Présentation

Recommander


Dimanche 19 juillet 2009 7 19 /07 /Juil /2009 10:16
http://filmsdefrance.com/2004_Ordo.jpgAu hasard de mes pérégrinations dans les médiathèques de ma ville, je suis tombé sur une adaptation à l'écran dOrdo un roman de Donald E. Westlake que j'avais chroniqué il y a un an de celà.

Ordo un est marin qui découvre par hasard que la star qui fait fantasmer la majeure partie de la gente masculine est son ex-femme. Incrédule, il demande une permission à sa hiérachie pour essayer de la rencontrer et comprendre comment la jeune Estelle a pu se métamorphoser à ce point. Les années écoulées et la décoloration en blonde platine ne suffisant pas à ses yeux à expliquer cette sensation d'inquiétante étrangeté qui le saisit lorsqu'il visionne ses films.

Le contexte en a été francisé, bien des aspects des réflexions que peut se faire Ordo, son désarroi, son incrédulité, ses espoirs ou ses inquiétudes face à Estelle ou son entourage,  ont été transcrits pour les besoins du cinéma sous d'autres formes de narration voire passés à la trappe mais l'essentiel est bien là. Le décor de la maison luxueuse de la vedette et de sa piscine étant un personnage à part entière au côté de Marie-Josée Croze (récemment mise en lumière par son interprétation aux côtés de Daniel Auteuil dans l'adaptation du roman Je l'aimais d'Anna Gavalda par Zabou Breitman) et de Roschdy Zem (qui campe avec Jamel Debbouze et Sami Naceri, un des soldats magrébhins  venus délivrer la France occupée dans Les indigènes de Rachid Boucharef)

De même, le film rend très bien compte de ces regards qui changent lorsque ses camarades ou sa maîtresse actuelle apprennent qu'Ordo a été marié par le passé à celle qui est devenue une star à la sensualité volcanique. La scène du repas avec la mère de l'actrice est une des plus réussies.

Bref le film est à voir. Bien sûr, il  vous déroutera peut-être par sa lenteur apparente qui a quelque chose du supplice de la goutte d'eau. Mais, à mon sens, il est exactement au rythme nécessaire pour traduire la tension sousjacente à la situation. Comme dans Eternal Sunshine of the spotless light il y a une véritable dialectique entre l'identité et les souvenirs.

On peut à juste titre s'interroger s'il était vraiment nécessaire que le film s'attarde autant sur la plastique de Marie-Josée Croze certes affriolante ou sur les scènes de tournage certes croustillantes mais à une époque où le paraître prime sur l'étre dans de plus en plus de domaines, (re)voir ce film permettrait de se poser bien d'autres questions plus actuelles sur la mainmise de la communication dans tous les pans de nos sociétés. Ne sommes-nous pas tous comme Ordo en train d'essayer de trier le vrai du faux dans les faux semblants du quotidien médiatique ?



Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Par christophe fétat - Publié dans : Chronique de film

Dimanche 12 juillet 2009 7 12 /07 /Juil /2009 11:44
http://www.actualitte.com/images/news/5630.jpgAu début des années 90, un certain Gérard Mulliez, à la tête d'Auchan mais également d'Agapes Restauration qui regroupe plusieurs enseignes telles que Pizza Paï, les 3 brasseurs ou Flunch, milite ouvertement pour une baisse de la TVA pour la restauration. Avec un chiffre d'affaire total annuel de 600 millions d'euros on comprend ses motivations.

 A partir de 1995, le président Jacques Chirac s'engage à donner suite à cette revendication mais c'est finalement son ancien ministre des finances arrivé aux fourneaux de la République et pendant un temps de l'Union européenne qui concrétise cette promesse électorale qui sera mise en application dès le 1er juillet 2009.

On est en droit de s'interroger sur l'impact réel qu'aura cette baisse de la TVA à 5,5% sur la quantité de sel des additions qui seront présentées aux clients des 147300 établissements de la restauration commerciale quand déjà dans la profession plusieurs voix s'élèvent pour dire qu'il sera difficile d'investir et de procéder à de nouvelles embauches si cette baisse de la TVA doit s'accompagner d'une baisse des prix affichés.

De même, il est troublant de constater que l'on n'entend plus guère parler de la lutte exemplaire de ces travailleurs sans papiers qui dénonçaient l'exploitation de leur situation par des patrons sans vergogne qui avaient trouvé un biais commode pour réduire leur masse salariale y compris dans des établissements prestigieux fréquentés par l'élite politicienne.

Car si les Sans Papiers du café de la Jatte de Neuilly ont tous été régularisés qu'en est-il aujourd'hui pour tous les autres. De même qu'on nous parle peu des conditions de travail exécrables dans cette profession où les salaires sont inversement proportionnels à la note que nous devons régler. Si l'on n'y prend garde au vu des débats sur le travail dominical, leurs horaires décalés et leurs salaires de misère seront bientôt la règle commune ! Car au nom de l'égalité, la tentation de niveler par le bas à moyen terme reste forte dans le patronat  quoiqu'en disent ses porte-paroles !

Attendons-nous donc surtout à avaler des couleuvres et de la vache enragée !

http://gbraeme.free.fr/corps.jpgSi j'ai dévoré en une nuit le roman culinaire de Poppy Z. Brite, j'ai avant tout apprécié qu'elle ne se contente pas de glorifier la gastronomie américaine et qu'elle n'hésite pas  à montrer l'envers du décor,  la tambouille interne des milieux de la restauration qui est loin d'être ragoûtante.

En effet, elle lève en partie le voile sur la précarité des travailleurs de ce milieu, contraints bon gré mal gré à changer d'établissements très souvent selon les humeurs de cheffallions toqués, elle décrit la difficulté des horaires, des rythmes de travail, les brûlures et les jambes lourdes. Elle dénonce le machisme et le racisme qui règnent dans certaines cuisines et à mots plus ou moins couverts des pratiques de dessous de table.

L'histoire d'amour entre G. Man et Rickley est touchante, comme l'était celle entre Franck le cuistot et Camille la dessinatrice dans Ensemble c'est tout d'Anna Gavalda ou celle de l'amitié entre Miles et Jack dans le film culte  Sideways  où tout se jouait autour du vin,. Elle peut surprendre de prime abord, ceux qui connaissaient Poppy Z. Brite au travers de ses romans de vampires ou de tueurs en série qui aiment à cuisiner la viande humaine comme dans Corps exquis mais l'horreur qu'elle décrit dans ce roman consacré aux restaurants de la Nouvelle Orléans est d'autant plus effrayante qu'elle reflète hélas une partie de la réalité.

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Par christophe fétat - Publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Mercredi 8 juillet 2009 3 08 /07 /Juil /2009 21:00
http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/0/2/8/9782707316820.jpgLuc a perdu ses clés, sa serviette et son emploi mais n'aurait-il pas perdu de surcroît la tête ?

En effet, de prime abord, on peine à saisir pourquoi il préfère s'installer à l'hôtel plutôt que de remuer ciel et terre pour retrouver ses clés, joindre sa compagne ou solliciter l'intervention d'un serrurier.

Puis, rapidement on se rend compte que cet homme semble aspiré par le vide. Habitué aux catastrophes au quotidien, Luc alias Gavarine, affirme que ce qu'il aimerait " connaître, en vérité, une bonne fois, c'est l'enfer." Aussi, pour ce faire, il compte sur l'accumulation, le trop plein et donc sur l'attente impatiente du prochain coup de Trafalgar.

Pour ce faire, il laisse sans vergogne sa vie dériver au gré des événements comme une conversation qui au fil des disgressions s'éloigne inéluctablement de son point de départ sans que qui que ce soit y trouve à redire.

Avant même de perdre ses clés, Luc semblait d'ores et déjà avoir perdu Anne qui venait pourtant de s'installer chez lui après une opération de séduction atypique où les bouquets de fleurs sont jetés à la poubelle sans pouvoir, devoir être offerts.

A l'instar d'Elizabeth qui dans Le cran d'arrêt d'Emmanuèle Bernheim semble attendre le grain de sable qui va gripper l'engrenage amoureux, Luc trouve dans cette perte de clé le prétexte qui lui manquait pour mettre la clé sous la porte et partant déclarer la faillite amoureuse.

De toute manière, puisqu'Anne n'avait jamais posé de questions sur sa serviette de skaï et son contenu fantomatique voire fantasmatique,  sa logique paranoïaque le pousse à conclure qu'elle ne s'intéressait pas réellement à lui.

La suite du récit est à l'envi et ne cesse de m'évoquer les romans étranges de Laurent Graff à cause de ces oscillations pendulaires et donc hypnotiques entre l'absurde énigmatique et la quête romanesque au hasard de phrases ciselées où souffent le chaud et le froid d'un humour versatile.

 Après avoir consulté son répondeur à distance, il découvre qu'une certaine Marge cherche à reprendre contact avec lui et l'invite à le rejoindre à la piscine. Pour le coup il nage dans le flou car il a bien du mal à se rappeler laquelle de ses partenaires passées est Marge. Néanmoins, il se munit des accessoires voulus et se jette à l'eau.

Avant même que ces retrouvailles n'aient lieu, il tombe amoureux d'une inconnue enceinte mais pas renfermée au point de la suivre dès le lendemain en Corrèze, d'assister à ses premières contractions au sortir du train et dans la foulée à son accouchement et jouer de facto le rôle du père de l'enfant en coupant le cordon ombilical. Pourtant cette femme ne lui donne aucune certitude sur le devenir de leur relation tout en réclamant régulièrement sa présence et son aide. Alors qu'est-ce qui le motive ? Le désir de vivre l'instant présent sans se soucier de l'avenir et sans nostalgie pour un passé exécré, une aspiration à la paternité qui donnerait un second souffle à son existence, l'envie de se sentir utile pour donner un sens à sa vie, la recherche éperdue de mensonges romanesques à défaut de vérités romantiques? Faute de grive on mange des merles semble être la devise de ce drôle d'oiseau qui a tout du coucou sentimental.

Ses relations avec le frère de celle-ci seront tout aussi interlopes puisque du jour au lendemain il accepte de l'épauler pour la gestion des visites de l'aven situé dans sa propriété. L'amour du vide encore ? Toujours est-il que tout le monde semble apprécier son aide au point de faire l'impasse sur le côté équivoque de sa présence auprès de Florence. Il est là alors autant le solliciter pour pallier les difficultés présentes. Le coucou a des appétits de moineau alors on le laisse faire son nid, prendre les clés de la voiture et du gouffre.

Tout au long du roman des sentiments contradictoires nous assaillent pour tour à tour nous amener à comprendre ou à condamner les errements de ce personnage insolite qui semble trouver le bonheur là où personne n'irait le chercher. Mais dans le même temps ses choix ou plutôt ses absences de choix semblent interroger la vacuité des nôtres. Lire en creux toujours...


 
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Par christophe fétat - Publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Samedi 4 juillet 2009 6 04 /07 /Juil /2009 11:08
http://accel6.mettre-put-idata.over-blog.com/204x299/1/80/58/62//sur-la-plage-du-chesil.jpgEdward Mayhew et Florence Ponting se rencontrent par hasard ou par nécessité à l'occasion d'un rassemblement contre la prolifération nucléaire. Dans l'Angleterre pudibonde du début des années 60, "leur cour ressemblait à une pavane, à une manifestation solennelle, ralentie par un protocole jamais signé ni mentionné, mais généralement observé".

Dans ces conditions leur lune de miel est moins un aboutissement qu'une ultime épreuve pour dépasser les inhibitions et les craintes que suscite une première fois. Au fil des pages, Ian McEwan nous convie  à prendre connaissance du récit de vie des deux jeunes mariés afin de comprendre les raisons du trac d'Edward et celles de la terreur viscérale de Florence.

La mère d'Edward a des facultés mentales diminuées à la suite d'un accident. Ce qui a contraint son père, directeur d'école primaire à composer un modus vivandi hors norme autour de ses trois enfants. Florence si déterminée lorsqu'il s'agit de gérer sa carrière de musicienne, peine à trouver le bon tempo pour parler sincérement avec ses parents ou avec sa soeur. Avec eux comme avec Edward, elle va chercher à éviter les conflits en taisant ses aspirations sur fond de culpabilité latente.

Au final, dans cette relation, on peut entrevoir les prolégomènes de la révolution des moeurs qui suivra à la fin des années soixante. La pression sociétale se reportant sur les individus est telle à l'époque qu'il faudra bien créer une soupape en faisant évoluer les choses.

Mais combien de personnes auront été brisées au cours de cette nécessaire évolution ?

Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Par christophe fétat - Publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

Concours

Syndication

  • Flux RSS des articles
 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés