur engagement militant à améliorer la situation. Thierry Jonquet est-il comme le prétendait le sociologue Michel Wiervorka " typique de ces couches moyennes éduquées qui n'ont pas chuté dans le chômage et l'exclusion, mais qui vivent dans un sentiment d'abandon et de décadence, dans un environnement où l'on se sent étranger et où la combinaison des effets de l'exclusion et de l'ethnicisation des rapports sociaux exacerbe la peur, le sentiment d'insécurité." ?

Le problème est que ce sentiment d'insécurité est partagé par bon nombre de nos concitoyens qui ont placé Jean-Marie Lepen au second tour des présidentielles de 2002 et ont élu Nicolas Sarkozy. Néanmoins Thierry Jonquet ne cède pas à une tentation poujadiste, il dresse un état des lieux. Il ne donne certes aucune solution mais il n'est pas dupe et n'ignore pas que les causes réelles de cette gabegie sont à rechercher dans les inégalités sociales criantes.

Par contre il refuse l'angélisme de certains qui se cachent derrière des slogans et l'hypocrisie d'autres électeurs de gauche qui ne jouent pas le jeu de la mixité sociale et font flèche de tout bois pour éviter à leur progéniture la promiscuité avec cette population qu'ils prétendent représenter et défendre.

Je finirai avec une anecdote récente qui m'est arrivée début février. Prenant l'air dans un jardin public proche de mon domicile, j'observais quelques policiers en train de dialoguer avec une dizaine d'adolescents et de jeunes adultes tout en contrôlant leur identité. Ces derniers étaient en ce début d'après-midi particulièrement éméchés et multipliaient les provocations. Ils venaient de prendre "l'apéro" assis sur les bancs. Autour d'eux les cadavres de bouteilles cassées s'étaient accumulés.

Après leur départ, je me suis installé pour lire sur un de ces bancs non sans avoir ramassé au préalable et jetté à la poubelle les tessons de bouteilles qui jonchaient le sol pour éviter qu'un des enfants qui jouaient aux alentours ne se blesse. Je repensais à l'essai de Thierry Jonquet lu quelques temps auparavant tout en me souvenant de la quantité de fois ces dernières années où je me suis évertué à lutter contre les incivilités sans recourir aux forces de l'ordre comme venait de le faire le voisinage de ce jardin public. Inviter tel groupe à laisser les petits accéder aux toboggans plutôt que de fuir l'endroit, reprendre des adolescents de moins de quinze ans qui tenaient des propos salaces à une mère de famille accompagnée de ses enfants ou d'autres qui se réjouisaient de façon tonitruante de la chute d'une quadragénaire sur une poussette, convier un jeune mélomane à baisser le volume de son baladeur qu'il confondait ouvertement avec une chaîne hifi, rappeler à un jeune cycliste le sens de la circulation dans une rue à sens unique, etc... Mais franchement de quoi je me mêle me direz-vous ? Après tout n'est-ce pas le rôle de la police ?

A chaque fois ce qui me mettait le plus en colère ce n'est pas l'attitude de ces trublions juvéniles mais l'incapacité des adultes qui les entouraient à réagir pour leur marquer des limites. J'étais scandalisé par la veulerie de ces parents qui fuyaient le parc avec leurs enfants ou de ces usagers des transports en commun qui préféraient se recroqueviller sur eux-mêmes plutôt que de ramener au calme quelques gamins perturbateurs qui du coup développaient de fait un sentiment d'impunité.  Certes l'actualité fait régulièrement état de faits divers gravissimes où un simple regard désapprobateur a valu des coups plus ou moins graves voire encore pire. Le quotidien est souvent pesant et on est tenté d'acheter sa paix en se cachant derrière son petit doigt tout en pestant contre la délitement du lien social.

J'en reviens à mon banc. Une demi-heure après leur départ, le groupe d'adolescents et de jeunes adultes est revenu dans le jardin public. Encore dans les brumes de l'alcool, l'un d'entre eux est venu me parler pour me demander si j'étais venu avec mes enfants. S'en est suivie une discussion sur sa difficulé à accepter d'être séparé, de ne plus pouvoir voir tous les jours sa petite fille et son besoin de boire avec ses amis pour oublier. Ainsi, derrière le fauteur de trouble il y avait un individu de 21 ans mal dans sa peau.

D'autres chroniques sur les textes de Thierry Jonquet sur Muet comme un carpe diem :

La folle aventures des bleus

Moloch, Comédia, Mon vieux, Les orpailleurs

Le bal des débris

Ils sont votre épouvante vous êtes leur crainte

Mygale

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par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Thierry Jonquet

Dimanche 17 février 2008


Je profite d'une accalmie dans les migraines à répétition qui me mettent au supplice depuis quelques semaines pour m'atteler enfin à la rédaction d'une chronique sur un recueil de nouvelles de science-fiction découvert par hasard lors d'un de mes derniers passages à la bibliothèque de Lille Fives.

Les sciences et leurs applications technologiques prennent de plus en plus de place dans notre quotidien. A tel point qu'il est de plus plus complexe pour le citoyen lambda d'en appréhender les tenants et les aboutissants, les risques et les avantages. Comment parvenir à ne céder ni à la tentation frileuse et rétrograde d'une décroissance absolue qui nierait les atouts indéniables du progrès dans bien des domaines ni à celle non moins risquée d'une confiance aveugle dans la fuite en avant de la modernité instrumentalisée par les multinationales avides de profits au grand dam de la société civile qui cherche à imposer la prise en compte de l'utilité sociale et du développement durable.

Les textes d'anticipation trop longtemps déconsidérés par les cercles littéraires ont pourtant depuis longtemps contribué à éclairer les zones d'ombre de cette science diffuse dont on promet l'innocuité ou de ces mathématiques si difficiles à déchiffrer.

Chaque jour l'actualité montre que l'une comme l'autre ne sont que des outils qu'il appartient à l'humanité de tailler selon ses besoins en prenant soin de trier le bon grain de l'ivraie sans croire aux mensonges éhontés des élites politiques et économiques qui font s'arrêter les nuages radioactifs aux frontières ou les OGM aux seules limites des lieux d'expérimentation.

C'est pourquoi la lecture difficile mais stimulante des nouvelles de Greg Egan compilées par les éditions Bélial sous le titre trompeur de Radieux fournira aux lecteurs opiniâtres de quoi nourrir leur réflexion sur toutes ces questions on ne peut plus contemporaines. Puisse la  rapide esquisse qui suit vous donner l'envie d'aller le vérifier par vous même.

A l'abri dans leur territoire inexpugnable composé d'espèces végétales génétiquement modifiées immunisées contre toutes attaques de défoliants, de toxines chimiques envisagées par les autorités, les cartels maffieux investissent massivement dans les biotechnologies car les vieilles substances addictives sont devenues trop facilement synthétisables. Pour fournir sans cesse de la nouveauté aux adolescents qui raffolent trouver de quoi modifier leur neurochimie à volonté en s'injectant directement dans la moelle osseuse des rétrovirus, les barons de la drogue n'hésitent pas à débaucher les meilleurs chercheurs. Mais ce qu'a mis au point Gullermo Largo est encore plus sensible qu'il n'y paraît puisque sa dernière création donne accès au contrôle de l'identité.

Lorsque la généalogie s'associe à la génétique et à la physique quantique pour mettre à jour des ancêtres communs au plus grand nombre est-ce de nature à permettre de tendre à la disparition des clivages et  à l'universalité ou au contraire est-ce que cela ne risque pas de mettre de l'huile sur le feu dévorant de toutes les formes de racisme ?

Que se passerait-il si des théorèmes mathématiques si simples qu'ils semblent irrécusables se révélaient incertains lorsque l'on les emploie avec des nombres plus grands que celui des particules de notre galaxie ?

Si la recherche médicale parvenait à renforcer les barrières placentaires pour éviter aux foetus d'être exposés aux virus, aux toxines, aux produits pharmaceutiques et autres drogues plus ou moins licites de prime abord on ne pourrait que s'en féliciter mais cette volonté affichée de protéger l'enfant à venir ne dissimule-t-elle pas des buts bien moins avouables ?


La numérisation globale des forêts neuronales d'un individu pour les transférer dans un robot inoxydable permettra-t-elle à l'humanité vieillissante d'échapper à la dégradation inéluctable du corps ?

Sommes-nous plus à même que par le passé d'échapper aux peurs irrationnelles provoquées par les grandes pandémies et aux inévitables tentations de récuparation mystique de ces fléaux ?

Pourquoi diable a-t-on volé cette icône de Notre dame de Tchernobyl qui pourtant d'un point de vue artistique n'a vraiment rien d'exceptionnel ?

Que retirerions-nous d'une plongée abyssale dans un trou noir ?


Avec un style qui fait la part plus belle aux disgressions scientifiques et qui passe par contre trop souvent à mon goût sur les implications politiques, Greg Egan rejoint néanmoins bien souvent les thématiques de Jérôme Leroy dont j'ai souvent parlé ici. Un auteur australien à découvrir en tout cas.

Pour lire une autre chronique sur ce recueil consultez le site du cafard cosmique

Autre recueil de nouvelles de Greg Egan chroniqué sur Muet comme un carpe diem :
Axiomatique "Lumière des évènements"
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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Dimanche 20 janvier 2008



Pour ma part sport appelle sporadiquement. Je n'en pratique pas et je ne lis donc aucun journal spécialisé. Par contre, je m'interroge sur la place du sport dans notre société et son instrumentalisation économique et politique.

La recrudescence des violences conjugales durant la retransmission de la coupe du monde  de football ou  le  développement des maisons closes en Allemagne avec  leurs conséquences  pour nombre de femmes  autour  de la dernière édition ont de quoi nous interroger sur  l'imaginaire  de quelques-uns des supporters. De  même que les cris de singe  de certains Tiffosi lorsque des joueurs noirs avaient la balle sans parler de leurs bras tendus.

On m'opposera à juste titre que les amateurs de football ne sont pas tous, loin de là et heureusement, des maris violents ou des fascistes. Pour bon nombre de personnes effectivement, le football est avant tout une fête, un moyen convivial de retrouver leurs amis autour d'une passion commune. Mais le football n'est-il pas également un moyen pratique pour les politiciens de canaliser l'attention de la population pour qu'elle évite de se pencher sur d'autres thèmes.

Si les librairies regorgent de livres de témoignages ou d'enquêtes sur ce sport et ses personnalités, je ne connais en revanche que très peu de textes littéraires à ce sujet.
 
http://www.lelitteraire.com/IMG/jpg/jouerjuste_affiche.jpg

En dehors de Jouer juste de François Bégaudeau qui utilise la métaphore footballistique pour évoquer avec un humour qui fait froid dans le dos les offres et les affres amoureuses je n'ai trouvé que La folle aventure des bleus.... de Thierry Jonquet. Cette nouvelle "sportive" est l'occasion pour lui de poser encore une fois son regard social acéré avec un personnage principal qui n'est pas sans rappeler Charlie dans Moloch ou Daniel Tessandier dans Mon vieux.

http://medias.fluctuat.net/livres/11/1131-medium.jpg

Aux lendemains de la victoire de l'équipe de France en finale de la coupe du monde de 1998, Adrien perd son emploi de magasinier qui lui permettait de "surnager avec un minimum de dignité dans l'océan tourmenté de l'économie mondiale". La décision de fonds de pensions américains d'éjecter de leur organigramme la petite entreprise de métallurgie où il travaillait va signer pour ce passionné du ballon rond le début de la descente aux enfers de la précarité.

Lorsque tombe le couperet de la fin du versement de ses allocations chômage, Adrien n'en finit pas  "d'encaisser les buts, comme un goal qui aurait perdu tous ses moyens et devrait assumer défaite sur défaite, alors que les joueurs adverses ne respectaient plus aucune des règles du jeu."

Quatre ans après le 3-0 contre le Brésil, la nouvelle coupe du monde en Corée lui permet d'espérer oublier un temps la perte de son logement qui le contraint au mieux à dormir dans le hall des immeubles dont il a obtenu le digicode contre quelques euros au pire sur la grille d'évacuation du métro.

Son quotidien se résume à la quête du moindre sou en clamant maladroitement des poèmes devant des usagers de la RATP blasés ou en déchargeant la camelote des marchands forains. Le tout pour glaner de quoi compléter son RMI réduit à peau de chagrin par le  versement de la pension alimentaire pour ses deux filles et des mensualités de ses dettes de jeux au Gros Serge.

Lorsque son ami unijambiste Rajko lui propose d'aller cambrioler le chantier d'une maison bourgeoise pour y récuperer un important lot d'outillage facilement négociable sur les puces de Montreuil, Adrien n'hésite pas longtemps.

Cette dernière combine s'avérera être la dernière étape de sa foirade totale, de sa panade intégrale pourtant jusqu'à son dernier souffle il suivra les faits et gestes de Djorkaeff, Desailly, Leboeuf et Lizarazu avec le résultat que l'on connaît.

Thierry Jonquet n'est à aucun moment condescendant avec son personnage et ceux qui lui ressemblent dans la réalité Au contraire on ressent une grande empathie, un désir d'un avenir meilleur pour tous ceux qui recherchent dans le football de quoi rêver dans un monde où les retransmissions sportives semblent bien être le dernier avatar des jeux romains. A la fin de DRH la seconde nouvelle de ce recueil poignant, dérangeant ne fait-il pas dire à l'un de ses personnages qu'il faut toujours parier sur les plus faibles car "acculés au plus profond du désespoir, ils sont capables de bien des sursauts..."


Nota bene du 27 janvier 2008 :  Le Comité des Sans papiers 59 inivitait ses soutiens à venir se rassembler devant l'hôpital Dron de Tourcoing où treize Sans papiers avaient effectué une grève de la faim cet été.

A cette occasion, il a été rappellé que le club de foot qui s'entraîne sur le terrain situé non loin de cet hôpital avait exprimé sa solidarité avec les grévistes de la faim de manière concrête en prêtant une tente pour les abriter faute de mieux des intempéries. Comme quoi il existe des bénévoles des clubs sportifs avec des valeurs qui n'ont rien de marchandes !

Nota bene du 17 février 2008 : Je viens de parcourir un court texte de Serge Joncour au sein de ses Situations délicates intitulé "Footeux" qui interroge ce sport encore sous un autre angle, celui de la filiation et du paraître. Le reste du bouquin passe en revue quantité de scènes quotidiennes urticantes dans un style très écrit mais qui évite néamoins l'ampoulé. Tout ne m'a pas plu mais il y a quelques perles.



NB du 3 mars 2008 :
Julien m'a fait parvenir les références des titres suivants toujours à propos du sport dans la littérature :
"- 54x13 ., de l'inénarrable Jean Bernard Pouy, nous donne à entendre les
pensées qui défilent dans la tête d'un médiocre cycliste d'origine
dunkerquoise tout au long d'une échappée solitaire
- Les chroniques d'Albert Londres sur le Tour de France ont été éditées
au Serpent à Plumes (coll. Motifs) sous le titre "Tour de France, Tour
de souffrance". Je les finis ce soir. Il a vraiment l'air perdu mais les
coureurs aussi !
- François Bégaudeau a dirigé récemment la publication de "Le Sport par
le Geste" - recueil de textes assez amusants, mais qui, si le sport ne
t'intéresse pas plus que ça, risque de te laisser froid...
"

54 x 13 François Bégaudeau, Xavier de La Porte, Collectif, Arnaud Bertina, Maylis de Kérangal - Le sport par les gestesTour de France, tour de souffrance

Comme le titre du roman cycliste de Jean-Bernard Pouy indiqué par Julien m'intriguait j'ai fait un tour sur mon moteur de recherche que 54X13 au vélo c'est le rapport entre le plateau avant (54 dents) et le pignon arrière (13 dents). Ce texte a été adapté au théâtre par Jacques Bonnaffé. Par ailleurs sur le site de fluctuat Jean-Bernard Pouy raconte qu'il a écrit 54x13 parce qu'il  a "toujours aimé le cyclisme, que j'ai toujours préféré au football. Il est rare de voir des bras levés en salut fasciste sur les bords des routes. Dans le vélo, les gens passent 3 à 4 heures sur les bords de route à attendre les coureurs qui passeront 15 secondes. Ca laisse du temps. En attendant, les gens discutent, ils mangent, ils jouent avec les enfants, ils font l'amour dans les fourrés. Le cyclisme ne monopolise pas toute l'attention des spectateur et permet ainsi une plus grand disponibilité à une foule d'autres choses toutes aussi passionnantes."

D'autres chroniques sur les textes de Thierry Jonquet sur Muet comme un carpe diem :

 Jours tranquilles à Belleville

Moloch, Comédia, Mon vieux, Les orpailleurs

Le bal des débris

Ils sont votre épouvante vous êtes leur crainte

Mygale


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par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Thierry Jonquet

Dimanche 13 janvier 2008
L'image “http://www.decitre.fr/pi/66/9782752902566TN.gif” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Pourquoi diable s'intéresser à la vie d'Hugh Wolfe, cet ouvrier fondeur des laminoirs Kirby & John's de la fin du XIXème siècle qui fournissaient les chemins de fer de Virginie occidentale?

Vous pourriez penser comme l'avance la romancière Rebecca Harding Davis "qu'il s'agit d'une histoire plutôt ennuyeuse, aussi brumeuse que cette journée dépourvue d'éclats soudains de douleur ou de plaisir" ou que ces quelques dizaines de pages "ne sont les grandes lignes d'une vie morne qui, comme des milliers de vies aussi mornes que la sienne, fut depuis longtemps vécue et perdue en vain - des milliers de vies entassées, viles, rampantes, telles celles de ces lézards engourdis dans des baquets d'eau stagnante."

Mais vous passeriez à côté d'un texte qui montre la réalité de l'exploitation capitaliste de l'époque, les conditions de vie de ces hommes et de ces femmes qui ont été sacrifiés sur l'autel du progrès et de l'industrialisation pour enrichir des bourgeois condescendants.

Certes ce texte est sombre comme cette fumée crachée de hauts fourneaux  en pérpétuelle activité ou presque. Une fumée qui "s'accroche comme une pellicule de suie grasse aux façades des maisons" et qui salit jusqu'au canari qui "pépie sans joie dans sa cage".

On est loin de la grimaldisation clinquante et tonitruante de la geste politicienne actuelle qui cherche à masquer le rouleau compresseur libéral. Le "travailler plus pour gagner plus" que l'on nous serine à longueur de journée aujourd'hui raisonne/résonne amèrement dans la description du quotidien harassant de ces hommes et de ces femmes qui cherchent dans l'alcool et la danse de quoi oublier qu'ils vivent dans les sous-sols d'une maison louée à une demi-douzaine de familles comme ces ouvriers lillois décrits par Hugo dans les Châtiments :

Un jour je descendis dans les caves de Lille ;
Je vis ce morne enfer.
Des fantômes sont là sous terre dans des chambres,
Blêmes, courbés, ployés ;
le rachis tord leurs membres,
Dans son poignet de fer.

Sous ces voûtes on souffre, et l'air semble un toxique ;
L'aveugle en tâtonnant donne à boire au phtisique ;
L'eau coule à longs ruisseaux ;
Presque enfant à vingt ans, déjà vieillard à trente,
Le vivant chaque jour sent la mort pénétrante
S'infiltrer dans ses os.

Jamais de feu ; la pluie inonde la lucarne ;
L'œil en ces souterrains où le malheur s'acharne
Sur vous, ô travailleurs,
Près du rouet qui tourne et du fil qu'on dévide,
Voit des larves errer dans la lueur livide
Du soupirail en pleurs.


L'actualité récente qui a mis en lumière une famille qui avait dû s'abriter faute de mieux dans une cave avant d'être enfin relogée plus dignement montre que l'histoire bégaie.

Pourtant Hugh Wolfe trouve la force de sculpter avec son couteau émoussé le Korl, cette substance légère et poreuse, d'une délicate teinte cireuse, couleur chair, issu des dépôts de minerai après que le métal brut ait été fondu. Ce qui ne le rend pas plus  populaire auprès de ces compagnons illétrés qui lui reprochaient déjà la tare d'un trimestre de scolarisation et son peu de virilité et de fiabilité dans les bagarres.

Mais il n'est guère plus compris par Clark Kirby, le fils d'un des propriétaires, qui fait visiter le site industriel au Docteur May, l'un des médecins de la ville accompagné d'un reporter et de quelques messieurs à la recherche de distraction.

Lorsqu'ils découvrent au sortir de la pénombre sa sculpture de femme nue "accroupie sur le sol, les bras tendus comme un avertissement " qui ne possédait pas le moindre trait de beautée ou de grâce" ils sont incapables de réaliser la véritable nature de la faim qui transpire du visage arraché au korl friable.

Leurs débats sur cette oeuvre d'art brut a de quoi donner la nausée. Quelles sont les responsabilités d'un employeur ? Faut-il ou non faire accéder les ouvriers à l'instruction et à l'art puisque cela ne servirait qu'à leur faire ressentir plus amèrement leur condition ? A quoi bon élever Hugh Wolve hors de cette condition si l'on ne peut pas élever les autres ? L'émancipation de la classe ouvrière peut-elle venir d'elle-même ou doit-elle être le fruit de quelques philanthropes éclairés ?

Hugh Wolfe lui-même n'a pas les mots pour exprimer clairement le propos exact de sa sculpture mais contrairement au canari sali qui pépie dans sa cage en oubliant son rêve de vertes prairies et de soleil, il aspire à une vie pure, une vie bonne et sincère, pleine de beauté et de mots bienveillants. Aussi lorsque Deborah qui l'adule et voit bien qu'il dépérit à travailler auprès des fours,  lui remet l'argent qu'elle a volé à l'un des visiteurs, il se laisse tenter ce qui lui vaudra d'être arrêté.

La suite ? A votre avis ?


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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Lundi 7 janvier 2008



Faut-il placer Il est des nôtres de Laurent Graff dans la filiation littéraire de La modification où Michel Butor avait choisi d'articuler  son roman autour du pronom personnel vous ou dans celle de  Mygale de Thierry Jonquet qui utilise un tu assassin si déstabilisant ?

Comme le chantre du nouveau roman et  le maître du polar Laurent Graff, évite en effet le je facétieux ou un ll  qui isolerait son personnage principal de ses contemporains pour lui préférer le on qui va associer bon gré mal gré ses lecteurs aux affres du héros ou plutôt de cet anti-héros. Ce choix stylistique est redoutable car comme l'indique Camille Laurens dans son magnifique recueil Quelques-uns qui fait suite au Grain des mots, ce petit mot est un  pronom personnel, toujours assujetti, cet invariable aime la variété ; il ne désigne personne mais il remplace tout le monde. C'est le champion de la métempsycose. Il anime à lui seul les six personnes de la conjugaison, s'adaptant à chacune avec un sens aigu de la nuance. Plus loin elle ajoute qu'il est le miroir de l'homme. L'étymologie va plus loin puisque on dérive directement du latin homo.

On
c'est donc l'homme, cet homme Jean dont on découvre la vie à la banalité abrasive. Calembredaine de la bedaine de la quarantaine qui éloigne inéluctablement la concrétisation des rêves de séduction. Cohabition plus que vie commune avec la mère de ses enfants dont il craint les foudres ménagères et recherche péniblement quelques attouchements hebdomadaires faute de mieux. Consommation rituelle d'un café matinal sur le comptoir du bar de la gare en attendant le train qui le conduira à son travail de bureau où l'ennui et la médiocrité se livrent à une lutte farouche en dépit de la tartufferie de la convivialité avec ses collègues. Préparatifs de vacances et arrêt sur l'aire d'autoroute.

Peu à peu vous sentirez la nausée vous envahir tant ces cascades de on vous infligent de ressemblances bon gré mal gré avec votre quotidien. Ce pronom personnel honni - on c'est un con entendais-je dire dans mon enfance - est-il le hérault de l'universel nivellement des espoirs romanesques vers le bas ? Le "qu'en dira-on ?" et les "on dit" doivent-ils toujours avoir le dernier mot sur les "on ira où tu voudras, quand tu voudras et on s'aimera encore quand l'amour sera mort" ?

A la manière des contes à la courte paille de Gianni Rodari, Laurent Graff propose après cette immersion dans le banal, trois suites possibles, trois récits où brusquement une panne de réveil, un retard viennent tout changer à la façon d'un battement d'ailes de papillon qui entraînerait un ouragan. Jean devient tour à tour Achille, Ambroise puis Arsène qui tous trois verront leur vie modifiée dans le marc du café de la gare. Le premier parce qu'il prendra son café dans la salle à côté d'une inconnue, le second parce qu'il remplacera le café quotidien par un whisky qui en appelera beaucoup d'autres, le dernier parce qu'il a renoncé à prendre son café et s'est mis à marcher vers on ne sait quoi.

A vous de voir au sortir de la lecture de ce court roman si vous préfereriez être Jean, Achille, Ambroise, ou Arsène mais ces quatres hommes vous hanteront comme ce sempiternel on  hante le livre à la façon d'un bourdon de cornemuse dans la brûme des rêveries.


 

Pour lire une chronique du Cri  de Laurent Graff cliquez ICI

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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Mardi 1 janvier 2008