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Mercredi 23 juillet 2008
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Pour les rolistes quadragénaires qui ont passé quantité de nuits blanches à jouer des personnages de solos ou de techies dans de frénétiques parties de Cyberpunk bien avant que la trilogie Matrix ne déchaînent les passions, le monde futuriste de Greg Egan sera un bain de jouvence.

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Les implants éléctroniques associés aux drogues en tout genre et à la chirurgie permettent à tout un chacun d'apprendre instannément une langue étrangère, de maîtriser la caméra occulaire directement reliée au cerveau (cf l'excellent roman L'enigme de l'univers disponible en livre de poche) et diverses interfaces de navigation sur la toile du village global, mais également d'améliorer considérablement les performances physiques à l'aide de messages biochimiques en mesure d'anihiler toutes sensations de fatigue (cf le roman Isolation lui aussi disponible en poche).

Une fois "réveillé" l'implant est placé dans une narine comme si c'était une prise de tabac. Les nanomachines qui le composent se frayent ensuite par elles-mêmes un chemin jusqu'aux connections neuronales idoines.

Jusqu'ici, me direz-vous, rien de très nouveau sous le soleil de la science fiction mais dans la nouvelle éponyme du recueil Axiomatique, Greg Egan prédit également que les implants électroniques et les nouvelles drogues seront d'abord plebiscités pour leurs applications hallucinogènes et érotiques et pire encore dans le coaching psychologique à dimension plus ou moins religieuse.

Le romancier australien apporte une dimension supplémentaire pour questionner le lecteur sur ce qui fonde l'humain au-delà de toutes ces prothèses électroniques ou biochimiques en employant un procédé qui rappelle en creux le thème de la nouvelle d'Isaac Asimov "L'homme bicentenaire" ou le film Je suis un cyborg de Park Chan-Wook

http://pagesperso-orange.fr/monot.jc/vg/l_hobi86.jpghttp://www.wartmag.com/img/nov07/cyborg.jpghttp://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/8/0/5/9782253072508.jpgL'image “http://yet.org/images/books/lenigmedelunivers.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

Un implant peut-il contribuer à aider quelqu'un à faire son deuil en levant tout ou partie de ses interdits moraux et/ou éthiques ?

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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Mercredi 23 juillet 2008
http://www.bdfi.net/img_forum/egan_(axiomatique).jpg

Victime pour des raisons génétiques d'un virus qui n'aurait jamais dû sortir  du laboratoire souterrain où il a muté avec l'aide de chercheurs en quête de la meilleure arme biologique au moindre frais, Karen Rees doit se résigner à prendre à heures fixes un médicament.

Un médicament qui à défaut d'être à coup sûr le bon est susceptible de faire l'affaire selon les bases de données des firmes pharmaceutiques peu enclines à se lancer dans des recherches de fond pour "à peine" 80000 personnes infectées et une centaine de décès annuels. Une impression de déjà vu vous gagne, ne cherchez pas c'est malheureusement ce qui se passe d'ores et déjà pour bon nombre de maladies dites orphelines.

Grâce à ses talents informatiques, Karen parvient à localiser sa soeur jumelle qui écume le globe moins pour trouver la matière à ses articles de vulgarisation scientifique que pour assouvir sa passion pour les voyages. Pourra-t-elle la prévenir à temps des risques d'être également atteinte par ce virus ?

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La nouvelle "Soeurs de sang" du recueil Axiomatique de Greg Egan s'interroge comme Un crabe sur la banquette arrière  d'Elisabeth Gilles sur les affres du malade dont les moins douloureuses ne sont sans doute pas les modifications qu'entraînent sa pathologie dans ses relations sociales mais au-delà analyse froidement ce que peut entraîner une politique médicale conditionnée par des entreprises pharmaceutiques pour qui la rentabilité est la priorité absolue.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Mardi 22 juillet 2008

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Pygmalion de Paul Delvaux de 1939

Depuis le mythe de Pygmalion qui avait donné vie à sa scuplture, bon nombre d'auteurs se sont emparés du thème de l'oeuvre d'art qui s'anime. Pour n'en citer que quelques-uns La Vénus d'Ille  de Mérimée, Omphale  de Théophile Gautier, Le géant égoïste d'Oscar Wilde,  Le roi et l'oiseau  de Jacques Prévert, L'extraordinaire tableau de Félix Clousseau de Jon Agee.


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Par contre, je connaissais peu d'écrivains de science fiction qui se soient essayés à décliner dans leur genre littéraire cette oeuvre d'art qui prend vie.  Juliette Canche, un des personnages de Bref rapport sur une très fugitive beauté  de Jérôme Leroy,  a créé une simulation en trois dimensions de trois tableaux du peintre surréaliste Paul Delvaux.(L'Aube sur la ville, La Vénus endormie et La ville rouge) où le spectateur peut "se promener, caresser les personnages, parler avec eux, éprouver la fraîcheur du marbre et la richesse des étoffes".


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La Vénus endormie, Paul Delvaux 1944


Avec la nouvelle La caresse comprise dans le recueil Axiomatique Greg Egan va plus loin en imaginant qu'un esthète est tellement passionné par une oeuvre qu'il n'a de cesse de lui donner corps. Non seulement il va imiter le Docteur Moreau d'H.G. Wells en donnant vie par manipulation génétique à une femme léopard identique à celle peinte par Fernand Khnopff en 1986 mais il va pousser le zèle jusqu'à s'efforcer de rétablir tout le contexte du tableau fut-ce au prix d'une longue et minutieuse préparation qui le contraindra à transférer sa mémoire dans un clone pour mener à terme son projet. "C'est le réseau des relations entre les sujets d'une part, et entre les sujets et les décors d'autre part qui consiste le défi de la génération à venir".


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Les caresses ou le sphinx de Fernand Khnopff 1896

Une monomanie qui plus est quelque peu en marge de la légalité puisqu'il n'hésitera pas à enlever un homme et à modifier son apparence pour qu'il ressemble à l'homme qui colle sa joue contre celle de la sphinx.


La tentation de l'impossible de René Magritte, 1928

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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Lundi 21 juillet 2008
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Suite des chroniques des nouvelles que j'ai préférées dans l'excellent recueil Axiomatique de Greg Egan proposé par les éditions Bélial et Quarante-deux :


Après avoir passé en revue les différents arguments qui tendent à prouver que les loteries sont de vastes escroqueries et que leurs évolutions au fil du temps n'ont été qu'une adaptation à ce que les joueurs y recherchaient, Greg Egan s'applique dans sa nouvelle "Eugène"  à entrevoir ce quelle pourrait être pour un couple de gagnants la meilleure façon d'employer leurs gains faramineux. Au delà de prosaïques aspirations matérielles et puisque l'indécision plus que l'avarice diffèrent le choix de la juste cause qu'ils pouraient financer, ils décident de contacter le meilleur spécialiste en reproduction que l'argent pouvait acheter.

L'ambition de ce dernier ne se limite pas à aider ce couple à sélectionner leurs gamètes pour éviter à leur progéniture des soucis de santé. Il entend créer à l'aide de la manne financière qu'ils apportent au projet Potentiel humain un enfant pourvu de tous les atouts physiques, intellectuels et partant sociaux possibles .
 
Le passage où les parents se laissent convaincre fait froid dans le dos car comme Greg Egan montre comment les arguments du savant font glisser les attentes légitimes des parents vers des choix inquiétants pour l'avenir.

Au contraire de Bienvenue à Gattaca où l'on voit un enfant né en dehors de toute sélection naturelle parvenir à réaliser son rêve de partir dans l'espace en dépit des obstacles d'une société eugéniste, Greg Egan suppose que c'est l'ultime produit de cette sélection qui va paradoxalement contrer l'avènement d'un monde discriminatoire.

http://www.celtoslavica.de/chiaroscuro/films/gattaca/4.jpg
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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Dimanche 20 juillet 2008
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Les comités de bioéthique et les commissions scientifiques ont multiplié les avis et les rapports ses dernières années pour aider les parlementaires à définir les limites à donner à la recherche. Mais sous la pression économique et le lobbying de certaines firmes on voit que certains pays sont tentés de les reculer.

Aussi, il importe que les citoyens puissent continuer non  seulement à être informés en temps réel des manoeuvres des uns et des autres mais également qu'ils puissent réfléchir aux enjeux et aux risques qui se profilent derrière l'une ou l'autre des avancées scientifiques en cette période où la technologie est omniprésente et ne cesse de fournir toujours plus vite accès à des options qui faisaient figure de chimères de science fiction il n'y a que trente ans.

La science fiction justement n'est pas qu'un vivier pour l'industrie du cinéma en quête d'images fortes. Elle est avant tout un des pans de la littérature permettant de s'interroger sur les tendances lourdes de notre époque. Ceux et celles qui la qualifient de mineure feraient bien de la fréquenter un peu plus assidument.

C'est pourquoi il faut saluer  l'heureuse initiative des éditions Bélial et quarante-deux qui ont réuni dans trois volumes la majeure partie des nouvelles de Greg Egan. Après Radieux  je viens de lire  Axiomatique de cet auteur australien qui donne à la science fiction une dimension éthique appréciable. Dans les jours qui viennent je m'efforcerai d'aborder le contenu des nouvelles qui m'ont le plus marqué dans ce recueil.
 
http://sf.emse.fr/AUTHORS/SWUL/SW-OP4-B.GIF         L'image “http://membres.lycos.fr/fierrots/europe/moebius/moebius8.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.

La nouvelle Lumière des évènements a des atomes crochus avec le magnifique roman de Stefan Wul L'orphelin de Perdide puisqu'elle développe l'idée d'une possible communication au travers des époques entre un individu et .... lui-même. (Pour les parents lecteurs de SF qui voudraient faire découvrir les aventures de cet orphelin à leurs enfants Moébius en avait fait une adaptation à l'écran avec le dessin animé Les maîtres du temps )

La rédaction d'un journal intime permet de synthétiser les évènements et les réflexions prégnantes de la journée en quelques lignes à plus ou moins haute tension.

Que se passerait-il si les applications de la recherche fondamentale permettaient de démocratiser la possibilité de faire parvenir bien avant votre naissance ce récit quotidien ? L'exercice de style prendait alors une toute autre ampleur n'est-ce pas ?

Donneriez-vous un maximum de détails pour vous éviter l'angoisse des lendemains ou au contraire choisiriez-vous de vous laisser une marge de découverte en multipliant les ellipses ?

Qui plus est, quel sens donner à l'Histoire si désormais les témoignages et les analyses des événements ne proviennent plus du passé mais de l'avenir ?

Autant de questions qui permettent de s'interroger sur la condition humaine, les paradoxes temporels mais aussi des thématiques hélas bien plus inscrites dans l'actualité comme les tentations voire les tentatives de certaines politiciens de réécrire l'histoire.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Dimanche 29 juin 2008
http://www.bedetheque.com/Couvertures/Tanatos1_10102007_124405.jpg
La guerre que l'on voit danser le longs des golfes clairs a des reflets d'argent : ce détournement d'une chanson de Trénet avait été affiché par les libertaires un peu partout en France et en Belgique pour dénoncer les véritables enjeux de la première offensive américaine contre l'Irak : un contrôle relatif des stocks de pétrole de cette partie du globe.

D'une manière générale, chaque fois qu'éclate un conflit militaire, les citoyens sont en droit de se demander à qui profite le crime. A la veille de la première guerre mondiale, les pacifistes dénonçaient déjà les connivences entre les marchands de canons et certaines élites politiques.

Didier Convard place justement le scénario de sa bande dessinée Tanatos durant cette période sombre pour pousser la théorie du complot jusqu'à son terme. En effet, il met en scène un malfrat qui n'a d'autre objectif que de déclencher la guerre pour satisfaire son avidité de richesses.

Pour ce faire, Tanatos fomente un plan machiavélique pour attiser les rivalités entre socialistes et nationalistes en faisant croire à ces derniers que les premiers sont responsables de l'attentat qu'il a perpétué avec l'aide d'une de ses machines volantes largement en avance sur son temps contre l'un des principaux sites de production d'armement. Si Tanatos, nouvel avatar de Fantomas, est passé maître dans l'art du déguisement, il n'en fait pas moins tomber les masques des différents protagonistes.

Au fil des pages de ce diptyque j'ai repensé aux adaptations de l'oeuvre de Léo Malet par Tardi, à la bande dessinée Arrowsmith de Kurt Busiek, aux romans de Maurice Leblanc qui, dit-on, se serait inspiré de l'anarchiste Marius Jacob pour créer son Arsène Lupin, mais j'ai surtout songé avec effroi à la multiplication ces derniers mois des émeutes de la faim entre deux hausses du prix du pétrole.

http://www.bedetheque.com/Couvertures/Tanatos2_06022008_213309.jpg
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par christophe fétat publié dans : Chronique de bande dessinée

Samedi 7 juin 2008
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"Quand cesse-ton d'être la personne qu'on est et devient-on quelqu'un d'entièrement différent ? Qu'est-ce que cela vous fait ?"

Selon les cercles que nous cotoyons nous ne serons pas perçus de la même façon car inéluctablement nous n'y avons pas le même statut, le même rôle, la même place. Rares sont les personnes qui nous voient évoluer dans tous les milieux. Aussi les représentations vont bon train, y compris et peut-être surtout dans les transports amoureux. Prétendre connaître quelqu'un tient de la gageure car l'individu lui-même est souvent surpris de ses propres réactions devant certaines situations.

De même, lorsque l'on n'a pas vu quelqu'un depuis assez longtemps on oscille généralement entre deux surprises : celle provoquée par la permanence de certains traits physiques et de certains traits de caractère que les années écoulées ne semblent pas capables d'éroder et a contrario celle provoquée par la découverte de changements plus ou moins subtils, plus ou moins radicaux.

L'une comme l'autre sont susceptibles de nous rassurer comme de nous perturber car elles questionnent les souvenirs, les certitudes.

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Le récit de vie d'Estelle Anlic devenue comédienne à succés sous le pseudonyme de Dawn Devayne ressemble à un parcours erratique dans un palais des glaces. Où se situe vraiment la personnalité de cette femme qu'avait épousée Ordo Tupikos ? Ce dernier ne l'avait d'ailleurs pas reconnue lorsqu'il avait vu ses films !

Après avoir constaté non sans ironie et cynisme comment son entourage modifie sa façon de l'interpeller depuis qu'un magazine a révélé qu'il avait convolé en injustes noces avec Estelle/Dawn alors qu'elle était encore mineure, ce banal marin qui par contre n'a pas bougé d'un iota va chercher à comprendre comment Estelle a pu se métamorphoser à ce point.

Au-delà de ses joues rondes qui ont fait place à des pommettes saillantes, il ne parvient pas à saisir ce qui a pu se passer pour qu'elle incarne à juste titre aujourd'hui pour des millions de spectateurs la quintessence de la sensualité et de la beauté. "Tout le monde a des fantasmes, mais ce n'est pas tout le monde qui jette sa personnalité réelle pour vivre dans le fantasme."

Comme de si de rien n'était, il redevient son amant après seize ans d'absence, l'accompagne sur les tournages, s'installe de fait dans la luxueuse maison  de la star puis soudain est finalement implicitement convié à quitter les lieux et sa vie.

Pourquoi ? La réponse de Donald Westlake est à la fois simple et complexe. Comme l'évidence en somme.


Autre titre de Donald Westlake chroniqué sur muet comme un carpe diem :

Smoke
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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Jeudi 22 mai 2008

Au début des années 80 Gérard Genette théorisait la notion de transtextualité qu'il baptisa hypertextualité en utilisant la métaphore du palimpseste, ce parchemin médiéval dont on effaçait le texte afin d'en écrire un autre. Ce terme est désormais couramment utilisé pour désigner les liens qui existent entre plusieurs oeuvres littéraires.

On retrouve par exemple des allusions plus ou moins explicites à l'Odyssée dans bon nombre de textes du vingtième siècle des exercices de style de Raymond Queneau (Aurore aux doigts de roses) à Ulysse de James Joyce en passant par La nouvelle Circé de Dino Buzzati ou Départementales  de Jérôme Leroy.

A présent que j'ai lu La manière douce de Frédéric H. Fajardie, je comprends mieux pourquoi Jérôme Leroy lui avait consacré une monographie et pourquoi il fut l'un des premiers à rédiger  un hommage à ce romancier atypique décédé le 1er mai dernier.

Mandaté par la police secrète de la République en perdition pour reprendre une ville portuaire du Nord aux sections néofascistes, le Capitaine des régiments gris, Thomas Sheshoon, n'en est pas moins lucide sur les errements des politiques qui en "étaient arrivés, dès la fin des années 80, à ne plus oser nommer les choses. Les millions de chômeurs chez lesquels montaient une haine froide devenaient un vague "problème d'emploi et de qualification". Des millions de jeunes étaient abandonnés à eux-mêmes, à la drogue et à la violence, à la malnutrition et à l'analphabétisme, à la perte de tout repère et notamment des valeurs humaines."

Sheshoon parvient rapidement à cerner les failles du commandement nationaliste, prend contact avec Meyerfeld, l'ancien instituteur juif et communiste, dirigeant la résistance, puis met sur pied une stratégie pour désorganiser les sections en provoquant un mouvement de désertion et en sapant l'influence de Sigie le responsable fasciste du renseignement. Ce qui facilitera la tâche des maigres troupes républicaines pour mettre hors d'état de nuire le tyran.

Fajardie, ancien militant gauchiste qui lutta au sein des Comités Vietnam et de la Gauche prolétarienne, pourfendeur de la gauche caviar et caviardée des années Mittérand, rédige en 1994 un roman qui anticipe sur les replis communautaires, sur la montée des nationalismes en Europe et sur les barbaries du capitalisme qui ont suivi.

Il propose une sorte de vademecum de survie intellectuelle dans un monde à feu et à sang en faisant régulièrement  appel aux classiques de la littérature et en donnant vie à des personnages non dépourvus de poésie tels que ce boucher qui se prend pour un mustang, Hon-Hon ce vieillard qui ne quitte plus son masque à gaz ou le père-La suce qui passe ses nuits à vouloir aspirer les étoiles. Le tout en livrant dans le même temps une sorte de défense et illustration de la lecture marxiste des évenements historiques.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Jeudi 15 mai 2008
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Avec son Poulet aux prunes, Marjane Satrapi nous convie comme dans Persépolis à nous pencher sur l'histoire de sa famille iranienne mais cette fois l'Histoire de son pays est plus en filigrane qu'en toile de fond.

Le poulet aux prunes était le plat préféré de Nasser Ali Khan, l'oncle de sa mère. Par touches successives, on découvre sa vie au travers d'une mosaïque de récits qui viennent illustrer ses états d'âmes alors qu'il a décidé de se laisser mourir

De prime abord, on pense que c'est à cause de la perte de son tar. Mais l'instrument de musique qui a été brisé par sa femme lors d'une dispute n'est que l'arbre qui cache la forêt.

S'il est devenu musicien c'est avant tout parce qu'il ne pouvait rivaliser avec les résultats scolaires de son frère Abdi et qu'il voulait attirer la bienveillance de sa mère. Mais s'il est devenu l'un des meilleurs joueurs de tar, c'est moins par la qualité pourtant réelle de sa technique que par la sensibilité de son jeu.

Une façon de jouer qui exprime la douleur d'avoir dû renoncer à épouser Irâne et d'avoir dû se résigner à épouser Nahid car faute de grives on mange des merles ou du poulet aux prunes.

Son attente de la mort l'amène à s'interroger huit jours durant sur ce qui pourrait le retenir ici-bàs, les plaisirs, la paternité, la musique. Marjane Satrapi nous montre combien cette introspection à la fois grave et drôle tend au travail de deuil pour cet homme qui oscille entre la médiocrité et la sagesse.

Contrairement à ce que le graphisme en noir et blanc pourrait laisser penser, il n'y a pas de manichéisme dans cette bande dessinée primée au festival d'Angoulême de 2005, mais plutôt tout un nuancier de certitudes démenties, de vérités apprises par bien des détours, de questions universelles laissées en suspens sur la famille, le couple et le sens à donner à la vie.

Marjane Satrapi excelle à nous faire passer d'un souvenir à un conte, d'une dispute conjugale à l'évocation de la complicité filiale, du contexte historique global aux contingences particulières des individus, du passé à l'avenir, des regrets aux fantasmes. Le tout en changeant régulièrement de point de vue pour montrer la complexité à percevoir les événements de façon fiable comme ces cinq hommes qui découvrent un éléphant dans l'obscurité et qui n'en ont touché qu'une partie.

De quoi donner envie de relire Ulysse au pays des fous.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de bande dessinée

Vendredi 9 mai 2008
http://www.librairiedessignes.com/images/riva400.jpg


Lorsqu'à la suite d'un imprévu Freedie Urbain Noon s'était retrouvé contraint d'ingérer bon gré mal gré les formules LHRX1 et LHRX2 conçues par les docteurs David Loomis et Peter Heimhocker dont il était en train de cambrioler le laboratoire, il n'imaginait pas que cela allait le rendre invisible.

De prime abord, on pourrait penser au vu de ses activités illégales que c'est une aubaine pour le voleur mais Donald Westlake nous invite tout au long de Smoke à y regarder de plus près.

Chacun d'entre nous a désiré, à un moment ou un autre, devenir invisible. Afin de pouvoir s'effacer lors d'une situation embarrassante, pour percer les secrets de l'intimité d'autrui, afin d'agir à l'insu de tous en vue d'une blague de potache voire pour contourner les interdits.

Son invisibilité étant limitée à son propre corps Freedie est tenu pour pouvoir bénéficier des "avantages" de son état de marcher sans chaussures, de s'exposer régulièrement aux rigueurs du climat dans le plus simple appareil, de travailler sans gants et donc de laisser ses empreintes un peu partout. Il ne peut pas utiliser le moindre outil ou conduire sa fourgonnette sans d'attirer tout de suite l'attention.

Ces difficultés surmontées, jouir du fruit de ses larcins est loin d'être le plus facile, car son invisibilité permanente ne simplifie pas les gestes du quotidien et rend les relations sociales et a fortiori amoureuses on ne peut plus compliquées.

" Ce n'est pas simplement qu'on ne peut pas le voir, c'est que l'on ne le voit  pas. On ne peut pas voir son expression, on ne peut pas dire s'il est content ou malheureux, s'il s'ennuie ou s'amuse, on ne peut pas dire ce qui se passe. Dans une certaine mesure, nous organisons tous notre voyage dans la vie quotidienne en tenant compte du temps qu'il fait chez nos bien-aimés, mais avec un homme invisible, on ne sait jamais quel temps il fait. La voix livre certains indices, les mots aussi, mais oùsont les expressions du visage ? Où est le langage corporel ? Où est ce bon dieu de corps ?"

Dans une scène mémorable au restaurant, Freedie découvre à son corps défendant que le maquillage n'est pas la panacée pour faire bonne figure devant sa petite amie qui a bien du mal à faire mentir l'adage "loin des yeux loin du coeur".

Donald Westlake ne limite pas à énoncer les inconvénients de l'invibilité avec un humour féroce car au travers des tribulations de son héros il égratigne au passage bon nombre des dysfonctionnements de notre société de la prison à l'industrie, met à jour ses déterminismes pesants, ses rapports de classes.

Qui plus est,  Il anticipe comme le faisait le film Bienvenue à Gattaca sur les utilisations liberticides qui pourraient être faites de l'étude du génome humaine :

"Les généticiens [...] peuvent étudier vos gènes et établir le pourcentage de probabilité qu'un de vos enfants ait la chorée de Huntington. Ou une forme d'Alzheimer. Ou une fibrose cystique. Ils travaillent à identifier le maillon de la chaîne qui désigne le cancer du sein. Ou l'homosexualité. Ou l'alcoolisme. Finalement, si cela prend la tournure qu'ils espèrent, le projet Génome sera en mesure de décrire l'histoire sanitaire probable, ainsi que le moment et la cause de la mort, de chaque être humain, dans l'embryon, dans la matrice. Dès le premier trimestre. Si Junior doit être le loupé de la portée, vous en serez informé suffisamment à l'avance pour l'éliminer. [...]

La connaissance. Combien nous la désirons, combien nous en avons peur. Vous, par exemple, aimeriez peut-être connaître l'état futur de ma santé et moi, tout savoir de la vôtre, en particulier si j'avais l'intention de vous embaucher ou de vous épouser ou de faire des affaires avec vous, mais aucun de nous ne se sentirait à l'aise à la vue de sa propre carte génétique.
"

Autre titre de Donald Westlake chroniqué sur Muet comme un carpe diem :

Ordo
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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Vendredi 2 mai 2008
L'image “http://www.parents.fr/var/parents/storage/images/les-essentiels/loisirs/biblio-enfants/trouver-un-livre/18-mois-a-3-ans/la-petite-princesse-nulle/137192-1-fre-FR/la_petite_princesse_nulle_L179_H255.jpg” ne peut être affichée car elle contient des erreurs.


Si vous en avez assez des princesses sirupeuses qui  entre deux leçons de maintien et deux cours de chants attendent à la fenêtre du château la venue de leur prince charmant, la lecture de la Petite princesse nulle de Nadja va vous combler d'aise.

Après avoir en 1990 illustré Barbe-rose de Grégoire Solotareff où l'on découvrait comment le malicieux et astucieux frère de Barbe-bleue s'opposa à sa cruauté et devint polygame, Nadja a commis en 2006, et cette fois seule, un nouveau pastiche de conte.

Les parents de cette princesse hors-norme se désespèrent car leur fille unique n'a décidemment rien pour elle. Sa beauté laisse à désirer, ses aptitudes intellectuelles sont limitées et ses talents culinaires sont pour le moins douteux. Dans ces conditions la marier s'avère très vite être une gageure et les princes qui se présentent renoncent tous. Tous sauf un, qui, lui, la trouvera à son goût et ne semblera pas rebuté par ce manque apparent d'atout.

Tout simplement car là où les autres voyaient des défauts ou des manques, il ne voit, quant à lui, que des qualités et des richesses.

L'amour n'est pas aveugle semble nous dire Nadja. Au contraire, il est clairvoyant puisqu'il permet à chacun de trouver la personne qui lui convient.

http://www.lab-elle.org/uploads/images/lab_couvertures/LaPrincesseFinemouche.png

A l'inverse, la Princesse Finemouche de Babette Cole s'ingénie à fournir à ses prétendants des épreuves inaccessibles pour qu'ils ne viennent pas briser sa chère quiétude au milieu de ses animaux. De quoi saper à la base le mythe du Prince charmant devant lequel se pâmerait toutes ces demoiselles et de son absolu nécessité pour l'épanouissement d'une femme.



La princesse coquette de Christine Naumann-Villemin a bien du mal à accepter de porter les vêtements chauds mais si peu seyants que lui impose sa mère mais elle découvre que pour crapahuter dans la neige avec son amie, ils sont bien utiles. Ce qui lui permet de découvrir qu'elle peut aspirer à autre chose que d'être belle.

http://www.t-cap.com/blog/images/mademoiselleZazie.jpg

A l'heure où la mixité scolaire est remise en cause il est urgentissime de faire lire ces albums sans oublier le magistral Mademoiselle Zazie a-t-elle un zizi ? de Thierry Lenain et Delphine Durand pour se rappeler s'il en était besoin qu'il n'y a pas d'un côté les avec-zizi et de l'autre les sans-zizi mais bien plutôt les avec-zizi et les avec-zézette et qu'il ne faut pas enfermer les filles dans un modèle stéréotypé !

Certain(e)s avaient avancé, y compris dans les milieux féministes, que la mixité était préjuciable aux filles mais attention à ce que cet argument ne serve pas de prétexte à quelques politiciens pour faire revenir la société tout entière quelques décennies en arrière et compromettre justement des droits acquis de haute lutte par les femmes.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de littérature de jeunesse

Samedi 26 avril 2008
"Les mathématiques sont la poésie des sciences."  Léopold Sédar Senghor

"Il n'existe que deux choses infinies, l'univers et la bêtise humaine... mais pour l'univers je n'ai pas de certitude absolue."
Albert Einstein

" Ce qui compte ne peut pas toujours être compté, et ce qui peut être compté ne compte pas toujours."
Albert Einstein




Comment faut-il enseigner les mathématiques ?

Pour garantir un socle commun au plus grand nombre, faut-il faire la part belle à l'automatisation ou à la résolution de problèmes ? Faut-il favoriser l'abstraction ou la manipulation ? Le calcul doit-il être mental ou réfléchi ? Faut-il d'ailleurs opposer toutes ces démarches ou les rendre complémentaires et solidaires ?

Autant de marronniers qui fleurissent aussi bien autour du zinc du comptoir qu'à la une du journal télévisé, aussi bien dans les salles des profs que dans les salons des parents d'élèves.

Si a priori la littérature conte plus qu'elle ne compte, elle lance parfois un pavé dans la mare des mathématiques. Logique finalement, l'étymologie de calcul n'est-elle pas caillou ?

Lorsque le narrateur  de Rides de Charles Simmons revient à la fin de sa vie sur son enfance, il explique qu'il abordait les chiffres d'abord selon leurs caractérisques esthétiques. Ce qui lui inspire des sentiments divers quasi philosophiques. Un peu comme Goldmund qui dans Narcisse et Golmund  d'Herman Hesse détourne la forme des lettres pour leur donner l'aspect d'un oiseau ou d'un poisson pour ensuite s'interroger sur la dialectique entre la science et la nature.

Néanmoins ces remarques sur l'aspect des chiffres lui donnèrent également des moyens sûrs pour les mémoriser, pour retenir la quantité qu'ils symbolisaient, établir des relations entre eux et comprendre le principe de la numération décimale  : " Un jour qu'il était retenu au lit avec un gros rhume - il avait alors cinq ans - il s'aperçut que la série 0-9 était parallèle aux séries 10-19, 20-29, etc. Soulevé par une vague de puissance, il écrivit sur une feuille de papier la liste des nombres depuis un jusqu'à cent cinquante et un. Il savait que si on lui en laissant le temps, il serait capable de créer indéfiniment des nombres."

Dans une des nouvelles du recueil Le robot qui rêvait Isaac Asimov aborde lui aussi cette sensation de pouvoir. Son récit se situe  en pleine guerre contre les extraterrestres. Tous les vaisseaux engagés dans le conflit par les Humains comme par les Denebiens sont commandés par des ordinateurs de plus en plus perfectionnés. Lorsque le technicien Myron Aub  redécouvre paradoxalement les bases de l'arithmétique en étudiant pendant ses loisirs le fonctionnement de vieux appareils, sa trouvaille   va susciter l'intérêt des autorités.

En effet, Isaac Asimov nous décrit un monde où la dépendance aux ordinateurs est devenue si importante que même les plus grands mathématiciens ne savent plus comment leurs machines procédent pour effectuer une addition, une multiplication ou une racine carrée. ils voient là le moyen d'enfin dépasser leurs adversaires dans cette course folle à l'armement. Déçu par l'utilisation qui sera faite de ses travaux, l'inventeur de la graphitique qui consiste à faire les calculs en écrivant sur un papier finit par se suicider.

Mais "après tout, on avait plus besoin de lui. Peut-être avait-il inventé la graphitique mais, une fois lancée, elle allait continuer et progresser toute seule, triomphalement, jusqu'à ce que les missiles habités deviennent possibles ainsi que des choses dont on avait pas encore idée.
Neuf fois sept, pensa Shuman avec une profonde satisfaction, font soixante-trois et je n'ai pas besoin d'une calculatrice pour me le dire. La calculatrice est dans ma propre tête.
Et, il était stupéfié par la sensation de pouvoir que cela lui procurait.
"

Dans Rides on assiste à une semblable perte de compréhension des bases des mathématiques. De la même façon qu'il avait déchiffré par lui-même les secrets de la numération décimale, le personnage principal a compris comment obtenir les rapports que traduisent les tables de multiplication. Mais sommé de les apprendre par coeur il finit par "perdre son premier sens de l'architecture des nombres". Au collège l'algèbre "avec l'introduction des lettres abâtardissait l'élégance des nombres et les mathématiques devinrent peu à peu sa matière la plus faible". Ce n'est que bien plus tard qu'il parvient à se réapproprier les nombres et à reprendre plaisir à ne plus seulement appliquer mais bel et bien comprendre ce qu'il fait

Entre Charles Simmons qui propose, un peu comme Christine Angot, une écriture circulaire qui apporte à chaque chapitre un éclairage supplémentaire sur un ensemble fini d'événements sur lesquels il revient sans cesse pour créer comme le dit Dominique Fargues à propos des locataires de l'été "une atmosphère à la Edward Hopper, où, sous une esthétique du dépouillement, se révèlent des univers chargés"et Isaac Asimov qui montre à merveille que derrière la simplicité et la banalité apparente de quelques lois se dissimule la complexité, il y a de quoi se réconcilier avec le plaisir de se frotter avec le feu prométhéen de la réflexion.

A une époque où l'on veut nous réduire à de simples pousse-boutons, il est important de nous réapproprier la capacité à penser par nous mêmes !



Dans un tout autre registre (encore que) l'OULIPO a commis en 2003 un hommage à Raymond Queneau autour d'une dizaine de mots empruntés aux titres de ces textes. Les pages consacrées à Mille valent le détour.

Les sites suivants proposent une bibliographie d'autres textes littéraires abordant les mathématiques ou les sciences en général.  Cliquez  ICI et

Etymologie de chiffre : de l'arabe sifr, vide et de l'italien cifra, zéro.

Faut-il donc comprendre le verbe déchiffrer comme sortir du vide, comme une invitation à la cosmogonie ?

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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Samedi 19 avril 2008



Tous les citoyens qui restent vigilants se souviennent de la polémique qui entoura l'introduction de la possibilité d'un test ADN par l'amendement de Thierry Mariani pour le regroupement familial dans le cadre des lois Hortefeux sur l'immigration. Un test voulu pour lutter contre la fraude à l'état civil pendant que dans le même temps se mettait en place une logique de quotas sur la base des compétences recherchées.

Si vous voulez avoir une idée de ce que pourrait donner, si elle était poussée à l'extrême, cette logique sécuritaire couplée à cette volonté de n'accueillir les individus que s'ils présentent les aptitudes adéquates à un moment donné, je vous invite à (re)découvrir le film d'Andrew Niccol Bienvenue à Gattaca.

Vincent Freeman, le bien nommé, ne peut participer au programme Gattaca qui sélectionne les futurs astronautes car il est un enfant de la providence, un de ces enfants conçus in vivo et parce qu'il présente, selon les tests génétiques qui ont été pratiqués dès sa naissance, une faiblesse cardiaque qui limite en théorie son espérance de vie à une trentaine d'années.

Refusant de voir son rêve brisé par cette logique discriminatoire, il devient un pirate génétique et usurpe avec l'accord de l'intéressé, l'identité de Jérôme Eugène Morrow, ancien champion de natation.

Jérôme a été conçu in vitro par sélection des gamètes de ses parents pour répondre au mieux aux critères eugénistes de l'époque mais il a perdu l'usage de ses jambes dans un accident. Initialement, uniquement motivé par l'argent, Jérôme finira par adhérer au rêve de Vincent qui désire partir sur Titan dans le prochain vol spatial. De même, plusieurs des personnes qui découvriront la supercherie finiront par comprendre pourquoi Vincent prend autant de risques pour substituer les traces génétiques de Jérôme aux siennes.

Ils finiront par prendre conscience que cette société qui met en avant l'efficacité pour justifier l'injustice doit être combattue pied à pied et pourquoi leur propre situation n'est pas si éloignée de celle de cet exclu génétique et que partant prendre son parti c'est choisir une autre vision de ce que devraient être les rapports humains.

Le tout dans un film de Science fiction subtil sans effets spéciaux tapageurs et racoleurs qui suggère plus qu'il n'explicite. A (re)voir vraiment !

NB du 20 juin 2008 : on peut trouver dans le recueil de nouvelles  Axiomatiques de Greg Egan une superbe nouvelle sur les risques de la volonté de sérier les individus selon leur ADN qui aborde la question sous un angle encore plus aigu.
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par christophe fétat publié dans : Chronique de film

Lundi 14 avril 2008


(photographie trouvée sur le site actusf.com qui propose une interview de Jérôme Leroy)

La bibliothèque municipale de Lille recence sur son site bon nombre de polars qui situent leur récit dans la région du Nord. Parmi ceux-ci, elle liste Rendez-vous rue de la monnaie de Jérôme Leroy mais elle omet de citer son recueil de nouvelles La grâce efficace publié en 1999 au cabinet des Belles lettres qui nous emmènait de part et d'autre de la frontière belge des plages de Coxyde à celles de Bray-dunes en passant par les monts des Flandres et la métropole lilloise pour multiplier les réflexions sur le contexte économique et politique. Des réflexions dont le miroir lucide anticipait de manière on ne peut plus prémonitoire sur bien des événements qui ont hélas suivis.

Si vous vous baladez du côté du blog de la dynamique maison d'édition La moisson rouge vous aurez la possibilité de découvrir en ligne une nouvelle inédite de Jérôme Leroy qui situe de nouveau son décor dans le Nord et plus précisément sur la côte d'Opale qui ne sera pas sans vous rappeler l'enquête d'Elena Espérenza sur François Malone, ce professeur de français qui luttait contre le déterminisme social et lui avait fait découvrir la culture. Un enseignement qui lui avait évitée de devenir comme tant de ses amis de "la chaire à canon du libéralisme".

La courte nouvelle a des allures de pastiche, de transposition dans le roman noir d'un film à succès récent avec ce policier qui rêvait de travailler dans l'antigang ou les stups dans une grande ville et qui se retrouve sous la pluie fine du littoral entre le Touquet et Hardelot où l'été dure au mieux une heure vingt.

En peu de mots, le romancier, montre dans Un été à Capone-les-Bains comment des conditions matérielles données conduisent des individus à basculer avec une facilité inquiétante dans la corruption et la criminalité : "A Capone, l’été, pour les prolos, on vend des frites et des barbes à papa, les médecins lillois jouent au golf des Poilus, les avocats parisiens font du char à voile et la mafia du monde entier blanchit entre cent et deux cent millions d’euros."

Autres textes de Jérôme Leroy chroniqués sur Muet comme un carpe diem
Comme dans un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine
Le cimetière des plaisirs

rendez-vous rue de la monnaie
Rêves de cristal, Arques 2064
Départementales
La grâce efficace
Une si douce apocalypse
Bref rapport sur une fugitive beautée
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par christophe fétat publié dans : Chroniques sur Jérôme Leroy

Mardi 8 avril 2008
http://accel12.mettre-put-idata.over-blog.com/0/10/54/15/critiques/chagrin-d-ecole.jpg

Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé.
Montesquieu, Mes pensées

 




Comme tant d'autres j'ai lu les tribulations de la tribu Malaussène ou l'essai Comme un roman qui se limite pas, loin s'en faut aux droits du lecteur, si souvent cités. Lorsque la médiathèque de mon quartier a mis en avant le dernier livre de Daniel Pennac, j'ai donc été tenté de voir de quoi il retournait.

La polysémie du mot chagrin permet en effet d'évoquer aussi bien le déplaisir que la tristesse en passant par la morosité ou l'irritation. Le terme désigne également la peau de chèvre, de veau ou de vache qui rendue grenue après un traitement idoine sera utilisée par les relieurs. Sans parler de la peau de chagrin de Balzac et de la malédiction qui y est associée.

Le titre résume donc assez bien le contenu de cet essai sur les difficultés scolaires. En dépit de son parcours d'ancien cancre qui peina tant et plus sur les bancs de l'école,  Daniel Pennac nous explique comment il réussit pourtant à devenir professeur puis écrivain à succès.


Pour Daniel Pennac qui se retrouve par conséquent à la fois juge et partie, l'exercice n'est pas sans difficultés car le cancre qu'il fut continue à faire entendre sa voix douloureuse. Une voix quasi schizophrènique qui boude le plaisir de la réussite. Une voix qui remet en cause les certitudes du pédagogue citoyen comme dans cet épisode de la rencontre avec Maximilien dans les rues de Belleville.

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/7/0/9/9782070342907.jpgArrogant dans un premier temps lorsqu'il avait demandé sans amènité du feu à ce passant , Maximilien avait ensuite reconnu l'auteur de la Fée carabine et lui avait demandé, rouge de confusion, de l'aide pour un devoir de français. Parce qu'il lui avait demandé du feu sans aucun respect, l'écrivain avait refusé son aide à l'adolescent.

De prime abord, on pourrait tomber d'accord sur cette limite posée, mais le cancre qui s'exprime par la plume de l'écrivain met en exergue qu'il a par ce refus gâché une occasion de rebondir sur cette demande intéressée pour la transformer en intérêt pour le texte.

C'est l'un des points forts de ce livre : montrer sans culpabiliser que nous contribuons sans le vouloir à élever les murs qui enferment ces élèves accumulant les échecs que nous soyons parents, enseignants ou citoyens. Ce qui n'est pas sans rappeler l'appel de Thierry Jonquet à aborder la complexité certes sans angélisme mais également sans manichéisme pour tordre le coup aux positions de principes pétries de bonnes intentions. Daniel Pennac partage la volonté de François Bégaudeau de rendre compte de façon clinique de la réalité de l'école au-delà de tout esprit partisan.

http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/1/1/9/9782020591911.jpg Un esprit chagrin pointerait non sans raisons que si Daniel Pennac est parvenu à sortir de son statut de cancre c'est en partie dû à son milieu social (père polytechnicien) qui lui a permis de profiter du consumérisme scolaire et de jongler entre les établissements en fonction des besoins supposés.

Mais ce serait faire peu de cas des efforts sincères developpés par l'écrivain pour mettre à jour quelques unes des causes de la difficulté d'apprendre, les stratégies d'évitement, les appels à l'aide déguisés en provocations, le besoin d'amour de l'enfant qui va le pousser à appliquer à la lettre et hors de propos  ce que lui a été dit par l'enseignant. Ce serait faire peu de cas des pistes pédagogiques qu'il propose pour réconcilier ces mêmes enfants avec la littérature et l'analyse grammaticale.

De quoi essayer de comprendre ce que peut désigner "le " et "y" dans "Tu le fais exprès !" ou dans "J'y arrive pas !"  quoiqu'on pense par ailleurs des idées de l'auteur, de l'ancien professeur de français ou du citoyen.. De quoi contribuer au débat sur les nouveaux programmes et plus largement sur l'avenir de nos enfants.


Le cancre

Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec des craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur

Jacques Prévert, Paroles.

Pour visionner un entretien de Daniel Pennac cliquez ICI
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par christophe fétat publié dans : Chronique de roman ou de recueil de nouvelles

Dimanche 6 avril 2008
http://tecfa.unige.ch/perso/staf/lattion/blog/images/hot-fuzz-poster-2.jpg

Sorti major de sa promotion, NIcholas Angel (Simon Pegg) fait figure de policier parfait. D'une rigueur à toute épreuve qui confine au rigorisme, il n'a de cesse de faire régner l'ordre à en exploser les statistiques de son commissariat. Fatalement, son  zèle risque de faire passer ses collègues pour des tire-au-flanc ! Une expression qui désigne d'ailleurs au départ ces soldats qui s'efforçaient d'éviter le front par tous les moyens.

Pour le bien de tous, sa hiérarchie directe lui décerne, bien entendu à titre de promotion pour ses services exemplaires qui lui ont valu quelques cicatrices, une mutation expresse pour le village de Sandford qui concourt pour le titre de village de l'année. De son nouvel équipier Danny Butterman, pilier de pub invétéré, aux deux inspecteurs qui ont autant de poils à la moustache que de poils dans la main, les nouveaux collègues de ce policier à la peau dure comme la loi ont également mutatis mutandis une interprétation du bien de tous qui ne va pas sans quelques entorses avec le manuel.

Relégué le plus souvent à des tâches subalternes aussi passionnantes que la surveillance des kermesses ou une enquête sur la disparition d'une oie, son quotidien devient d'un ennui mortel où l'apogée de l'action est l'arrestation d'un adolescent qui vient de voler un sachet de chips contre lequel le directeur du supermarché ne désirera même pas porter plainte.

Les notables du village omnubilés par le désir de préparer au mieux le village pour le concours, s'empressent de museler l'ardeur de Nicholas Angel lorsqu'une série de morts inexpliquées vient décimer quelques unes des "personnalités" de Sandford et l'invitent à se concentrer sur d'autres calamités bien plus graves comme les graffitis où les saltimbanques qui dénaturent selon eux la quiétude de la communauté villageoise. Toute personne qui serait tentée de faire un parallèle avec la tartufferie olympique actuelle serait bien entendu très mal inspirée.

Mais rien n'y fait, le flic londonien en accord avec l'étymologie est une véritable mouche du coche, et va déclencher un véritable tsunami dans cette bourgade rurale où pourtant personne ne voulait de vagues. S'en suit, une cascade de gags qui multiplient de manière tantôt subtile tantôt explicite, les clins d'oeil aux films d'action tout en approfondissant des personnages parfois fouillis mais le plus souvent fouillés. Le rythme endiablé de cette comédie d'Edgar Wright qui oscille entre le pastiche et la cri